vendredi 18 avril 2014

New York : Socially Relevant Film Festival Features Armenian Themes / Le Festival du Film Socialement Pertinent présente des thématiques arméniennes





© Take My Picture, 2013


Le Festival du Film Socialement Pertinent présente des thématiques arméniennes
par Florence Avakian


NEW YORK - Le tout premier Festival du Film Socialement Pertinent Label SR s'est tenu du 14 au 20 mars, au Quad Cinema, présentant plus de 55 films en provenance de 18 pays, dont 6 œuvres aux thématiques arméniennes. "Ce festival est une alternative aux films nourris de violence, montrant le crime sous des couleurs séduisantes et qui inondent le marché populaire," déclare l'actrice et cinéaste Nora Armani, à l'origine de ce festival unique. Elle ajoute que c'est aussi en mémoire de son cousin et de son oncle qui, il y a 10 ans, ont été victimes de crimes haineux. "Notre objectif est d'apporter une plateforme et de faire prendre conscience de questions sociales importantes, qui, espérons-le, susciteront un changement."

Trois de ces documentaires et longs métrages ayant trait à l'Arménie ont été projetés dimanche 16 mars à l'attention d'un public essentiellement arménien. Aux yeux de l'auteur, le film arménien le plus fort était Orphans of the Genocide, une œuvre saisissante, présentant, une demie heure durant, des documents secrets et des matériaux d'archives sur le sort des orphelins arméniens, après le génocide. Matériaux méticuleusement recherchés, trois ans et demi durant, par le cinéaste Bared Maronian, originaire de Floride et lauréat à quatre reprises d'un Emmy Award, et sa société Armenoid Productions, située à Coconut Creek, en Floride.

Le film relate le vécu tragique d'un nombre assez considérable d'orphelins arméniens survivants, sur plus de 150 000, soumis à des enlèvements, des viols, des tortures et contraints à devenir des domestiques et des concubines aux mains de leurs ravisseurs ottomans et kurdes. Il relate aussi les efforts herculéens de nombreux missionnaires et travailleurs humanitaires non arméniens, qui risquèrent leur vie pour sauver et aider ces victimes innocentes dans des orphelinats au Moyen-Orient et en Grèce.

Dans une scène inoubliable, le film montre une jeune Arménienne, qui a été tatouée sur sa tête, son menton et sa bouche par ses ravisseurs et qui, plus tard, dans sa vie, au prix de grandes souffrances, se fit enlever ces marques de servitude. Dans une autre scène, l'inauguration de stèles commémoratives, installées finalement au cimetière d'Antoura, près de Beyrouth, au Liban, où 300 jeunes orphelins furent tués et enterrés. L'orphelinat d'Antoura fut instauré par Ahmad Djemal Pacha et fut un centre de turcisation, où un millier de jeunes orphelins furent systématiquement dépossédés de leur identité arménienne, se virent attribuer de nouveaux patronymes turcs, contraints de devenir musulmans et sévèrement battus, s'ils parlaient arménien.

Parmi les personnalités présentées dans le film figurent l'historien et sociologue Taner Akçam, ainsi que le docteur Jack Kevorkian, pathologiste, lequel traduisit le vécu tragique de ses parents dans des tableaux grotesques. Suite à la projection, Bared Maronian précisa que le film s'inspire d'un article intitulé "La preuve vivante du génocide arménien," de Robert Fisk, célèbre éditorialiste à The Independent (1). Ajoutant que le film est distribué par PBS-TV à Fresno, Troy, Miami et Toronto, avec des projets sur d'autres lieux.

Hamshen Community at the Crossroads of Past and Present [La communauté hamchène au carrefour du passé et du présent], documentaire d'une heure par Lucine Sahakyan, qui s'est rendue en Turquie et qui a filmé des descendants d'Arméniens hamchènes, entre 2010 et 2012. Le film a reçu le Prix humanitaire Armin T. Wegner. Ces Hamchènes, qui sont aujourd'hui plus de 100 000, furent obligés de se convertir à l'islam au 18ème siècle par les autorités ottomans et vivent principalement, de nos jours, dans les provinces de Rizeh, Artvin, Erzerum, ainsi qu'à Istanbul.

Le film livre un aperçu précieux sur le mode de vie des Hamchènes, populations simples, montrées en train de chanter, de danser, de manger leurs mets traditionnels et de parler dans leur dialecte particulier. Ils se considèrent, disent-ils, comme ni Turcs ni Arméniens. Ils sont intégrés dans l'univers turc et nombre de jeunes Hamchènes se retrouvent dans les régions urbaines de la Turquie.

Tandis que le spectateur lit les sous-titres anglais, l'impact émotionnel du film est édulcoré par la narration très appuyée du réalisateur en arménien. Et l'on éprouve des sentiments pour le moins mitigés, lorsque l'on découvre ces Arméniens ostracisés du fait de leurs racines ethniques et de leur histoire. Néanmoins, l'esprit d'ouverture et la probité de cette population, son identité locale et, naturellement, sa joie de vivre parmi les montagnes, les pâturages et le monde de la nature est incontournable.

Le film If Only Everyone..., de Natalia Belyaukene, et produit par Michael Pogosian, a connu sa première à New York, lors de ce festival. Il s'agit du récit poignant d'une jeune femme qui voyage en Arménie, afin de retrouver la tombe de son père, tué durant la guerre du Nagorno-Karabagh, et qui plante un arbuste sur sa sépulture. Elle se lie d'amitié avec un Arménien plus âgé, vétéran de ce conflit dévastateur et voyagent ensemble, dans un périple plein d'humour. A la fin du voyage, ils croisent un Azéri qui a, lui aussi, perdu son fils dans ce conflit, et leur rencontre fait naître des sentiments forts d'émotion et de compréhension entre gens qui ont vécu la tragédie de la guerre.

Figurait aussi dans ce festival le court-métrage Bavakan, d'Adrineh Gregorian, qui raconte l'histoire déchirante de l'avortement des fœtus féminins en Arménie, une réalité atroce que l'ancien président Jimmy Carter a intégrée dans son ouvrage le plus récent, A Call to Action: Women, Religion, Violence and Power (2).

Deux autres films abordant des thématiques liées à l'Arménie furent aussi projetés - Armenian Activists Now, de Robert Davidian, et Later Than Usual, de David Hovan. Deux courts-métrages faisant la lumière sur des événements controversés, auxquels l'Arménie fait face actuellement.

Plusieurs prix furent décernés en conclusion du festival. Le Grand Prix, distinction la plus élevée, revint au documentaire Small Small Thing, maintes fois récompensé, de Jessica Vale, qui s'intéresse au cas poignant d'une jeune Libérienne de 7 ans, Olivia Zinnah, violée et morte de ses blessures, en dépit des tentatives héroïques du gouvernement libérien et des équipes médicales pour la sauver.

Parmi les 25 partenaires et soutiens du Festival du Film Socialement Pertinent, Label SR, figuraient le Cinema Libre Studio, le Village Voice, IndieFlix.com, l'ambassade de France aux Etats-Unis, l'Institut Français/Alliance Française, Michael Aram, Unifrance Films, Cineuropa, le Center for Remembering and Sharing (CRS - New York) et la School of Visual Arts (NY).                  

NdT

1. Article paru le 09.03.2010 in The Independent - traduction française G. Festa http://armeniantrends.blogspot.fr/2010/04/genocide-armenien-les-orphelins_25.html
2. Jimmy Carter, A Call to Action: Women, Religion, Violence and Power, Simon and Schuster, 2014, 224 p. - ISBN-13 : 978-1476773957
  
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Traduction : © Georges Festa - 04.2014