samedi 19 avril 2014

Atom Egoyan - Devil's Knot [Les Innocents] / Interview





© Worldview Entertainment, 2013


Entretien avec Atom Egoyan
par Andrew Parker
Dork Shelf, 22.01.2014


Lauréat de nombreux prix et sélectionné aux Oscars, le cinéaste canadien Atom Egoyan n'a nul besoin d'être présenté, de même que le thème de la sortie de son tout dernier long métrage, Devil's Knot [Les Innocents] (en sélection dans les salles canadiennes ce vendredi 24). Artiste ayant déjà exploré ses penchants pour le mystère, les conflits familiaux et les limites de la condition humaine en grande souffrance, dans certaines de ses œuvres les plus connues (The Sweet Hereafter, Where the Truth Lies, Chloe) (1), Egoyan revient sur l'une des affaires de meurtre les plus déchirantes, bâclée et restée en grande partie confuse, de tous les temps.

Il s'agit d'une adaptation de l'affaire criminelle des Trois de West Memphis [West Memphis Three], qui continue de défrayer la chronique et qui a précédemment inspiré la trilogie documentaire Paradise Lost, des cinéastes Joe Berlinger et Bruce Sinofsky (2), ainsi que le documentaire West of Memphis, produit par Peter Jackson et Johnny Depp (3). L'affaire, pour ceux qui ne seraient pas au courant, tourne autour du meurtre de trois jeunes garçons à West Memphis, dans l'Arkansas, en 1993. La scène du crime fut organisée d'une manière si horrible que beaucoup de gens crurent qu'une sorte de culte satanique était en cause, conduisant à l'arrestation de trois adolescents, dont aucun ne pouvait physiquement être lié à ce crime. Il s'agit d'un bourbier juridique et d'un mystère irrésolu, qui s'est éternisé durant des années, pour n'aboutir que récemment à la libération des trois jeunes hommes accusés de ces meurtres.  

A l'aide d'un scénario basé sur un compte rendu homonyme, écrit par la journaliste d'investigation Mara Leveritt, Egoyan entreprend de livrer une version dramatique de cette histoire, racontée essentiellement du point de vue de Ron Lax (interprété par Colin Firth), un enquêteur privé travaillant bénévolement afin d'aider les jeunes hommes à demander leur acquittement, au début du procès, et de Pam Hobbs (interprétée par Reese Witherspoon), la mère éperdue et de plus en plus en conflit d'un des garçons décédés. Il s'agit d'un regard porté sur un cirque médiatique et un cauchemar procédurier, vus par deux êtres en quête désespérée de réponses, qui ne peuvent finalement que très peu influer sur la situation.

Nous nous sommes entretenu avec Egoyan (qui venait juste d'assister au début de son tout dernier opéra mis en scène - une adaptation de Cosi fan tutte, de Mozart - le week-end dernier à l'Opéra de Toronto), le jour de la première de son film, au Festival International du Film de Toronto, l'année dernière, sur ce qui l'a conduit à réaliser un film concernant l'un des crimes les plus connus, et non résolu, dans l'histoire américaine, la fidélité du film aux réalités de l'affaire, le calendrier bousculé du tournage, et les raisons pour lesquelles sa distribution talentueuse était un tel atout pour la production.

- Andrew Parker : Nous avons vu cette histoire tant de fois par le passé, qu'est-ce qui t'as conduit à réaliser ce qui est, à défaut de trouver un meilleur terme, une version romancée de cette affaire ?
-  Atom Egoyan : Je n'y vois pas vraiment une version romancée. Il s'agit simplement d'une nouvelle interprétation. Ce qui m'intéressait, en fait, c'est l'idée que cette histoire sans équivalent est restée finalement sans réponse. J'étais attiré par le fait de cette ouverture à la fin, où l'on peut apercevoir toutes ces trajectoires possibles, qui ont pu être empruntées, tout ce qui n'a pas été suivi et qui ne renvoie pas nécessairement à telle ou telle personne en particulier, pour exprimer quelque chose ou suggérer quoi que ce soit. Il est possible que l'on ne découvre jamais ce qui s'est passé.
Ce qui m'a alors poussé à réaliser un film sur notre manière de vivre dans le doute. Il n'y a pas de troisième acte, en fin de compte. Ces personnages sont tous comme suspendus dans l'espace, à ce jour. Pour moi, au plan dramatique, il y avait là quelque chose à explorer, tout simplement. Ce devait être une histoire véritable, car c'est une de ces choses que personne ne croit, si tu l'écris. Il est tout simplement improbable qu'un crime aussi viscéral, où trois gamins sont attaqués, mutilés, tués, dévêtus, ligotés et méticuleusement immergés, ne puisse produire la moindre preuve. Il n'y avait ni sang, ni empreinte digitales, ni traces de quoi que ce fût. Tout cela semble si surnaturel. La réaction humaine est que les gens veulent une réponse. Les gens veulent quelque chose de logique, mais en fait, il n'y a toujours pas de réponse à cette affaire, et c'est ce qui est fascinant et très inhabituel.
A mon avis, ce qui se passe avec les documentaires et les livres, c'est qu'ils ont tendance à pointer des réponses, mais ça ne m'intéressait pas vraiment.

- Andrew Parker : Penses-tu qu'il y ait quelque chose qui fasse de cette situation plus une tragédie, au sens dramatique, puisqu'elle continue de se dérouler ? Très souvent, en fait, nous ne classons pas vraiment quelque chose comme une tragédie, à moins qu'il n'y ait aucune réponse que nous puissions apporter, pour décrire ce qui s'est passé.
- Atom Egoyan : Très bonne question, vraiment. Je pense que c'est ce qui, en fin de compte, rend cela aussi tragique, car on reste avec ses questions et qu'il n'y a pas de solution. Ce qui rend les choses plus troublantes. Je voulais précisément placer le spectateur dans cette situation. Il n'y a aucun réconfort à être amené vers une fin pareille. Certes, on pourrait dire qu'il existe un réconfort dans le fait que tout fasse l'objet d'une sorte d'attention. Il existe un tas d'affaires qui n'attirent jamais l'attention, qui pourraient ressortir de manière similaire, ce qui rend celle-ci encore plus fascinante.
Ce que je voulais véritablement explorer avec les rôles de Reese et de Colin, c'était raconter l'histoire du point de vue, en particulier dans le cas de Reese, de gens qui pensent qu'il n'y a pas de raison logique pour que cette affaire ne soit pas résolue. Elle veut avancer, mais elle a cette capacité incroyable de guérison de commencer, au fil du temps, à mettre en question ce à quoi elle croyait au début. Elle n'a pas nécessairement, au début, la capacité de savoir quoi faire avec ces interrogations, précisément. Il se peut qu'elle soit croyante. Toute l'histoire avec le couteau pourrait bien n'être pour elle que le besoin de conférer une sorte de valeur superstitieuse à un simple objet. L'affaire n'est pas résolue, et il n'est pas du tout certain qu'elle puisse même mener à quelque chose. Et maintenant, vingt ans après, nous ne sommes toujours pas sûrs qu'elle mène ou qu'elle puisse mener un jour à quelque chose.

- Andrew Parker : A cet égard, ce sont tous deux des outsiders totalement impuissants.
- Atom Egoyan : Tout-à-fait. Dans le cas de Colin, il s'agit d'un enquêteur privé, qui agit bénévolement, et il le fait car il est contre la peine de mort. Il réalise alors qu'il est témoin d'un dysfonctionnement presque complet de la justice, et qu'il est complètement impuissant. C'est kafkaïen, d'une certaine manière. Il ne peut même pas s'aventurer au tribunal à certains moments, et il est exclu de ce qui se passe. Pour moi, il y a le sentiment d'un mythe urbain, du fait précisément que cette affaire n'a pas d'équivalent. Le dossier est mûr pour un réexamen et une réinterprétation. Il signifie quelque chose d'autre pour le grand public et quelque chose de différent et plus personnel pour les gens impliqués.


- Andrew Parker : Non seulement tu traites les familles des victimes avec beaucoup de compassion, mais, étant donné que l'affaire est maintenant largement considérée comme une moderne chasse aux sorcières, tu traites en général chacun dans la ville avec compassion, sans dépeindre qui que ce soit en noir et blanc. Voulais-tu le faire consciemment, pour te situer en dehors des manières avec lesquelles cette histoire a été racontée ?
- Atom Egoyan : Oui. Tout-à-fait. Une des choses que j'ai ressenties en visionnant les documentaires, en particulier, c'est ce côté performatif, au calme déconcertant, autour de John Mark Byers et du juge. On dirait qu'ils savent qu'une équipe de documentaristes les entoure, ce qui semble modifier leur position et qui a probablement modifié leur interprétation. J'en ai beaucoup parlé avec Reese; le fait qu'il y ait ce cliché sur le Sud et que des choses peuvent se passer là-bas, qui ne pourraient se passer ailleurs. Je voulais éviter de dire que ceci ne pouvait arriver que dans le Sud. Ça peut arriver n'importe où. Donc, ici, les policiers n'ont pas à être présentés comme des affreux ou des idiots. On comprend à chaque moment pourquoi les gens prennent les décisions qu'ils prennent. Il n'y a aucune tentative pour essayer de minimiser le fait que Damien Echols soit en marge. C'est un gamin bizarre, il ne fait guère de choses pour aider son cas, comme le fait de prendre sa propre défense.
Mais c'est ça mon travail : rendre tout ça aussi humain que possible. Et quand tu as ce genre de distribution, ce qu'on essaie de faire c'est de baliser cette route plutôt coriace. En fin de compte, en tant que spectateur, tu te retrouves dans cet endroit très inattendu, et tout doit respirer une grande humanité. Tu dois t'investir, sans être totalement certain de savoir pourquoi tu te trouves là.

- Andrew Parker : Est-ce la raison pour laquelle, dans une scène comme celle où les corps sont découverts, tu te focalises sur la douleur qu'éprouvent les enquêteurs plutôt que sur les détails de la scène du crime précédemment abordés ?
- Atom Egoyan : C'est vrai ! Tu as raison ! Ces scènes sont parmi mes préférées. Robert Baker, l'acteur qui interprète le détective qui retrouve les corps, vient de West Memphis. Je voulais quelqu'un qui soit comme au centre de tout ça. Je pense que tout ça est vraiment important au niveau du détail. Il s'agit d'un événement atroce, qui s'est produit là. Et qui se reproduit avec le même personnage et sa honte d'avoir omis les traces de sang. A mon avis, un moment magnifique dans le film. J'ai parlé avec l'actuel chef de la police à West Memphis, il m'a dit que les documentaires leur ont toujours donné l'impression d'être des incapables. Gitchell (l'inspecteur Gary) est un type intelligent et ils reconnaissent s'être trompés avec les traces de sang, qu'elles n'avaient pas été délibérément égarées ou quoi que ce soit dans ce genre. Si je te montrais comment une trace de sang était conservée en 1993, je ne te montrerais que ce qui n'était qu'un morceau de papier sur un bureau, que quelqu'un aura égaré. Une erreur terrible. Si bien que, lorsque Robert déclare qu'il y a eu erreur et qu'il a perdu la preuve, il y a un vrai sentiment de honte. Je voulais que ce soit humain.
Une grande part de ce que je fais consiste à prêter attention à ces acteurs, à ce qu'ils sont amenés à faire, et à repérer alors ces détails.

- Andrew Parker : Tu travailles à nouveau avec des gens comme Colin et Bruce Greenwood sur ce film. Quand tu as affaire à quelque chose qui exige autant d'attention pour les détails, est-il avantageux de travailler avec des gens avec lesquels tu as déjà une réputation plus établie ?
- Atom Egoyan : Complètement. J'aime bien cette formule, mais j'adore aussi découvrir ce genre de moments avec des acteurs que je ne connais pas. Voir et éprouver, lorsqu'un acteur est totalement disponible, prêt à se rendre dans tous les lieux où tu as besoin qu'ils aillent. C'est génial de voir des gens comme Elias Koteas revenir et jouer ce personnage particulier qu'il interprète ici, parce que tu sais qu'il peut arriver et communiquer cette sorte d'énergie intense, affolée, maniaque, que son rôle exige.
Le tournage a été très, très dur, si bien qu'il y a eu des moments où ça aidait vraiment. On a tourné le film en 25 jours, de la folie quand tu as un scénario de 130 pages, et avec le personnel du tribunal, en particulier, on a dû faire très, très vite. C'était génial d'avoir des acteurs expérimentés, que je connais bien, comme Colin, Elias, Bruce, Stephen Moyer. Ils arrivent toujours avec leur texte en mémoire, prêts à y aller avec tout ce dialogue, si bien qu'on n'a plus qu'à tourner.

- Andrew Parker : Ça pourrait s'intégrer tout-à-fait dans ton contexte théâtral, en particulier dans ces scènes au tribunal où, comme tu n'avais pas beaucoup de temps pour tourner, tu as dû être capable de produire une interprétation cadrée dans un délai cadré.
- Atom Egoyan : C'est vrai. C'est le cas. A mon avis, Stephen a dû être étonné quand il a vu le film et que son résumé à la fin est tout en gros plan. Une interprétation totalement intacte, et pour moi c'est important, car, de mon point de vue, c'est vraiment le seul véritable moment de magie dans toute cette histoire réelle : ce qu'il fait de ce résumé. Quelqu'un qui déclare : "D'accord, pas de preuve matérielle. Il existe quelques preuves indirectes, tu trouves ces gens bizarres et tu vois en eux le mal, ce qui en fait des démons sans âme." Et le fait que quelque chose de ce genre peut être transmis en une seule prise montre qu'on ne peut rien fabriquer d'autre que la vision que cette personne fabrique pour elle-même.  

- Andrew Parker : Parallèle intéressant entre ce film et celui qui est au cœur de The Sweet Hereafter, le fait qu'il y ait une tragédie avec laquelle on ne peut jamais éprouver une quelconque proximité émotionnelle.
- Atom Egoyan : C'est drôle parce que c'est vraiment le cas et je m'en rends compte maintenant, mais je dois avouer que je n'y pensais pas vraiment. Sweet Hereafter est assez différent à mes yeux. Je sais que dans l'esprit de plein de gens qui l'ont vu, le film est comme observer une forme de réponse collective, mais il est tellement centré sur un survivant précis, le personnage de Sarah (Polley), et son retour, après avoir été victime d'un inceste, et le bus est presque secondaire en comparaison. Pour moi, il s'agit d'un film qui possède les éléments d'une douleur collective, mais il concerne surtout son chagrin à elle et celui de l'avocat. Ce film est aussi presque poétique, tandis que celui-ci est plutôt objectif, se contentant de montrer l'information telle qu'elle arrive. Plus j'y pense, plus j'y vois des ressemblances.

- Andrew Parker : A noter que quand tu t'intéresses aux personnages interprétés par Reese et Colin, ils jouent des personnages dans le cadre d'une collectivité, ayant affaire à leur forme de chagrin et découvrant des choses qu'ils n'auraient jamais apprises sur eux-mêmes entre-temps. Pour elle, elle traverse une crise spirituelle pour la première fois dans sa vie, et pour lui, c'est la première fois qu'il est amené à se sentir impuissant et inutile, quand bien même il ait le sentiment d'avoir raison.
- Atom Egoyan : C'est vrai. Bien vu. C'est précisément ce dont nous avons parlé avec les acteurs, en particulier avec Colin. Il joue un homme qui est au sommet de sa pratique professionnelle, pour réaliser ensuite qu'il est en dehors de son élément. Lorsqu'un des avocats plus jeunes lui dit : "Bon, si tu veux un conseil, tu devrais refaire du droit," il réalise qu'il n'a ni la capacité, ni le pouvoir de changer cet enchaînement terrible d'événements.

- Andrew Parker : Il peut être dangereux de théoriser sur ce qui s'est passé - un peu comme le mythe dans Shakespeare, après quelque temps, lorsqu'il aligne une liste de suspects ou de circonstances. Etait-ce particulièrement délicat pour toi, quand tu as entrepris ce projet et que tu as procédé à l'ultime coupure, d'éviter ça ?  
- Atom Egoyan : En fait, il y a des réalités qui pèsent lourd. Cet appel de ce mec pendant le dîner. La police arrive, mais ils n'entrent pas à ce moment-là. Et puis il y a cette personne qui disparaît, un test sanguin est pratiqué, et puis ce test qui disparaît. Quelqu'un d'autre est amené comme suspect, comme on le montre ici, les gens sont interrogés, reconnus coupables, puis se rétractent. Tous ces points précis ont été documentés, c'est ce qui m'a motivé, in vrai défi. Le film est méticuleusement documenté.
Quand on s'est rendu compte que le calendrier du tournage serait plus court que prévu, on savait qu'on ne pouvait pas vraiment réduire le scénario, parce qu'il n'y avait rien à couper, on a donc tourné, et puis revu le tout au montage. J'ai passé plus de temps au montage sur ce film que sur tous les autres que j'ai réalisés. On devait être sûr que rien de ce que nous affirmions ne soit de la supposition. La seule chose qui soit supposée [...] - en fait, pas une supposition, plutôt un assemblage - c'est qui concerne Pam. Elle n'arrive pas à s'interroger sur l'affaire durant le procès, mais durant les années qui suivent. On devait condenser ça à l'intérieur du procès. Et puis, est-ce que quelque chose comme le divorce de Ron ne le touche pas plus que prévu, tu vois ce que je veux dire ? Ce sont des éléments dramatiques, bien sûr, mais en terme de réalités qui pèsent, le reste est en béton. Certains endroits sont plus en hauteur ou semblent différents de ce qu'ils sont - le procès est sûrement un lieu bien plus agréable ici que dans la réalité - mais c'est ce qui nous intéressait en fin de compte !
Ce sont des faits réels et c'est ce à quoi nous avons affaire. Autrement dit, ce n'est pas une décision dramatique arbitraire de laisser ces gens en suspens. Tenter de théoriser ou de livrer une sorte de conclusion eût été rendre un mauvais service. Dans la version originale du scénario, une des choses vraiment bizarre c'était ce final, où les garçons sont en fait relâchés, ils sortent du tribunal et se présentent à la conférence de presse; j'ai pensé : "Ça ne s'est pas vraiment passé comme ça." Il ne s'agit pas d'une bonne nouvelle, et plaquer ça pour réaliser un dénouement heureux est mensonger. Quand bien même ils sont libérés, ils n'ont jamais été jusqu'à sourire lors de la conférence de presse; faire comme pour se sentir bien n'est pas honnête.     
               
NdT

1. The Sweet Hereafter [De beaux lendemains], 1997; Where the Truth Lies [La Vérité nue], 2005; Chloe [Chloé], 2009.
2. West Memphis Three - Paradise Lost: The Child Murders at Robin Hood Hills (1996), Paradise Lost 2: Revelations (2000), Paradise Lost 3: Purgatory (2011).
3. West of Memphis (2012).
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Traduction : © Georges Festa - 04.2014