jeudi 1 mai 2014

Ani Hovannisian Kevorkian : A la découverte des traces / Uncovering Traces



Diyarbakir (Turquie), ruines de l'église Saint-Georges, août 2009
© http://commons.wikimedia.org


A la découverte des traces
par Ani Hovannisian Kevorkian


LOS ANGELES - "Va en enfer !" - telle est ma réaction instinctive, sans mot dire, lorsqu'un homme, sûrement un Turc, tente d'engager la conversation, tandis que j'embarque par avion pour Istanbul à l'aéroport JFK, à New York, en juin 2012. J'imagine son grand-père en train d'assassiner mon peuple, même si je suppose qu'il a pu, lui aussi, être un de ces justes, qui épargnèrent les Arméniens voués à la mort, en en faisant des domestiques ou pire. Peu importe que cela se soit passé, il y a presque un siècle. Pour moi, c'est comme si c'était maintenant.

J'entame mon premier voyage vers les terres et les récits, dont j'ai entendu parler, ma vie durant, vers les maisons (ou leur absence) de Babi Kaspar et mamie Siroune, de Babi Hovakian et mamie Chenkouhie, les vestiges concrets de notre histoire millénaire, que mon père et ma mère, les docteurs Richard et Vartiter K. Hovannisian, nous ont insufflé, aussi loin que je m'en souvienne.

L'arrivée

Si un sourire, un salut et une incongruité peuvent autant me toucher, je me demande alors comment vais-je faire face à des millions ? Plutôt bizarre pour une fille comme moi, qui a toujours vu le côté humain et "nous sommes tous semblables" chez autrui. Mais qui a aussi ses exceptions, et une exception que je suis en train de vivre.

En arrivant en Turquie, et en déambulant le long du grand boulevard Beyoğlu-Istiklal, réservé aux piétons, débordant de magasins cosmopolites, de restaurants engageants, de marchés colorés et de gens, par dizaines de milliers, j'en oublie presque où je suis. Et pourtant je sais que je suis entourée de Turcs. J'ai la tête qui tourne, quand j'en observe un, puis un autre, puis un autre encore. Je suis aimantée par eux, mais je me rends compte que je ne suis rien pour eux. Je n'existe pas. J'ai vécu toute ma vie dans l'obsession du génocide, de la perte, du dégoût envers les Turcs, du besoin d'informer le monde et de le rendre quelque peu meilleur. Mais ici, je me rends compte que nous, les Arméniens, nous n'existons pas, ne fut-ce qu'en pensée, aux yeux de ce flot interminable de visages, de corps, de rires et de conversations, que  je croise. Ce sont des familles, des amis, des gens qui vivent, comme partout. Je suis invisible. Nous sommes invisibles. Comment le leur reprocher ?

Je suis heureuse de retrouver mes compagnons de voyage, 24 au total, qui, sous la houlette d'Armen Aroyan et sa connaissance encyclopédique des itinéraires et de leur intérêt, se proposent de découvrir ce que chacun de nous est venu chercher. Grâce à sa connaissance sans prétention du pays et pressentant notre besoin de trouver notre place ici, Armen sait exactement où aller et comment y aller. Il a déjà ouvert la porte à plus de 1 200 personnes et, par extension, à leurs familles, d'un monde qui leur a été arraché, quasiment une invention de leur imagination, jusqu'à ce qu'il leur montre que c'est ici et à eux de faire cette expérience. Et le fait d'être avec mon père, qui a parcouru tant de fois cette terre, si ce n'est physiquement, est le plus grand trésor qui soit. Lors de ce voyage, organisé par la National Association for Armenian Studies and Research, au lieu de partir du centre de l'Arménie Occidentale historique (Turquie Orientale), notre groupe gagne d'abord en monospace la Cilicie, longeant le sud-ouest et le centre du pays, où des royaumes arméniens ont prospéré, du 11ème au 14ème siècles.

Les pierres nous parlent

En route, nous nous arrêtons dans plusieurs anciennes cités arméniennes, qui n'ont jamais fait partie de la Cilicie ou de l'Arménie proprement dite. Bardizag, un village en haut d'une colline, tout en couleurs par sa flore et ses arbres, et qui surplombe la mer de Marmara, était réputé pour son lycée arménien Bythinie, géré par les missionnaires américains et dont l'édifice est toujours debout. J'ai à peine quitté Istanbul et je cherche déjà désespérément des signes de vie arménienne ancienne, bien que perdus. Comme si une trace d'arménité me rendrait, nous rendrait à nouveau visibles. Nous prouverait, rendrait notre histoire à nouveau réelle, comme nous le souhaitons tant. Armen nous conduit là où il a vu, la dernière fois, des tombes arméniennes, mais elles ont disparu. Il nous faut maintenant les retrouver. Pour ma part, je n'imagine pas quitter ce petit village, fût-il insignifiant aujourd'hui, sans faire la preuve que des Arméniens y ont vécu. Comment pourrais-je me réjouir, en découvrant finalement une tombe arménienne déracinée, profanée et brisée dans un jardin voisin, et un fragment d'une autre, au nom de Ghazar, dans un mur ? Je l'ignore. Mais c'est le cas.

Tandis que nous partons pour le sud, puis à l'est, le long de la Méditerranée, vers les royaumes, les dynasties, les châteaux et les forteresses arméniennes, les pierres surgissent, sans barguigner. Prenant vie. Il n'y a plus d'Arméniens à qui parler, mais les pierres sont là.

İzmit, Menemen, Izmir, Sis, Adana, Dort Yol, Zeitoun, Marash, Aïntab, Ourfa, l'Euphrate... Les pierres reprennent vie. Elles me ramènent aux récits et aux populations que je connais et dont j'ai entendu parler, aux vergers des villages, aux rues des villes, aux cloches des églises, aux élèves des écoles, à toute cette camaraderie, puis à la spoliation et à l'anéantissement. Je m'habitue à découvrir des églises converties en tas d'immondices ou en mosquées. Je cherche, je trouve, je salue et je pleure les inscriptions arméniennes dans de belles demeures arméniennes, transformées en auberges, en cafés et en musées turcs. Je me demande à qui appartiennent ces pierres tombales et quels sont ces khatchkars [pierres-croix], que je remarque, incrustés dans les murs d'habitations de villages kurdes et turcs. Mais je sais et, j'en suis persuadée, ces gens doivent savoir, qu'ils nous appartiennent.

Une inscription qui nous hante à Ourfa

Une fraîche soirée, que nous passons dans un restaurant panoramique et un hôtel aux allures de magasin, jouxtant la magnifique forteresse d'Ourfa et face à une imposante église arménienne, transformée en mosquée, continue de me hanter, aujourd'hui encore. Tandis que j'explore les environs, appareil photo en main, comme je fais toujours, je tombe sur une annotation, sculptée en profondeur dans le mur d'une des chambres d'hôte. J'apprends plus tard que cette demeure appartenait avant 1915 à un riche Arménien et qu'elle fut un lieu de regroupement pour les Arméniens en quête de refuge et cherchant à se retrouver, après le génocide. Si certains habitants arméniens échappèrent à la mort et revinrent chez eux à Ourfa, ils furent à nouveau forcés de partir, et ce définitivement, en 1922, suite à la politique d'expulsion d'Atatürk et des nationalistes turcs.

L'inscription, dissimulée derrière un rideau, en arménien, se traduit ainsi : "J'ai écrit ces mots en 1922, dans cette maison qui appartient à Nichan... Je suis venu et resté ici, 25 jours. Maintenant je pars. Adieu, mes amis. Fasse que celui qui lira cela se souvienne de moi."

Tout ce que je puis déchiffrer de son nom, gravé en lettres majuscules, se résume à "IAN," jusqu'à ce que je montre la photo à mes jeunes enfants, qui identifient cet homme. Son nom, déchiffrent-ils, semble être Bédros Der Msélian. Bédros qui, 25 jours plus tard, laissa son empreinte et prit à nouveau la fuite vers un destin inconnu.

Baron Avédis Démirdjian

Les pierres nous mènent aux Arméniens, à Musa Dagh. Les découvrir et leur simple existence est, pour moi, aussi miraculeux que leur défense légendaire de leur montagne et de leur population, voici presque 100 ans, et que rendit fameuse le roman de Franz Werfel, Les Quarante Jours de Musa Dagh. Vakıflı, le seul village arménien qui subsiste sur cette farouche montagne et, à ma connaissance, dans toute l'Arménie historique et l'actuelle Turquie, compte 140 Arméniens, les descendants de ces défenseurs qui résistèrent aux Turcs durant plus de 40 jours en 1915, et qui revinrent sur leurs terres d'origine, après leur exil forcé. Ici les gens parlent arménien, possèdent une église toujours en activité, l'eau courante, des bancs qui bruissent de conversations et de parties de tavla, ainsi qu'un magasin bien achalandé en savons faits main et aliments provenant des vergers du village.

C'est là qu'Avédis Démirdjian, 99 ans, se repose sur un lit, sous sa véranda, avec ce qui ressemble à une branche d'olivier, posée sur sa poitrine. Je touche et j'embrasse un Arménien en vie, béni et meurtri par l'existence et la mémoire de notre peuple. Faible physiquement, mais à l'esprit alerte, Baron Avédis, comme nous l'appelons, est fier de raconter comment il est né sur cette belle montagne, l'existence de six villages arméniens, comment ils ont combattu pour protéger leurs villages contre les Turcs, comment le gouvernement ottoman les a chassés, et comment il se fait que ce soit l'unique village arménien subsistant. Quand je lui demande si les habitants actuels des autres villages savent à qui appartiennent les maisons où ils habitent, il me répond : "Bien sûr qu'ils savent ! Ils sont arrivés et se sont installés dans des maisons bien équipées. Qui a fabriqué ces maisons ? Ils le savent." Il m'apprend que de nombreuses cheminées dans les villages arméniens conduisant à Vakıflı ont été détruites, alors qu'ici, plus de la moitié ont survécu.

"Souvenons-nous," me dit-il, "qu'il existe un village comme celui-ci sur Musa Ler. Il n'y en a pas d'autre. Nous sommes tous Arméniens ici." Au moment de le quitter à regret, Baron Avédis m'adresse ces mots, à transmettre et à répercuter à l'étranger : "Les Arméniens sont de moins en moins nombreux." Je vais au bout de sa pensée : "Nous devons rester Arméniens." Son "Ayo" [Oui] ferme scelle notre pacte. J'ai appris récemment que Baron Avédis nous a quittés, mais pas l'écho de son message.

Mon grand-père était Arménien

En quittant la Cilicie et en se dirigeant vers les terres arméniennes historiques, il devient normal de se confronter avec ce qui était jusque là insondable. J'arpente les sombres ruelles de Dikranagerd avec Elaine et Claire, mes compagnes de voyage. Nous avons décidé de profiter de notre pause-déjeuner d'une heure pour explorer en solo les rues de la ville, contre l'avis d'Armen. Dikranagerd, il le sait, n'est pas un endroit, où nous puissions nous aventurer seules. Mais nous le faisons.

Surgie de nulle part, une fille enjouée, aux sourcils noirs et aux grands yeux sombres, nous arrête au milieu du trottoir et nous demande : "Vous parlez anglais ?" "Oui," lui répondons-nous. Je lui demande quelle est sa nationalité. "Mon grand-père," nous dit-elle, "était Arménien." Abasourdie, je lui réponds : "Nous sommes Arméniennes." "On est sœurs alors !" s'exclame-t-elle. "Peut-être un peu turques, un peu kurdes, mais on est pareilles !" Cette rencontre inopinée dans la rue nous amène à une conversation dans un café en plein air, à l'intérieur du bazar. Tout étonnés, les parents de Dilan, sa mère, une Kurde, et son père, aux trois-quarts Kurde et pour un quart Arménien, sont les participants inattendus de cette rencontre. Je ne suis pas sûre qu'ils auraient choisi de se joindre à notre échange, mais leur fille ne leur a guère laissé le choix. Tandis que je pose des questions que probablement personne ne leur a posé auparavant, elle se tourne vers ses parents en quête de réponses.

Dilan, 20 ans, apprend ce jour-là, tout comme nous, que le nom arménien de son grand-père Mustafa était Ardzou, peut-être Ardziv, à mon avis. Elle apprend que son père, sa mère, sa sœur et son oncle ont été tués à Moush, et qu'il réussit à s'échapper. De chrétien, il est "devenu" musulman, d'Ardzou il devenu Mustafa, afin de survivre. Si bien que Dilan, avec au moins une branche d'une lignée arménienne, est née et a grandi en tant que musulmane et Kurde, comme tant d'autres.                    
  
Quand je demande à Dilan si elle connaît, et quand elle a appris, le mot "génocide," elle lève les yeux et réfléchit quelques instants, puis me répond : "Génocide.  Ils ne disent pas que nous avons fait ça, mais nous savons qu'ils l'ont fait. On n'en parle pas, sinon ça serait difficile pour nous. On vit ici. C'est leur pays et leur décor." Quand je lui dis qu'en arménien nous disons "Menk Hai enk," elle répète ces mots qui signifient "Nous sommes Arméniens." Au moment de nous dire au revoir, Dilan tient à nous confier : "Je vous aime de ton mon cœur, mes sœurs." Ainsi va le monde, perdu, retrouvé et, je ne puis m'empêcher de penser, perdu à nouveau.

Rien qu'en y pensant, c'est une expérience extraordinaire... Le jeune homme qui travaille à la réception, le porteur, tout le monde, semble-t-il, compte une grand-mère, un grand-père, une arrière-grand-mère ou un arrière-grand-père arménien. Cette génération de jeunes gens semble détenir un ou deux fragments du puzzle, juste assez pour ne pas vouloir en avoir ou en savoir plus, suffisamment proches pour le tenir à distance. Après l'avoir relancé, non sans peine, le commis à la réception, qui se présente comme "moitié Turc, moitié Kurde, on est au milieu," verbalise son conflit intérieur.

"Je ne suis pas curieux de notre histoire... Ces souvenirs ne sont pas agréables, en ce sens que je n'ai pas envie d'en apprendre davantage." Quand je lui demande quels sont ces souvenirs désagréables, il me répond : "Beaucoup d'Arméniens ont été tués par d'autres gens. Je sais ça, et qu'ils ont incendié les maisons des Arméniens. Quand j'en parle, je me sens différent, en ce sens que je n'ai pas envie d'en parler."

"Khateri Hamar"

Je demande s'il reste des Arméniens à part entière. Mes rencontres avec des jeunes me conduisent à la doyenne des Arméniens, parmi les rares encore en vie, de Dikranagerd. Aux premières heures du lendemain, avant que notre groupe ne file à Kharpert, je pars, avec deux de mes compagnons, en quête de l'église assyrienne où, m'a-t-on dit, vit une Arménienne. A mes coups sur la porte massive, à l'entrée de l'église, répond une petite femme, qui nous accueille à l'intérieur et qui s'appelle Baydzar Alata. Elle et son mari, Sarkis, vivent dans l'enceinte de l'église assyrienne depuis 25 ans. Lorsque je la découvre, c'est comme si je retrouvais ma grand-mère. Mais je n'ai jamais perdu ma grand-mère. Elle, de son côté, a presque tout perdu. Dans un arménien malaisé, elle nous apprend qu'il ne reste plus personne à qui parler et qu'elle a donc beaucoup oublié de cette langue. "Les Turcs ont fait ce qu'ils ont fait," nous dit-elle. Elle nous serre dans ses bras, comme des proches, tandis que le chat des lieux nous dispute son attention. Assise à l'ombre du jardin, puis lorsqu'elle nous parle dans sa modeste demeure, Baydzar nous fait partager ce qui reste de sa vie et de son passé; des récits, quelques photographies et des châles qu'elle a tricotés, qu'elle dépose avec amour sur nos épaules, glissant un "Khateri amar," tel un souvenir. Diguine [Madame] Baydzar nous confirme aussi ce que j'ai déjà observé. "Il y en a beaucoup," explique-t-elle, "dont les parents et les grands-parents étaient Arméniens, mais ils sont morts, ont été tués, ont oublié. Maintenant, leurs enfants sont devenus des Turcs. Ils sont très nombreux comme ça." Je n'ai pas envie de partir, et pourtant il le faut. "Parov yeger ek, parov katsik, Ghourban eh," nous lance avec bienveillance Diguine Baydzar en guise d'adieu. C'est ainsi que je quitte Diguine Baydzar et Dikranagerd, emportant avec moi une nouvelle strate de connaissances, de souffrances et de questions sans réponses.          

Babi et Mami

Voilà où j'avais prévu de commencer cet article, tandis que je foule du pied la terre dont j'ai entendu parler, durant toute ma vie. Bazmashen de Babi [Papy] Kaspar et Kesserig de Mami [Mamie] Siroune à Kharpert, Dzitogh de Babi Hovakim à Erzeroum et Ordu de Mami Chenkouhie sur la mer Noire. J'ai pensé qu'il me fallait évoquer l'état de dévastation qui m'a envahie, lorsque j'ai posé mon regard sur le village rasé de Bazmashen, qui est maintenant un champ vide avec un amas de décombres, là où se dressait l'église Sourp Mariam Asdvadzadzine, avec son âne solitaire et cette femme voilée, qui semblait surgie de nulle part et qui m'apprit qu'autrefois, des Arméniens vivaient ici, tandis qu'elle me conduisait vers la fontaine en plein air de sa maison à Yeni Bazmashen [Nouveau-Bazmashen], en me disant : "Voilà ce qui reste des Arméniens." J'ai pensé qu'il me fallait consigner cet instant où mon père, qui me précédait de trois mètres, se pencha et ramassa une pierre, en me signalant que nous nous trouvions devant la demeure de Babi Hovakim à Dzitogh, le village qu'il quitta, adolescent, afin d'éviter la conscription au sein de l'armée ottomane, et où il revint en tant que volontaire arménien, sous les ordres du général Antranik et du fédayin Keri, tout comme Babi Kaspar, pour découvrir qu'il ne restait rien de son village, aucun de ses 3 000 habitants, aucun de ses huit enfants, parents... J'ai pensé qu'il me fallait évoquer le Kesserig de ma grand-mère Siroune, où j'ai aperçu mon ombre sur ce lieu vide, où se dressait l'église. et où j'ai recherché ce chou légendaire, dont elle parlait, mais que je n'ai jamais trouvé. J'ai pensé qu'il me fallait évoquer l'Ordu, de Mami Chenkouhie, qui surplombait la mer Noire, une localité des plus pittoresque, où je n'ai pu retenir mon émotion, tandis que je me trouvais sous un arbre, observant cet édifice imposant de trois étages, qui fut une école arménienne réputée, avant d'être transformé en un orphelinat, où ma chère mamie, dépossédée de son enfance et de sa famille, se retrouva à l'âge de 7 ans. Ces récits, ces gens, mes grands-parents, n'ont ni commencement, ni fin. Aussi ne commencerai-je, ni n'achèverai-je leur histoire. Ils vivent en moi, à travers leurs enfants, leurs 22 petits-enfants, leurs 62 arrière-petits-enfants, leurs 5 arrière-arrière-petits-enfants, et à travers ceux qui ont choisi de se souvenir.

[Productrice, réalisatrice et écrivaine, Ani Hovannisian Kevorkian a voyagé à travers le monde en documentant des récits, dont elle a fait des vidéos et des émissions télévisées, plusieurs fois récompensées. Titulaire d'une licence en communication et d'une maîtrise de journalisme de l'UCLA, elle est membre active de la Directors Guild of America [Guilde des Réalisateurs d'Amérique], de l'Academy of Television Arts and Sciences, et de l'International Documentary Association. Originaire de Fresno, elle vit à Los Angeles avec son mari et ses enfants.]         
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Traduction : © Georges Festa - 05.2014