jeudi 17 avril 2014

Exhibition "The First Refuge and The Last Defense : The Armenian Church, Etchmiadzin, and The Armenian Genocide" / Exposition "Le premier refuge et le dernier rempart : l'Eglise arménienne, Etchmiadzine et le génocide arménien"





Saint-Siège d'Etchmiadzine (Arménie), mai 2008
© Vigen Hakhverdyan / http://en.wikipedia.org


"Le premier refuge et le dernier rempart"

Une exposition exceptionnelle publiée en ligne par l'Armenian National Institute (ANI), le Musée du Génocide arménien d'Amérique (AGMA) et l'Assemblée des Arméniens d'Amérique



WASHINGTON - L'Armenian National Institute (ANI), le Musée du Génocide arménien d'Amérique (AGMA) et l'Assemblée des Arméniens d'Amérique, en collaboration avec le Saint-Siège d'Etchmiadzine, le Musée-Institut du Génocide arménien à Erevan et les Archives Nationales de la république d'Arménie, ont annoncé conjointement la publication d'un exposition exceptionnelle, comprenant 20 panneaux avec plus de 150 photographies historiques illustrant le rôle de l'Eglise arménienne, lors du génocide arménien.

Intitulée "Le premier refuge et le dernier rempart : l'Eglise arménienne, Etchmiadzine et le génocide arménien," l'exposition explique l'importance du Saint-Siège d'Etchmiadzine, durant le génocide arménien. Elle explique aussi le rôle dirigeant crucial joué alors par le clergé, en particulier l'intervention capitale du catholicos Gevorg V Soureniants, qui alerta les dirigeants du monde entier au sujet des massacres, lançant avec efficacité la première "alerte rapide" sur un génocide imminent.

Les sacrifices du clergé arménien sont bien documentés. Des milliers de religieux, dont plusieurs primats en Arménie Occidentale et d'autres régions de l'empire ottoman, payèrent le prix du martyre pour leur foi lors du génocide arménien. L'on connaît beaucoup moins l'ampleur de l'aide qu'apporta l'Eglise arménienne d'Arménie Orientale, alors sous domination russe, au peuple arménien, dans ces circonstances critiques.

L'exposition atteste largement de l'aide fournie par les Arméniens à leurs compatriotes réfugiés, fuyant la Turquie ottomane, tandis que le régime Jeune-Turc s'engageait dans la destruction des Arméniens. L'on a presque oublié aujourd'hui que les premiers à venir en aide à ceux qui fuyaient et mouraient de faim furent les Arméniens à la frontière russo-turque, qui accueillirent leurs compatriotes chez eux et leur ouvrirent leurs écoles, leurs hôpitaux et autres installations, afin de loger, soigner et nourrir ceux qui avaient faim, les malades et les sans-abri.

A l'épicentre de cette assistance à l'avant-poste se trouvait Etchmiadzine, destination première des Arméniens qui fuyaient les massacres, le long des régions frontalières de l'empire ottoman, à la suite, notamment, de l'immense exode de la population arménienne de Van. Population qui avait eu l'audace de résister à l'extermination pour se retrouver, peu après, abandonnant sa patrie, lorsque les forces russes, venues la libérer, firent bientôt retraite. Suite au massacre de 55 000 Arméniens dans la seule province de Van, en avril 1915, les survivants, 100 000 au plus, concentrés dans la ville de Van, n'eurent d'autre choix que l'exil. Alors que les bandes armées turques et kurdes les pourchassaient, tout au long de leur périple à travers un paysage rocailleux de montagnes, de vallées et de rivières découpant des gorges, l'exode tourna au carnage.

Grâce aux témoignages de survivants et de témoins, l'exposition reconstitue ce chapitre particulier du génocide arménien, chapitre souvent négligé dans le contexte des déportations en masse des Arméniens à travers la Turquie ottomane en direction de l'intérieur du désert syrien, où des centaines de milliers périrent de faim, de soif et de massacres. L'épisode de Van ne fut pas moins tragique, le taux de mortalité n'étant pas moins féroce, même après que des milliers d'entre eux n'eussent apparemment gagné un lieu sûr que pour y mourir d'épuisement, de peur, de faim et d'épidémies incontrôlées, tandis que les ressources en Arménie Orientale étaient rapidement submergées et Etchmiadzine transformée, du jour au lendemain, en un immense et nauséabond camp de réfugiés.

A l'aide de trois cartes, douze documents historiques et de coupures de presse, ainsi que seize témoignages de survivants abordant en détail les événements documentés par plus de 150 photographies, l'exposition reconstitue le génocide arménien dans une région déterminée de l'Arménie historique, tout en révélant comment la population de l'Arménie Orientale prit conscience de la politique des Jeunes-Turcs, durant la Première Guerre mondiale. L'exposition combine des images extraites d'archives et autres fonds en Arménie et en Amérique, tout en les connectant au travers de cette première grande exposition narrative sur le génocide arménien. 

Ces images dramatiques éclairent le rôle du Saint-Siège d'Etchmiadzine, lors des années critiques que furent 1915 et 1916. Elles expliquent aussi le rôle national inestimable des dirigeants de l'Eglise arménienne, illustré par quatre catholicos de premier plan, à savoir Mkrtich Ier Khrimian, Gevorg V Soureniants, Khorène Ier Mouradbékian et  Karékine Ier Hovsépiants, les trois premiers, catholicos de Tous les Arméniens, et le quatrième, catholicos de la Grande Maison de Cilicie.

L'exposition explore aussi le rôle des laïcs, suite aux appels de l'Eglise arménienne, et révèle comment l'intelligentsia d'Arménie Orientale, représentée par des personnalités telles que Hovhannès Toumanian, l'écrivain majeur de cette époque, et le célèbre artiste Martiros Sarian, coopérèrent étroitement avec le Saint-Siège, afin d'aider les réfugiés d'Arménie Occidentale.

De nombreuses autres figures importantes sont aussi présentées à travers des photographies et des témoignages dans cette exposition, dont le président des Etats-Unis Woodrow Wilson, le secrétaire d'Etat américain William Jennings Bryan, le missionnaire américain à Van, le docteur Clarence D. Ussher, le prince Argoudinsky-Dolgoroukov, le père Komitas, Alexandre Khatissian, Aghassi Khandjian et le général Andranik Ozanian.

Le rôle central du Near East Relief [Secours pour le Proche-Orient], organisation philanthropique américaine créée en réaction aux informations sur la situation désespérée des Arméniens, durant la Première Guerre mondiale, est un sujet qui a été largement exploré, grâce à la disponibilité d'un vaste ensemble de documents et de témoignages. En comparaison, du fait des catastrophes ultérieures qui frappèrent l'Arménie Orientale, le rôle des organisations philanthropiques arméniennes, opérant dans le Caucase russe, qui s'empressèrent de soulager les souffrances des réfugiés arméniens, a été négligé par les historiens.

Un ensemble varié de groupes bénévoles, les comités locaux de la Croix Rouge et, en particulier, le Comité d'Aide Fraternelle, avec l'agrément du catholicos Gevorg V Soureniants, prit les premières mesures face au génocide arménien. Plusieurs mois avant qu'une quelconque assistance fût apportée de l'étranger, des Arméniens - médecins, infirmières, religieux et d'innombrables bénévoles - se rendirent en toute hâte à Etchmiadzine et dans les villes avoisinantes pour aider les réfugiés. Cette réponse héroïque, en l'espace de quelques jours, à la réalité écrasante de dizaines de milliers d'Arméniens devenus des sans-abri, demeure un épisode négligé dans l'histoire de l'Arménie, lequel mérite une plus grande attention. Indubitablement, les documents photographiques rassemblés dans cette exposition témoignent de la portée de la réaction et du dévouement des organisations d'aide bénévole arméniennes. Organisations qui constituent la contrepartie transcaucasienne à l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance, opérant alors en dehors de l'Egypte et qui s'adressait aux compatriotes arméniens, partout où elle était en mesure d'apporter une assistance au Moyen-Orient.

La masse de documents rassemblée pour l'exposition requiert une étude attentive, si l'on veut apprécier le contexte des photographies à partir de cette époque. L'entreprise de reconstitution de cette histoire s'appuie sur des sites historiques bien documentés par l'iconographie. Dans le but de cette exposition, ces jalons essentiels sont le célèbre monastère et école de Varag, près de Van, que le père Khrimian dirigeait autrefois en tant qu'abbé; la mission américaine à Van, où le docteur Ussher et sa famille pourvoyaient aux besoins éducatifs, spirituels et médicaux des Arméniens et d'autres communautés, qui recherchaient leurs services; le complexe du Saint-Siège d'Etchmiadzine, qui était encore à l'époque une forteresse médiévale, entourée de bastions protégeant des pillards le site le plus sacré de l'Arménie; ainsi que le Séminaire Guévorguian à Etchmiadzine, institution éducative de premier ordre en Arménie et que Toumanian transforma rapidement en hôpital.

Les matériaux exposés ont été collectés à partir de sources multiples, dont les Archives Nationales des Etats-Unis, la Bibliothèque du Congrès, les Archives Nationales de la république d'Arménie, celles du Saint-Siège d'Etchmiadzine, le Musée-Institut du Génocide Arménien, la Bibliothèque Noubar, l'Institut de Recherches sur l'Architecture arménienne, ainsi que de nombreux donateurs individuels et institutionnels en Arménie et en diaspora. Un catalogue recensant le contenu intégral de l'exposition est en préparation.

"Je suis particulièrement fier de saluer l'aide apportée par mes collègues en Arménie," déclare le docteur Rouben Adalian, directeur de l'Armenian National Institute (ANI), à l'initiative de cette exposition. "Je saisis l'occasion de les remercier publiquement, dont le docteur Haïk Demoyan, directeur du Musée-Institut du Génocide arménien, Amatuni Virabian, directeur des Archives Nationales de la république d'Arménie, Sonya Mirzoyan, directrice des anciennes Archives Historiques d'Etat en Arménie, le docteur Haroutioun Maroutian, de l'Institut d'Archéologie et d'Ethnographie de l'Académie des Sciences d'Arménie, le docteur Susanna Hovhannissian, de l'Institut de Littérature de l'Académie des Sciences d'Arménie, Samvel Karapetian, directeur de l'Institut de Recherches sur l'Architecture arménienne, et le docteur Petros Hovhannissian, titulaire de la chaire d'histoire arménienne à l'Université d'Erevan."

"Une exposition de cette ampleur doit s'appuyer sur les recherches pionnières antérieures de nombreux chercheurs, qui ont publié des études spécialisées sur le génocide arménien et les sujets en rapport," ajoute R. Adalian. "Si la liste est longue, aux fins de cette exposition particulière, je me dois de saluer le docteur Dickran Kouymjian et ses travaux précieux sur l'histoire de la province de Van; le révérend docteur Zaven Arzoumanian, continuateur de Malachie Ormanian avec sa contribution à l'ouvrage Azgapatoum [Histoire de [l'Eglise] nationale], couvrant l'époque du catholicos Gevorg V Soureniants; le docteur Benedetta Guerzoni, qui a réalisé une recherche d'avant-garde sur l'imagerie à l'époque du génocide arménien, dont témoigne la publication récente de son livre (1); et le docteur Raymond Kévorkian pour son œuvre monumentale et encyclopédique sur le génocide arménien. Je dois aussi saluer le soutien et la contribution précieuses du personnel de l'Assemblée des Arméniens, en particulier Joe Piatt et Aline Maksoudian, dont les compétences techniques ont conféré aux matériaux de cette exposition une impressionnante présentation."

Rouben Adalian explique que les témoignages illustrés à l'appui de l'histoire du génocide arménien, tel qu'il est documenté à Etchmiadzine, complètent l'identification du lieu exact d'une photographie historique, représentant des bénévoles de santé réunis par Hovhannès Toumanian. Le reste des images de cette époque a ainsi été réuni dans une suite logique au témoignage des réfugiés, volontaires, témoins et autres archives contemporaines.

"Sa Sainteté le catholicos Karékine II et Monseigneur Vicken Aykazian ont joué un rôle inestimable en aidant à créer cette remarquable exposition," ajoute Van Z. Krikorian, président de l'ANI. "Le temps est venu de partager des témoignages importants, jusqu'ici inédits, sur le génocide arménien, ainsi que les réactions qu'il suscita. Nous sommes vivement reconnaissants au catholicos, à Vicken Srpazan, ainsi qu'à d'autres membres du clergé, pour leur aide qui nous a permis d'avancer. Cette exposition nous rappelle aussi un autre enseignement du passé. Au bord de l'effondrement, face à la violence génocidaire du gouvernement Jeune-Turc, notre clergé et Etchmiadzine se sont dépassés, véritable rempart du peuple arménien. Il y a là quelque chose dont nous devons être fiers, qu'il nous faut partager publiquement et imiter."

En décembre 1912, le catholicos Gevorg V Soureniants écrivait : "La Question arménienne, qui fut soulevée, voici 34 ans, devant la diplomatie européenne, demeure sans réponse à ce jour. Si les Arméniens sont à nouveau ignorés, cela reviendrait à livrer tout un peuple à son anéantissement final." Il lui revint, de fait, d'adresser au monde la toute première alerte sur un génocide, en avril 1915. Tandis que les communautés arméniennes, à travers la Turquie ottomane, étaient totalement dévastées et leurs survivants dispersés à travers le paysage stérile de la Syrie, de l'Irak, de la Jordanie et autres lieux où ils furent abandonnés à la mort, alors que les armées turques progressaient vers l'Arménie Orientale, menaçant d'une extinction complète le peuple arménien, tout le poids des événements retomba, à nouveau, sur les épaules du catholicos Gevorg V Soureniants, dont l'intrépidité en mai 1918, tandis que le danger approchait aux portes mêmes d'Etchmiadzine, inspira le reste des Arméniens à se rassembler pour une ultime résistance à Sardarapat.

C'est aussi grâce à l'agrément du catholicos Gevorg V que le patriarche arménien de Constantinople, Zaven Der-Eghiayan, institua le 24 avril comme journée de commémoration. L'exposition reproduit la traduction de l'encyclique transmettant les bénédictions sincères de ce grand homme d'Eglise, qui fut témoin de tant de destructions et qui continua à se faire le défenseur de l'humanité et de la civilisation.

"Le premier refuge et le dernier rempart" est aussi éditée en format numérique, en diffusion mondiale et gratuitement, sous la forme d'affiches téléchargeables, pouvant être imprimées et exposées.                 

NdT

1. Benedetta Guerzoni, Cancellare un popolo : Immagini e documenti del genocidio armeno, Sesto San Giovanni (Milano) : Mimesis Edizioni, 2013, 126 p. - ISBN : 978-88-5751-651-6

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Traduction : © Georges Festa - 04.2014