lundi 10 mars 2014

Pawel Pawlikowski - Ida






à mon frère Marc,


Ida ou de l'impossible immanence

Il est des territoires irrépressibles de la mémoire. Des archipels oubliés. Des chemins qui attendent. Toujours et encore. Roman d'apprentisssage dans une Pologne des années 60 en procès. D'un enfermement l'autre. Car de ce couvent maquillant la disparition à cette route d'ordalie conduisant à une mise au jour, comment ne pas lire l'inquiétude, l'errance métaphysique d'un Antonioni ou d'un Bresson ? Dans ces éclats intérieurs, comment ne pas voir les abîmes, les trahisons, les remords ? Ida ou l'innocence blessée, rompue. Qui s'essaie à la vérité nue. Comme par effraction. Qui s'essaie à une liberté première, volée. Qui tente de renouer les fils d'une histoire familiale, conjurer la perte. Odyssée d'une identité volant en éclats. D'une réalité sociale faite d'oublis et de contournements. De mensonges érigés en raison d'Etat. Il n'est pas indifférent que justice et transcendance conjuguent ici leurs efforts pour donner à voir ce qui se refuse précisément. Spoliations, meurtres, sous anonymat. Corps livrés à la forêt. Que l'on drape comme l'on drape les nouveaux-nés. Que l'on ramène parmi les leurs au sein d'un cimetière livré à l'abandon. Pologne en noir et blanc. Faite d'oppositions brutales, tranchées. Découpant l'âme qui se prend à rêver d'immanence. Epousant la chair pour mieux interroger les consciences. Ida ou la liberté immense, inconfortable. Hors champ. Définitive.

© georges festa - 03.2014
J.S. Bach, Prélude en mi bémol mineur Praeludium VIII