dimanche 8 juin 2014

Anna Astvatsaturian Turcotte - Une survivante de Bakou s'adapte à un monde nouveau / Baku Survivor Adapts to a New World



© hyebooksonline.com, 2012


Une survivante de Bakou s'adapte à un monde nouveau
par Tom Vartabedian


NORTH ANDOVER, Massachusetts - Dans un monde marquée par la violence et le remords, Anna Astvatsaturian Turcotte se considère comme une survivante - et à juste titre.
Elle a survécu à un pogrom à Bakou, au plus fort du conflit azéri. Elle a été confrontée à l'assimilation et a survécu à cela. Ce ne fut pas chose aisée, se trouvant loin de sa terre d'attache et de ses amis d'enfance, mais elle a survécu à cela.
Elle a survécu, tout en étant Arménienne sur un sol hostile, et a survécu aux insinuations malveillantes d'un monde nouveau et souvent inacceptable.
Grâce à toutes ces expériences, elle est devenue une femme meilleure, veillant à justifier l'héritage qui est le sien et à parler ouvertement du génocide dans les lointaines contrées du Maine, où elle pratique le droit et où elle élève sa famille.
"Je me demandais quel avenir m'attendait en Amérique et ce que je deviendrais," confiait-elle récemment, devant un public sous le charme. "Immigrée à 13 ans, j'étais pétrifiée à l'idée de ce que nous réservait ce nouveau pays, à moi et ma famille."
Tout cela se retrouve dans un livre, qu'elle a publié, intitulé Nowhere, le récit de son exil, une pépite à succès, extraite d'un journal qu'elle a tenu, qui n'est pas sans rappeler celui d'Anne Frank.
Elle voyage beaucoup, précédée de son histoire et de ses livres, très demandés, tout en gardant les pieds sur terre. Lors de sa venue à Merrimack Valley, elle avait emmené sa famille, pour que ses deux enfants, Armen et Evangeline, pussent visiter le Musée des Sciences à Boston, le lendemain.
Il y a peu, Turcotte a fait salle comble à Philadelphia, faisant entendre une tragédie rarement dénoncée à l'Ouest. Elle évoque sa vie de réfugiée, documentant la terreur organisée à Bakou et en Azerbaïdjan, tout en luttant pour se connaître, avec pour toile de fond le déclin de l'Union Soviétique.
A une époque d'épuration ethnique rampante, cet enfant victime a vécu pour en témoigner, tandis que d'autres n'ont pas eu cette chance.
"L'indépendance de l'Artsakh fut un facteur décisif, qui intensifia l'hostilité des Azéris contre les Arméniens," rappela-t-elle. "Mon souvenir le plus fort fut de voir mon père assis dans le noir, armé de couteaux et aux aguets. Je me rappelle m'être cachée à l'école, lorsque les manifestations ont mal tourné. La violence régnait dans la rue, mais on ne s'attend jamais à ce qu'elle vous atteigne."
Du haut de ses 36 ans, Turcotte est devenue une voix puissante dans le combat global contre la purification ethnique, ainsi qu'une source d'inspiration pour les survivants à travers le monde.
Sa famille s'enfuit tout d'abord de l'Azerbaïdjan vers l'Arménie, puis se réinstalla en Dakota du Nord en 1992 et, cinq ans plus tard, Anna devint citoyenne des Etats-Unis.
Ce ne fut guère facile, se retrouvant souvent en tant qu'étrangère, survivant dans un sous-sol sans chauffage, faisant face de nouveau aux discriminations, cette fois-ci de la part de ses compatriotes.
Diplômée en droit de l'Université du Maine en 2003, elle est devenue l'un des premiers Américains stagiaires à la Cour Pénale Internationale de La Haye. Elle et son mari, John, lui aussi avocat, habitent à Westbrook, Maine, où elle travaille maintenant dans le secteur financier.
Elle a commencé à écrire son livre à la main, à l'âge de 14 ans, avant de l'achever deux ans plus tard. Ouvrage qu'elle a dédié aux générations à venir, dont ses propres enfants. Le livre est finalement paru en 2012.
"Il s'agit simplement de l'histoire d'une jeune fille, faisant l'expérience des êtres humains dans ce qu'ils ont de pire," précise-t-elle. "Cette tragédie est passée sous silence. Je veux que le monde réalise que le Nagorno-Karabagh est soumis à la même pression qui fut la nôtre, et que les Etats-Unis doivent reconnaître son indépendance. En échange, ceux qui aspirent à la paix doivent être libérés du joug de l'Azerbaïdjan."
La simple mention d'un modèle de référence attire sa réfutation. Un rôle qu'elle laisse aux survivants - à des gens comme ses parents, ses amis et d'autres, qui ont enduré ce conflit.
Elle s'est rendue au Capitole, faisant pression pour sa communauté, avec des questions d'importance pour les Arméno-Américains et la situation actuelle au Nagorno-Karabagh. Ce fut lors du 21ème anniversaire de l'indépendance de l'Artsakh, commémoré sous les auspices du Congressional Armenian Caucus [Caucus du Congrès pour les questions arméniennes] et de l'Armenian National Committee of America [Comité National des Arméniens d'Amérique].
"J'ai rencontré de nombreux militants, qui luttent chaque jour pour le peuple du Nagorno-Karabagh et sa liberté," souligne Turcotte. "J'espère être leur porte-parole, grâce à ce livre."
Son ouvrage rend notamment hommage à Tatoul Sonentz-Papazian pour son travail d'édition, ainsi qu'à ses parents, Norik et Irina Astvatsaturov.     

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Traduction : © Georges Festa - 06.2014