jeudi 29 mai 2014

Maya Angelou (04.04.1928 - 28.05.2014) - A Brave and Startling Truth / Une vérité courageuse et saisissante



Maya Angelou lisant son poème "On the Pulse of Morning" [Lorsque palpite le matin], lors de la prise de fonction du président Bill Clinton, 19 janvier 1993
© Courtesy of the White House - http://en.wikipedia.org


A Brave and Startling Truth


We, this people, on a small and lonely planet
Traveling through casual space
Past aloof stars, across the way of indifferent suns
To a destination where all signs tell us
It is possible and imperative that we learn
A brave and startling truth

And when we come to it
To the day of peacemaking
When we release our fingers
From fists of hostility
And allow the pure air to cool our palms

When we come to it
When the curtain falls on the minstrel show of hate
And faces sooted with scorn are scrubbed clean
When battlefields and coliseum
No longer rake our unique and particular sons and daughters
Up with the bruised and bloody grass
To lie in identical plots in foreign soil

When the rapacious storming of the churches
The screaming racket in the temples have ceased
When the pennants are waving gaily
When the banners of the world tremble
Stoutly in the good, clean breeze

When we come to it
When we let the rifles fall from our shoulders
And children dress their dolls in flags of truce
When land mines of death have been removed
And the aged can walk into evenings of peace
When religious ritual is not perfumed
By the incense of burning flesh
And childhood dreams are not kicked awake
By nightmares of abuse

When we come to it
Then we will confess that not the Pyramids
With their stones set in mysterious perfection
Nor the Gardens of Babylon
Hanging as eternal beauty
In our collective memory
Not the Grand Canyon
Kindled into delicious color
By Western sunsets

Nor the Danube, flowing its blue soul into Europe
Not the sacred peak of Mount Fuji
Stretching to the Rising Sun
Neither Father Amazon nor Mother Mississippi who, without favor,
Nurture all creatures in the depths and on the shores
These are not the only wonders of the world

When we come to it
We, this people, on this minuscule and kithless globe
Who reach daily for the bomb, the blade and the dagger
Yet who petition in the dark for tokens of peace
We, this people on this mote of matter
In whose mouths abide cankerous words
Which challenge our very existence
Yet out of those same mouths
Come songs of such exquisite sweetness
That the heart falters in its labor
And the body is quieted into awe

We, this people, on this small and drifting planet
Whose hands can strike with such abandon
That in a twinkling, life is sapped from the living
Yet those same hands can touch with such healing, irresistible tenderness
That the haughty neck is happy to bow
And the proud back is glad to bend
Out of such chaos, of such contradiction
We learn that we are neither devils nor divines

When we come to it
We, this people, on this wayward, floating body
Created on this earth, of this earth
Have the power to fashion for this earth
A climate where every man and every woman
Can live freely without sanctimonious piety
Without crippling fear

When we come to it
We must confess that we are the possible
We are the miraculous, the true wonder of this world
That is when, and only when
We come to it.
Maya Angelou

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Une vérité courageuse et saisissante


Nous, ces gens, sur une petite planète solitaire
Voyageant au hasard dans l'espace
Passées de lointaines étoiles, croisant des soleils indifférents
Vers une destination où tous les signaux nous indiquent
Qu'il est possible et urgent que nous apprenions
Une vérité courageuse et saisissante

Et lorsque nous y arrivons
A ce jour de paix
Lorsque nous libérons nos doigts
Des poings de l'hostilité
Et que nous laissons l'air pur rafraîchir nos paumes

Lorsque nous y arrivons
Lorsque le rideau tombe sur le concert de haine
Et que les visages salis par le mépris sont décrassés
Lorsque champs de bataille et colisée
Ne fauchent plus nos fils et filles sans pareils
Dans l'herbe foulée et sanglante
Afin qu'ils gisent dans des lieux semblables en terre étrangère

Lorsque l'assaut avide des Eglises
Le raffut de hurlements dans les temples cessent
Lorsque allègrement claquent les fanions
Lorsque vaillamment à travers le monde frémissent les bannières
dans la brise agréable et pure

Lorsque nous y arrivons
Lorsque nous laissons nos fusils choir de nos épaules
Et que les enfants vêtent leurs poupées de drapeaux blancs
Lorsque les mines terrestres de mort ne sont plus
Et que les anciens peuvent connaître des soirs de paix
Lorsque le rituel religieux ne respire pas
L'encens de chair brûlée
Et que les rêves d'enfance ne sont pas fracassés
Par des abus cauchemardesques

Lorsque nous y arrivons
Alors nous constaterons que ni les pyramides
Aux pierres agencées à la perfection mystérieuse
Ni les jardins de Babylone
Beauté éternelle suspendue
A notre mémoire collective
Ni le Grand Canyon
Embrasé d'exquises couleurs
Par les couchers de soleil à l'ouest

Ni le Danube, écoulant son limon bleu vers l'Europe
Ni la cime sacrée du Mont Fuji
S'étirant jusqu'au Soleil Levant
Ni notre père l'Amazone, ni notre mère le Mississippi qui, sans demander de faveur,
Nourrissent toutes les créatures des profondeurs et des rivages
Que toutes ces choses ne sont pas les seules merveilles du monde

Lorsque nous y arrivons
Nous, ces gens, sur ce globe minuscule et sans famille
Qui  recourons chaque jour à la bombe, à la lame et au poignard
Et qui pourtant pétitionnons dans l'obscurité pour des témoignages de paix
Nous, ces gens, sur cet atome de matière
Dont les bouches abritent de chancreuses paroles
Qui menacent notre existence même
Ces mêmes bouches dont pourtant
Emanent des chants d'une si exquise suavité
Que le cœur en est chaviré
Et le corps apaisé de respect

Nous, ces gens, sur cette petite planète à la dérive
Dont les mains peuvent frapper avec tant d'insouciance
Qu'en un clin d'œil, l'existence est vidée de toute vie
Ces mêmes mains qui pourtant peuvent toucher avec une délicatesse si apaisante, si irrésistible
Que l'encolure hautaine est heureuse de s'incliner
Et la croupe farouche charmée de fléchir
Un tel chaos, une telle contradiction
Nous enseignent que nous ne sommes ni diables, ni dieux

Lorsque nous y arrivons
Nous, ces gens, sur ce corps rétif, instable
Créé sur cette terre, de cette terre
Avons le pouvoir de façonner pour cette terre
Un climat où chaque homme et chaque femme
Peuvent vivre librement sans piété moralisatrice
Ni crainte paralysante

Lorsque nous y arrivons
A nous de reconnaître que nous sommes la merveille
Possible, miraculeuse, véritable de ce monde
A savoir lorsque, et seulement lorsque
Nous y arrivons.  

Adaptation : © Georges Festa - 05.2014