samedi 7 juin 2014

Stephen A. Kurkjian - Embrasse les yeux de mes enfants : à la recherche de réponses au génocide grâce à une photographie exceptionnelle / Kiss My Children's Eyes: A Search for Answers to the Genocide Through One Remarkable Photograph




© Denis Donikian, Medz Yeghern 1915
http://denisdonikian.blog.lemonde.fr


Embrasse les yeux de mes enfants :
à la recherche de réponses au génocide grâce à une photographie exceptionnelle

par Stephen A. Kurkjian
The Armenian Weekly, 22.04.2014


Première partie

Leurs mines nous hantent. Un sentiment de peur et d'incertitude, et même de perdition, est évident. Cinquante et un hommes, tous Arméniens, debout devant ce qui semble être une prison, dans la ville turque de Gesaria (l'actuelle Kayseri). Dans l'embrasure des deux fenêtres, derrière eux, on aperçoit vaguement deux autres hommes. Seul le gendarme turc, à l'extrémité du troisième rang, semble à son aise.

Comme je vais l'apprendre, cette photographie est exceptionnelle. Prise au moment où le génocide arménien de 1915 est sur le point de débuter, c'est probablement la seule à avoir survécu à ces massacres. Elle montre un groupe nombreux d'Arméniens, qui seront suppliciés, et les identifie. Etant nommées, leurs existences - ainsi que leurs morts - peuvent être reconstituées.

La mission que je m'étais fixé d'authentifier cette photographie paraissait simple, lorsque je l'entrepris en 2005. Découvrir pourquoi ce cliché fut pris et par qui. Qui sont ces hommes et pourquoi ont-ils l'air si effrayés ? Où fut publiée pour la première fois cette photographie, et pourquoi est-elle restée si peu connue, et son intérêt négligé durant tant d'années ? Et par delà l'histoire de cette photographie, qu'est-il advenu de ces hommes et de leurs familles ?   

Près de dix ans plus tard, certaines questions relatives à cette photographie demeurent non résolues, les faits que j'ai mis au jour soulevant fréquemment des problèmes plus ardus encore. Mais, grâce à mon enquête quant à ses origines, je suis parvenu à évaluer l'importance de ce cliché dans le domaine des recherches sur le génocide et à découvrir les secrets qu'il révèle quant aux circonstances lors lesquelles des milliers d'Arméniens furent mis à mort dans ce sandjak [district] turc et de quelle manière ce qui se passa à Gesaria fut un microcosme du génocide en tant que tel.   

Plus je fouillais, plus cette photographie devenait parlante, non seulement au plan historique, mais aussi humain. Les visages de ces hommes, occupant tous des fonctions dirigeantes au sein de la communauté arménienne de Gesaria, jettent un jour personnel sur ce qui a eu lieu en Turquie Orientale, voici tant d'années. Un bilan que l'on peut établir non seulement en termes de chiffres, mais aussi de pertes en vies humaines.

Prenons Vahan Kurkjian (pas de lien de parenté; au milieu de la rangée, sixième à partir de la droite), directeur et professeur dans une école supérieure, considéré comme le plus cultivé des habitants arméniens de cette ville et qui sera condamné à la pendaison par un tribunal militaire, pour appartenance au parti dachnak. Peu avant d'être envoyé à la potence, en août 1915, Kurkjian confia son bien le plus précieux, un stylo à encre, à son épouse, avec pour instruction de le remettre à celui de ses trois fils - Edward, Walter et Harry - qui lui ressemblerait le plus à l'avenir. Accompagnés de leur mère, les trois garçons gagnèrent l'Amérique, où ils réussirent leur vie, dont Walter, banquier heureux en affaires et maire de Merchantville, New Jersey. Ce stylo resta en héritage dans la famille (1).

Ou bien Karnig Jurjurian [Djurdjurian] (rangée du haut, troisième à partir de la gauche). Connu comme étant un ardent nationaliste, ses deux frères et son beau-frère furent eux aussi tués durant l'été 1915. Redoutant le pire, il avait envoyé son fils unique, Artin Jurjurian, en Amérique, avant le début des massacres. Artin intégra le réseau de transports de Boston, alors public, le Boston Elevated Railway, où il entra en contact avec Louis Brandeis, un avocat du Massachusetts, lequel représentait les employés de la compagnie ferroviaire. Brandeis, qui deviendra une figure de la Cour Suprême des Etats-Unis, aida Artin Jurjurian à remplir les formulaires d'immigration, afin de permettre à sa mère - la veuve de Karnig Jurjurian - de venir aux Etats-Unis, suite à la mort de Karnig à Gesaria (2).

Ou encore Mardiros Loussararian, 55 ans, le seul banquier dans la communauté arménienne de Gesaria, qui fut nommé au conseil municipal en 1908, après avoir prêté 500 livres au Trésor central de Turquie. (Il figure au second rang sur la photographie). Mais cela ne l'empêcha pas d'être arrêté, traduit devant un tribunal militaire fin mai 1915, et condamné à 10 ans de travaux forcés. Or, après avoir purgé quelques semaines de sa peine, Loussararian fut exfiltré de la prison centrale de Gesaria, intégré à un convoi avec d'autres Arméniens, et ne donna plus jamais de nouvelles. Mais la vie de Loussararian ne tombera pas dans l'oubli, car son petit-fils retracera élogieusement son parcours dans des notices biographiques sur Loussararian et sa famille (3).

Cette photographie m'a été présentée, à l'origine, par Elaine Patapanian, de Belmont, Massachusetts, petite-fille d'un des hommes figurant au premier rang. Elle insista pour que j'élucide les circonstances dans lesquelles ce cliché fut pris, en me demandant s'il était vrai (comme le précise la brochure, qui a repris la photographie) que tous ces hommes furent abattus une heure plus tard (4). (Ce qui ne fut pas le cas.)         

Ce genre de demandes m'a incité à poursuivre mes recherches, afin de découvrir les origines de cette photographie. De par mon expérience personnelle, je savais que les existences de ces hommes devaient être commémorées, ainsi que la survie de leurs familles. A l'instar des Arméniens, où qu'ils se trouvent, dont les familles ont perdu des proches dans les massacres, mon grand-père fut assassiné lors du génocide, et pourtant mon père, âgé de trois ans en 1915, a survécu et partit en Amérique, où il réussit sa vie (5).

Si bien que, même si la percée espérée n'intervint pas rapidement, j'ai continué à œuvrer pour raconter cette histoire, tout en sachant que, si je ne le faisais pas, personne ne le ferait et que, bientôt, l'histoire de cette photographie, ainsi que les existences des hommes qu'elle représente, resteraient dans l'oubli pour cent ans.

La difficulté de rassembler un récit cohérent des circonstances où fut prise la photographie, ainsi que de ce qui se produisit dans une simple ville en Turquie, il y a presque un siècle, est chose familière aux chercheurs sur le génocide.

Le gouvernement turc a longtemps refusé aux chercheurs arméniens ou indépendants un accès libre à ses archives sur le processus de prise de décision par ses dirigeants ottomans, durant le génocide, ainsi qu'aux documents relatifs à la vie des Arméniens, durant cette période. Ce même gouvernement s'est quelque peu adouci, ces dernières années, mais l'accès demeure limité et incomplet. La recherche scientifique sur le génocide ne débuta véritablement qu'après 1965, un demi-siècle après les atrocités, ce qui signifie que deux générations de survivants sont mortes et, avec eux, leurs récits de première main.

Malgré ces obstacles, un corpus d'archives s'est constitué, à partir essentiellement du témoignage des témoins oculaires, y compris les diplomates et missionnaires américains. Néanmoins, cette entreprise est limitée par un financement modeste - aucune agence gouvernementale, en dehors de la minuscule Arménie, n'a jusqu'ici investi dans des recherches sur les causes du génocide ou les conditions de sa mise en œuvre - et un manque de coordination entre les rares chercheurs, qui travaillent dans ce domaine. La négation du génocide par la Turquie actuelle, confortablement financé et avec l'appui de l'Etat, contraint les chercheurs à consacrer du temps et des ressources précieuses à réagir et co-réagir à la déformation du récit historique. Résultat, un chapitre de l'histoire mondiale, équivalent à la Shoah perpétrée par les nazis, en horreurs et ravages, se trouve réduit à une lutte politique.

Le manque de preuves visuelles - pas de films, quelques photographies - contribue à estomper la brutalité des événements de 1915 dans la conscience collective de l'histoire. En l'absence de testament visuel, Hitler parvint à apaiser les inquiétudes de ses générations nazies, pour qui sa campagne contre les Polonais, puis les Juifs en Europe Orientale, attireraient une condamnation internationale.       

"Qui parle encore, aujourd'hui, de l'extermination des Arméniens ?" déclara-t-il, moins de 25 ans après le génocide, une citation gravée sur une façade du quatrième étage du Musée de la Shoah, à Washington, D.C., comme un rappel permanent (6).

Samantha Power, dont l'ouvrage A Problem from Hell: America and the Age of Genocide (Basic Books, 2002), remporta en 2003 le prix Pulitzer du documentaire, reconnaît que la reconnaissance du génocide arménien souffre de la rareté des photographies et de l'absence de preuve visuelle. 

"Impossible d'argumenter contre la Shoah, car il en reste des images. La preuve de ce qui s'est passé et des souffrances est accablante," a déclaré S. Power, lors d'un entretien en 2006, avant de devenir conseillère à la sécurité nationale auprès du Président Obama. "Les images sont ce dont la population se souvient. Impossible de les éluder." (7)

C'est dans un journal militaire turc que j'ai retrouvé la preuve la plus convaincante de l'importance de ce cliché, la preuve que ces hommes furent exécutés. Ecrit en turc ottoman, un numéro du journal militaire Kayseri, paru début juin 1915, contient les verdicts frappant 46 hommes d'affaires et dirigeants communautaires arméniens, jugés quelques jours auparavant par le tribunal militaire (8).

La plupart des hommes figurant sur cette photographie sont recensés dans le journal Kayseri, comme ayant été jugés et condamnés par le tribunal militaire - 31 sur 46, pour être précis. (Alors que 51 Arméniens sont présents dans le cliché, seuls les noms de 46 d'entre eux sont fournis en intégralité ou par leur prénom ou leur nom, et dans quelques cas, avec une profession.)

Les verdicts publiés dans le journal militaire Kayseri illustrent aussi la faiblesse des preuves réunies à leur encontre. L'on déclara, lors de leurs procès, que ces hommes avaient signé un pacte secret pour organiser une lutte armée en faveur de l'indépendance pour les Arméniens, lesquels vivaient depuis des siècles en Asie Mineure en tant que minorité ethnique, au centre et à l'est de la Turquie. Ils furent accusés de possession d'arme et/ou d'appartenance à l'un des deux partis politiques arméniens, les dachnaks ou les hentchaks.     

Or les preuves à l'appui de ces allégations ne sont pas convaincantes, s'agissant en particulier de justifier les condamnations à mort qui suivront. Si des armes furent bien trouvées dans nombre de leurs domiciles, les Arméniens avaient obtenu de droit de porter des armes en 1908, date à laquelle le régime d'alors était parvenu au pouvoir. En tant que membres d'organisations révolutionnaires, il est vrai que les membres des partis hentchak et dachnak plaidaient pour une Arménie indépendante, mais aucun de ces deux partis n'avait pris de dispositions conduisant à une insurrection armée. Les accusés se virent refuser toute tentative pour préparer leur défense personnelle contre les accusations, lors des audiences; ils furent jugés par groupes de quatre et cinq, et les auditions furent achevées en l'espace de quelques heures (9).

Même le fait d'avoir été acquitté par le tribunal militaire, comme le furent 2 des 46 Arméniens traduits en justice, ne conférait pas la liberté. L'un fut placé dans un char à bœufs, durant les jours qui suivirent son acquittement, et emmené avec 24 autres Arméniens vers un lieu reculé, à plusieurs kilomètres en dehors de Gesaria. Là, ils furent attaqués et tués par un groupe de tchétés [brigands], qui venaient juste d'être libérés de prison dans ce but précis (10). L'autre, Krikor Gerekmezian, ne donna plus de nouvelles, après la publication de son acquittement dans le journal Kayseri.  

D'après les mémoires de trois témoins oculaires, les pendaisons débutèrent le 15 juin 1915, quelques heures après l'énoncé des verdicts. Onze hommes, dont sept présents sur la photographie (Hagop Merdinian, Avedis Zambakjian, Minas Minassian, Garabed Jamjian, Hagop Khayerlian, Karnig Kouyoumdjian et Hovannes Nevchehirlian), furent réveillés avant le lever du soleil, à la prison au centre de Gesaria, reçurent l'ordre de revêtir de longs voiles blancs et furent conduits en char à bœufs vers une place du nom de Komorluku [Les Houillères], où des potences avaient été érigées. (11)

La plupart claudiquaient ou durent être emmenés jusqu'au pied du gibet; la police turque les avait torturés avant leur procès, dans l'espoir de découvrir l'emplacement de caches d'armes ou des documents prouvant l'appartenance à un parti politique arménien. La forme préférée de torture - bastonnade, ou falake en turc - consistait à frapper à plusieurs reprises la plante des pieds des prisonniers à l'aide de baguettes en bois.

Outrage final, les bourreaux turcs refusèrent d'accéder à la demande des prêtres, qui avaient accompagné les hommes jusqu'au gibet, de leur permettre de recevoir des funérailles arméniennes. Au lieu de cela, leurs corps furent jetés dans une fosse commune et enterrés.

Kévork Vichabian, fervent défenseur de l'indépendance arménienne, fut l'un des premiers à être pendu. Mais, avant que la corde ne fut passée à son cou, il demanda en criant aux membres du tribunal militaire, qui l'avaient condamné, de reconsidérer leurs agissements : "Honorables juges, soyez fidèles à votre vocation ! Suivez la voie de la justice et cessez de persécuter les Arméniens !" Vichabian, dont la famille gérait un commerce d'étain, était âgé de 31 ans. Sa femme enceinte fut parmi ceux qui assistèrent à sa pendaison. Elle hurla à l'attention des bourreaux que si son enfant était un garçon, il vengerait le meurtre de son père.

Mais plus rien désormais n'arrêtait la campagne de massacres. Le même jour, à plus de 600 kilomètres à l'ouest, à Constantinople, la capitale de la Turquie, 20 militants du parti hentchak - parmi les 200 dirigeants de la communauté arménienne, arrêtés deux mois auparavant - furent pendus sur l'une des places de la ville.

La date de ces arrestations, 24 avril 1915, est maintenant connue pour être le début du génocide arménien. Les massacres dureront plus d'une année, jusqu'en 1916. Finalement, des centaines de milliers d'êtres humains furent tués, beaucoup de cruelle façon, comme d'être précipités du haut d'un pont ou brûlés vifs, tandis que les églises ou les maisons, où ils avaient cherché refuge, étaient livrées aux flammes. Ceux qui survécurent furent dépouillés de leurs biens et avoirs, et déportés dans les pires conditions depuis le centre et l'est de la Turquie, où leurs racines remontaient à l'Age de Bronze.

Le tout sera défini comme le premier génocide moderne. Même si elles furent bien documentées, tandis que les massacres se déroulaient, les atrocités du génocide arménien s'estomperont au fil du temps. Nul enseignement n'en sera tiré, ni aucun moyen d'empêcher cela, et de nombreux autres massacres similaires s'ensuivront, dans l'Allemagne nazie, au Cambodge, en Serbie, au Darfour et au Rwanda.

Pour les Arméniens, cette quasi extermination dans leur patrie ancestrale fut suivie d'une nouvelle injustice : une campagne bruyante, grassement financée par le gouvernement turc, afin de nier que le génocide ait eu lieu. "C'est vrai, des centaines de milliers d'Arméniens sont morts" constitue le refrain habituel du gouvernement turc, "mais les morts sont inévitables en temps de guerre, et il n'y eut jamais d'initiative ayant pour intention de débarrasser la Turquie des Arméniens et de leur culture."

L'Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide (IAGS) a adopté en 1997 une résolution affirmant que ce qui se produisit en Turquie ottomane à l'encontre des Arméniens, en 1915, répond à la définition juridique du génocide par les Nations Unies. S'il en fallait une autre preuve, Raphaël Lemkin, dont les recherches, dans les années 1930 et 1940, établirent le contexte du "génocide" et de ses aspects juridiques, déclara que l'expérience des Arméniens en Turquie ottomane motiva son travail, dès le début.

Or ces témoignages de reconnaissance n'ont pas convaincu les autorités des Etats-Unis de prendre des mesures similaires. Redoutant que cela ne contrariât l'actuel gouvernement de la Turquie, un allié de la sécurité nationale des Etats-Unis, le Congrès a régulièrement refusé d'adopter une résolution reconnaissant le génocide arménien. Et aucun président récent des Etats-Unis, y compris le Président Obama, qui fit campagne en promettant d'agir autrement, s'il était élu, n'a utilisé le mot génocide, lors des déclarations publiés chaque 24 avril, exprimant leur tristesse quant à ce qui arriva au peuple arménien en Turquie ottomane.

Mais les recherches dans les archives ottomanes, menées par, entre autres, Taner Akçam, chercheur turc et professeur à l'Université Clark, obéissant au professionnalisme d'un historien, montrent à quel point la campagne des dirigeants ottomans visant à attaquer les Arméniens fut intentionnelle. Akçam a retrouvé des communiqués cryptés inédits, que le régime ottoman à Constantinople adressa à ses fonctionnaires dans des districts éloignés. Documents qui détaillent une campagne organisée, pour tout d'abord exacerber les sentiments des musulmans contre les Arméniens, puis s'en prendre à eux.

Un des télégrammes secrets, qu'a découvert Takçam, fut adressé par Talaat Pacha, ministre turc de l'Intérieur et architecte en chef du génocide, à des fonctionnaires de Gesaria et d'autres provinces, à la mi-février 1915, quelques semaines avec les premières rafles de notables arméniens. Se plaignant de ce que des "bandits arméniens" se livrent à des attaques contre des civils et des soldats turcs dans plusieurs endroits et que des "bombes en abondance" ont été trouvées chez des Arméniens à Gesaria, Talaat prévient que "nos ennemis préparent une tentative de révolte dans notre pays." (12)

Un autre télégramme secret réfute le déni, par le gouvernement turc actuel et ses porte-parole, de toute preuve d'une responsabilité de l'Etat quant au massacre des Arméniens. Adressé par le Directoire à la Sûreté Générale de Turquie aux autorités du vilayet voisin de Diyarbakir, ce télégramme montre que le gouvernement central était informé que les prisonniers étaient exfiltrés de la prison de Gesaria et remis dans des convois de mort.

Ecrit le 22 juin 1915, le jour où ils furent extraits de prison, le communiqué déclare qu'environ 25 "révolutionnaires arméniens," condamnés par le tribunal militaire de Gesaria, sont envoyés à Diyarbakir, à plus de 480 kilomètres à l'est. On n'entendit plus jamais parler d'eux. Quant à leur arrivée, ordre était donné d'"accomplir et de communiquer le nécessaire." (13)   

Le langage utilisé dans ce genre de communiqués officiels, adressés de Constantinople aux fonctionnaires dans les provinces, est très souvent elliptique, mais l'uniformité de leur mise en œuvre à l'aide de mesures extrêmes a convaincu Akçam et d'autres chercheurs que les dirigeants ottomans avaient conçu un code secret, afin de transmettre leurs ordres.

Durant les mois qui suivirent, de juin à octobre [1915], un total de 13 convois, composés d'Arméniens, partit de la prison de Gesaria. Chacun d'eux était plus nombreux que le précédent et, lorsqu'ils prirent fin en octobre, ces convois comptaient chacun plus de 600 hommes, tandis que la prison de Gesaria était vidée de ses Arméniens (14).

Même si les rares prisonniers arméniens, extraits de cette prison, ne donnaient plus jamais de nouvelles, et que les mêmes chars à bœufs et gardiens de prison ne rentraient d'un voyage que pour être mis à contribution dans le suivant, les prisonniers gardaient l'espoir qu'ils ne seraient pas mis à mort. Leurs gardiens ne leur disaient-ils pas qu'ils étaient simplement transférés vers une autre province, où ils seraient incarcérés jusqu'à la fin de la guerre ?

Ce sentiment d'un espoir prudent est évident dans une lettre que Varteres Armenyan, un riche négociant en cuivre, avec sa femme et ses trois enfants, écrivit à sa famille depuis Talas, à quelques kilomètres au nord de Gesaria. Fait prisonnier en mai [1915], Armenyan fut l'un des deux Arméniens reconnu innocent de toute accusation par le tribunal militaire turc ottoman. Mais cela ne l'épargna pas, car il resta incarcéré suite à la décision du tribunal militaire et, quelques jours plus tard, intégré à un convoi qui partit de Gesaria en direction de l'est. Ecrite en arménien, cette lettre d'une page parvint par miracle à la famille d'Armenyan et fut conservée par Elaine Patapanian, sa petite-fille, qui me montra la photographie en question.

Dans cette lettre, en date du 5 juillet (ou 18 juillet, selon le calendrier grégorien), Armenyan écrit que, bien que son convoi soit arrivé sans dommage à Talas, il redoute qu'ils ne soient emmenés plus à l'est, vers la région de Sivas, où des rumeurs faisaient état de champs de mort d'Arméniens.

"Après quoi, l'on ignore où nous irons," écrit Armenyan, dont on n'aura plus jamais de nouvelles ensuite. "Le fait d'être en prison ne permet pas d'écrire chaque jour. Vous devez tous prier pour que Dieu nous sauve de ce procès. Mes plus affectueuses pensées à tous... J'embrasse les yeux de mes enfants." (15)

Seconde partie

Située dans la vallée du Mont Erciyes [Argée], au centre de la Turquie, la ville de Gesaria [Césarée / Kayseri] a toujours été vulnérable aux sauterelles. Comme par hasard, ce genre de fléau s'abattit à la fin de l'hiver et au début du printemps 1915, et les autorités turques ordonnèrent à tous les Arméniens âgés, ainsi qu'aux garçons âgés de moins de 14 ans, d'aller dans les champs, en dehors de la ville, attaquer les vagues d'insectes. Des jours durant, les Arméniens ne furent pas autorisés à rentrer chez eux, tant que chacun n'avait pas ramassé assez d'insectes pour que leurs sacs pèsent autant que s'ils contenaient une brique (16).

Les autres Arméniens, ceux âgés de plus de 14 ans, furent autorisés à rester dans la ville et continuer à vivre normalement - aussi normalement qu'il était possible, avec un sentiment de catastrophe, pire encore que les nuées de sauterelles, prochaine.                       

La Première Guerre mondiale avait gagné l'Europe et déjà la Turquie s'attendait au pire. Sur son front ouest, une armada de navires britanniques et français avait commencé à bombarder le détroit des Dardanelles, le 3 novembre 1914, et les combats faisaient rage à Gallipoli.

Sur la frontière orientale de la Turquie, les Russes avaient porté un coup presque mortel à l'armée turque, à Sarikamish, début janvier 1915, tuant ou blessant une proportion importante des 118 000 soldats turcs, déployés en plein hiver pour faire face à l'armée du tsar. Le ministre de la Guerre, Enver Pacha, un des dirigeants du régime Jeune-Turc, avait béni personnellement l'attaque contre les forces russes. Humilié par cette défaite, il faisait maintenant retraite vers Constantinople, opérant une halte tardive à Gesaria, afin de rencontrer les autorités de la province.

Apprenant la présence d'Enver dans la ville, le directeur de la chorale de l'une des trois églises du quartier arménien de Gesaria se présenta dans le bâtiment officiel, espérant organiser un récital pour le ministre de la Guerre. Ce directeur, comme d'autres personnes à Gesaria, ignorait ce qui était arrivé à l'armée ottomane à Sarikamish et de quelle manière le gouvernement turc entendait réagir. Cette nuit-là, nul ne prêta l'oreille à une chorale arménienne en l'honneur d'Enver (17).

Avant le début des massacres, un recensement de 1914 montra que plus de 52 000 Arméniens étaient enregistrés comme vivant dans le sandjak [district] de Gesaria, dont 18 000 environ habitant dans la ville même, principalement dans des maisons de deux étages, bâties en pierre, dont beaucoup subsistent encore. En l'espace d'un an à peine, des milliers d'hommes seront tués, soit pendus sur la place centrale de la ville, soit conduits dans des zones reculées et liquidés. Le reste de la population arménienne, femmes et enfants, fut rangé par convois et expulsé de la ville et de la province, pour n'y plus jamais revenir.   

Le déplacement forcé des Arméniens fut si efficace qu'un recensement ordonné par Talaat en 1917 établit que seuls 6 700, sur 52 000, demeuraient dans le sandjak. Alors qu'1,5 million d'Arméniens étaient officiellement enregistrés comme vivant en Turquie ottomane, avant la Première Guerre mondiale, le recensement de Talaat en 1917 révèle qu'1,2 million ont été tués ou expulsés par la force de leur patrie (18).

De nos jours, la communauté arménienne, jadis active, de Gesaria est réduite à une poignée de gens, pour la plupart âgés, qui ont encore peur de reconnaître leur ascendance. L'unique repère arménien est l'église de Saint-Grégoire l'Illuminateur, qui ne possède pas de prêtre résident, ni d'offices réguliers. Néanmoins, afin d'empêcher la confiscation de l'église en tant que bien abandonné, des prêtres arméniens font le voyage depuis Istanbul, pour y officier plusieurs fois par an.

Ce qui est arrivé aux Arméniens de Gesaria, lors du génocide, reflète ce qui eut lieu dans d'autres provinces de la Turquie, mais rendu pire par deux circonstances aggravantes. Tout d'abord, des fonctionnaires d'un niveau très supérieur du parti Jeune-Turc furent mis en place à Gesaria, plusieurs mois avant le début du génocide, par rapport à d'autres régions du pays. Leur objectif, d'après Raymond Kévorkian, auteur de l'ouvrage The Armenian Genocide: The Complete History [Le Génocide des Arméniens] (I.B. Tauris, 2011), était de "concevoir un dossier accablant, afin d'accuser les Arméniens" via un complot contre le peuple turc. En second lieu, le rôle dirigeant joué par Salih Zeki dans la mise en œuvre des massacres à Gesaria, une fois parvenu à un poste clé dans le district de Gesaria, fin février ou début mars 1915 (19).

Les agissements de Zeki se révélèrent si brutalement efficaces dans la mise à exécution des objectifs des dirigeants ottomans à Gesaria qu'en un an, à peine, il fut promu mutassarif [gouverneur] de Deir es-Zor, région de l'empire ottoman (dans la Syrie actuelle), où furent envoyés des centaines de milliers d'Arméniens, déportés par la force. Aux mains de Zeki, Deir es-Zor devint l'un des pires champs de mort du génocide.

Suite à une explosion dans la ville d'Evereg, à une vingtaine de kilomètres de Gesaria, Zeki succéda en qualité de kaymakam (préfet) de Gesaria à un responsable, qui était généralement considéré comme bienveillant à l'égard des Arméniens. Un Arménien âgé de 30 ans, Kevork Defjian, était rentré des Etats-Unis à Evereg dans l'intention de venger le meurtre, dont il avait été témoin, vingt ans plus tôt, de son oncle et de son neveu. Or la bombe qu'il fabriquait explosa dans ses mains, le tuant et brisant le silence du quartier arménien d'Evereg. Cela se passa le 24 février 1915 (calendrier grégorien) (20).

Vahakn Dadrian, figure de proue dans le domaine de la recherche sur le génocide arménien, qualifie l'explosion survenue à Evereg d'"événement déclencheur" des massacres de Gesaria. Evénement qui fournit aux autorités une étincelle pour enflammer les craintes au sein de la population turque et la persuader que des mesures drastiques devaient être prises à l'encontre de ses voisins arméniens. Dans la même veine, note Dadrian, Hitler et son chef de la propagande, Josef Goebbels, incitèrent les Allemands, en 1938, à croire que tous les Juifs devaient être tenus pour responsables de l'assassinat d'un diplomate allemand par un jeune Juif à Paris, cette année-là.

Or les autorités turques n'eurent vent de l'explosion que plusieurs jours plus tard, lorsqu'un ouvrier turc, qui vivait dans le voisinage, les informa de ce qui était arrivé. Outrés de constater que l'événement n'avait pas été signalé des jours durant, les dirigeants ottomans promurent rapidement kaymakam Zeki, lequel s'en prit presque immédiatement aux Arméniens. Un de ses premiers actes fut de convoquer un grand nombre de dirigeants arméniens dans des lieux centraux à Evereg et Gesaria. En des termes sans équivoque, il les informa que le gouvernement central à Constantinople avait ordonné un tour de vis : tous les fusils et munitions aux mains des Arméniens seraient confisqués, et l'appartenance à un quelconque parti politique arménien déclarée hors-la-loi.

C'est à ce moment-là, selon moi, que la photographie, qui a longtemps retenu mon attention, fut prise. Zeki a sûrement voulu prouver à ses supérieurs à Constantinople (aussi vite que possible, suite à sa promotion au poste de kaymakam) qu'il avait raflé les membres clé de la communauté arménienne. Le décor de la prison ressemble au Kale, la forteresse militaire qui domine encore le centre de Gesaria, et aucun des hommes présents ne montre des signes de blessures (beaucoup, comme nous l'avons vu précédemment, vont ensuite souffrir des mauvais traitements de la police, pour tenter de les obliger à avouer).

Ces séances de torture débutèrent en mars et eurent lieu au commissariat, à quelques pâtés de maisons de la forteresse. Durant les jours qui précédèrent les premiers interrogatoires, les rues du quartier arménien manifestèrent une certaine tension. Haig Ghazerian, qui relata ses souvenirs du génocide en 1931, dans une série d'articles parus dans Lipanan [Liban], un journal arménien de Beyrouth, évoque sa rencontre avec Kevork Vichabian, le dirigeant de la section locale du parti dachnak, dans les rues de Kayseri [Gesaria], peu de temps avant l'arrestation de Vichabian (21).

"Haig, c'est notre tour," lui déclara Vichabian, tandis que deux hommes marchaient en direction de son domicile. Là, ils allumèrent le poêle au milieu du salon, puis, par-dessus des cigares, ils brûlèrent "tous les documents que nous possédions," précise Ghazerian.

Durant les deux mois qui suivront, Vichabian figurera parmi les premiers, sur quelque 50 hommes, à être torturés, traduits devant un tribunal militaire, puis condamné. Il sera aussi parmi les premiers à être pendus en place publique à Gesaria.

Or ces hommes qui furent pendus n'appartenaient pas tous à l'élite politique arménienne de Gesaria. Garabed Jamjian était aussi du nombre. Il fut incarcéré sans la moindre preuve, accusé faussement par un compatriote arménien, d'avoir transmis une note secrète, émanant d'Etchmiadzine, siège de l'Eglise arménienne, appelant à une rébellion générale.

Aucune note de ce genre ne fut trouvée sur lui, mais, en fouillant sa maison, les Turcs découvrirent un vieux fusil et le poursuivirent pour cela. Lors de son procès, Jamjian déclara que l'arme lui avait été offerte par des autorités ottomanes, en récompense de ses services dans la fonction publique. Quoi qu'il en soit, le tribunal jugea que le fusil aurait pu être utilisé contre des citoyens turcs et il était donc coupable d'en posséder un.

Les pendaisons en place publique continueront durant les 12 mois qui suivirent. Au total, d'après l'ouvrage de Raymond Kévorkian, The Armenian Genocide: A Complete History, la cour martiale condamna 1 095 Arméniens, fin septembre 1915; parmi lesquels 857 furent exécutés.

Les derniers Arméniens à être expulsés de la ville furent ceux qui avaient été chargés de tuer les sauterelles, qui infestaient les terres cultivables. Tandis que les ouvriers regagnaient le centre ville, chaque soir, se souvient Ghazarian, ils se couvraient les yeux en passant devant les potences, qui demeuraient là, utilisées ou non.

"Des mauvaises nouvelles nous parvenaient de partout," écrit Ghazerian en 1931. "Nous étions tous en deuil. Personne n'avait le courage de sortir et de voir quelqu'un. La vie s'était arrêtée dans les quartiers arméniens."

La déportation forcée de la population générale de Gesaria, ainsi que des autres villes et villages d'Anatolie, débuta plusieurs mois plus tard, à la mi-août 1915. (Dans d'autres régions, les déportations générales avaient commencé dès le mois de mai.) Selon la longueur de leur route, entre 30 et 50 % des déportés en provenance de l'est et du centre de la Turquie périrent au cours de leur périple vers Alep, en Syrie - victimes de la faim ou du choléra, ou bien tués par des nomades (22).                    

Quant aux chanceux de Gesaria, qui parvenaient à Alep, de nouvelles atrocités les attendaient, à l'instigation de Salih Zeki. Au lieu d'autoriser les survivants arméniens à entrer dans la ville, où des travailleurs humanitaires les attendaient, les convois étaient acheminés vers des camps de réfugiés, mis en place dans les déserts de Deir-es-Zor. Toute personne désireuse d'aider les Arméniens se voyait interdire l'entrée dans cette zone, et lorsqu'une nouvelle vague de choléra s'abattait sur le camp, les morts restaient sans sépulture.

Un réquisitoire contre les dirigeants Jeunes-Turcs en 1919 a établi que 192 750 personnes ont été tuées à Deir-es-Zor pour la seule année 1916, d'après l'ouvrage de R. Kévorkian (cf. supra). En 2010, plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, une équipe du journal 60 Minutes s'est rendue à Deir-es-Zor, avec l'écrivain Peter Balakian, et a découvert des ossements humains dans des terrains vagues. Or, malgré les atrocités de Zeki, la fin de la Première Guerre mondiale ne lui rendit ni justice, ni la vengeance qu'il redoutait. Bien qu'une commission d'après-guerre l'ait accusé de torture, de corruption et de viol, il s'enfuit du pays, avant de pouvoir être arrêté et jugé. Il vécut le restant de son existence en toute sécurité à Bakou, en Azerbaïdjan.

Troisième partie

Bien que prise en 1915, cette photographie, qui a éprouvé mes talents de journaliste d'investigation, une grande partie de ces dix dernières années, n'a été publiée, pour autant que je sache, qu'en 1965. Date à laquelle, sans la moindre explication quant à son histoire, elle apparaît dans une anthologie compilée à l'occasion du cinquantenaire du génocide arménien, dans un chapitre qui relate comment les massacres se déroulèrent à Gesaria. 

Dès le début, j'ai pressenti que l'importance, quelle qu'elle fût, de cette photographie pour l'histoire du génocide arménien dépendait de ma capacité à l'authentifier, en mettant à jour ses origines. La raison pour laquelle elle était restée inconnue durant un demi-siècle constituait une question clé, qu'il était nécessaire de résoudre.

Krikor Elmayan, le petit-fils de Vahan Elmayan, qui rédigea ce chapitre, me donna accès aux archives de son grand-père, décédé, au domicile familial à Beyrouth; l'arménologue Ara Sanjian se rendit chez les Elmayan en mon nom et découvrit un exemplaire du journal militaire, Kayseri, qui contenait, en turc ottoman, le verdict du tribunal militaire condamnant à mort tous ces hommes présents sur la photographie. (Ayant grandi à Gesaria, Vahan Elmayan fut témoin, adolescent, des massacres et fut le premier à écrire sur ces événements dans une série d'articles de Yeritasard Hayastan, un hebdomadaire arménien publié à Chicage, en 1920. Il dédia ces articles à son père, qui fut au nombre de ces martyrs.)

En outre, nous avons retrouvé une copie de la photographie qu'Elmayan avait utilisée dans l'anthologie de 1965, intitulée Houchamadian Medz Yegherni [Livre Mémorial du Grand Crime], 1915-1965 (23). Krikor ignorait totalement de quelle manière son grand-père était tombé sur cette photographie, de même que Zaven Messerlian, directeur du Collège Evangélique Arménien de Beyrouth et historien arménien, qui a contribué à la publication de cet ouvrage de quelque 1 100 pages.

Messerlian se rappelait avoir cherché des photographies pour l'éditeur du livre, Kersan Aharonian, en apposant des annonces dans les journaux qui circulaient parmi la communauté arménienne au Liban et à l'étranger. Mais il ne se souvenait aucunement avoir reçu la photographie, qui fut publiée page 352 dans l'anthologie. "Vahan [Elmayan] a dû la retrouver de son côté," me confia-t-il.   
   
En fait, mon meilleur indice quant aux origines de la photographie - ainsi que sur les circonstances dans lesquelles Elmayan mit la main dessus - provint des souvenirs d'une voisine à Watertown, Massachusetts. Ayant eu vent de ma recherche, Alice Nakashian me parla de deux exemplaires de la photographie, qui se trouvaient dans les archives de son père, Haratoun (Harry) Nakashian, né à Gesaria et décédé à Boston en 1972. Sous l'une de ces photographies, son père avait imprimé les noms et les coordonnées de huit de ces hommes. Mais, dans la seconde photographie, 41 noms avaient été ajoutés en arménien et scotchés en bas de la photographie.

Alice Nakashian se souvient de son père l'emmenant au siège de la rédaction du journal arménien Hairenik, au centre de Boston, et faisant faire plusieurs centaines d'exemplaires de la seconde photographie publiée, qu'il envoya ensuite à des périodiques arméniens, dans le monde entier. John Garabédian, un ami de Harry Nakashian, m'a confirmé qu'il fit souvent des copies de la photographie parue dans Kayseri, à la pharmacie des Garabédian, dans les années 1950 et 1960, pour les envoyer à d'autres Arméniens.    

Se pouvait-il que, malgré mes recherches tous azimuts, qui m'avaient amené à fouiller les catalogues de plus d'une dizaine de bibliothèques et de fonds d'archives à travers le monde, le meilleur indice quant à ses origines proviendrait d'une femme, qui vivait à moins de 2 km de la maison où vivaient mes parents à Watertown ?

Or un examen attentif de la photographie retrouvée dans les archives d'Elmayan et publiée dans l'anthologie de 1965 ne laisse guère de doutes quant au fait qu'elle provenait de Nakashian. Non seulement l'image est la même, mais les caractères arméniens contenant les noms sont exactement les mêmes, tout comme le titre : "Le dernier groupe d'intellectuels et de négociants connus de Gesaria, avant qu'ils ne soient pendus et tués à coups de hache." De plus, l'exemplaire d'Elmayan porte les signes de la même déchirure et des mêmes marques du ruban de scotch utilisé par Nakashian.

Comment Nakashian s'est-il donc procuré la photographie ? D'après sa fille, Nakashian était un collectionneur invétéré de photographies. Né à Gesaria en 1895, il passa la première partie de sa vie au Caire, où il travailla comme comptable pour une entreprise de cigarettes, puis chez Eastman Kodak, qui lui inspirera, sa vie durant, une passion pour les photographies. De retour en Turquie en 1919, il travailla plusieurs années comme traducteur pour les Alliés et c'est alors qu'il se mit à collectionner les photographies, en particulier celles liées au génocide.

"Il reproduisait sans cesse les photographies qu'il considérait comme historiquement importantes par rapport au génocide, et les envoyait à des essayistes, des publications et des organisations arméniennes," précise Alice Nakashian, "en fait, à tous ceux que cela pouvait intéresser." Par exemple, Nakashian fournit plusieurs photographies historiques, qui apparaissent dans les Mémoires d'Abraham Hartunian, Neither To Laugh Nor To Weep, et  est crédité comme tel (24).

Or un fragment du puzzle, dont je suis davantage certain, concerne la personne qui prit la photographie : un Arménien du nom de Gulbenk Cicekyan. Natif de Gesaria, Cicekyan gérait un studio de photographie avec son beau-frère, qui lui avait appris le métier, redoutant que l'activité antérieure de Cicekyan comme huissier ne fût trop dangereuse pour lui. L'on apprend dans les Mémoires d'un Arménien que la police turque ordonna à Cicekyan de fermer son atelier et de rejoindre la prison au centre de Gesaria, où avaient été dressées les potences destinées aux premières pendaisons des Arméniens condamnés par le tribunal militaire (25).

Cicekyan survécut aux massacres et rejoignit Beyrouth, où il éleva sa famille et où il ouvrit un studio de photographie sous le nom de Gulbenk Trading Co. Il changea ce nom en Gulbenk Gulkenk et s'acquit une grande réputation comme photographe attitré d'un Premier ministre libanais. Avant de mourir, au début des années 1970, Gulbenk apprit à son petit-fils, Arthur, comment il fut convoqué par les autorités turques pour prendre des photographies des pendaisons au centre de Gesaria, en 1915.   

"Il m'apprit qu'il ne put même pas fermer la porte de son atelier, que le gendarme lui dit de ne pas s'inquiéter, qu'il ne reviendrait pas, ce qui fut le cas, à mon avis," déclare Arthur Gulbenk, relatant le récit de son grand-père.

Mais alors, pourquoi Salih Zeki ou tout autre dirigeant ottoman aurait-il exigé qu'une telle photographie fût prise, s'il était plus que probable que les personnes présentes seraient bientôt exécutées ? Tessa Hofmann (Savvidis), historienne allemande, qui fait autorité sur les photographies du génocide arménien, note qu'à son avis, si elle ignore le but de la photographie prise à Gesaria, celle-ci a pu faire partie d'une initiative des autorités ottomanes visant à susciter un sentiment anti-Arméniens parmi les musulmans.    

"Qu'il s'agisse de possession d'armes et de complot contre le gouvernement, il était nécessaire pour l'opinion de croire que les Arméniens complotaient contre elle, et que c'était le fait des élites, et pas simplement de l'ouvrier lambda," précise Hofmann (26).

La seule photographie comparable, qu'elle a vue, fut prise à la même époque - fin mars 1915 - et montre un groupe de combattants arméniens pour la liberté, faits prisonniers par les militaires turcs dans le village montagnard de Zeïtoun. Selon d'autres chercheurs, cette photographie fut ordonnée par Zeki, après sa nomination à l'exécutif régional, afin de montrer à ses supérieurs ottomans qu'il tenait sous contrôle les dirigeants de la communauté arménienne.

Quant aux raisons pour lesquelles la photographie de Gesaria resta cachée si longtemps, Hofmann note le refus historique du gouvernement turc d'ouvrir ses archives aux historiens et aux chercheurs. Si le gouvernement turc s'est adouci, ces dernières années, ouvrant des pans de ses archives de l'époque ottomane à Istanbul (avec des centaines de milliers de documents renvoyant à la prise de décision des dirigeants ottomans), l'historien Taner Akçam redoute que les dossiers n'aient déjà été nettoyés et que de nombreux documents compromettants n'aient été prélevés. Aucun document essentiel n'a été corroboré de façon indépendante, rien à voir avec les procès de Nuremberg, lors desquels les Etats-Unis et leurs alliés menèrent une enquête en profondeur sur les atrocités nazies, durant la Seconde Guerre mondiale.

Certaines archives ottomanes furent découvertes par les tribunaux d'après-guerre, que les Turcs constituèrent dans plusieurs villes, dans l'immédiat après guerre, pour étudier de quelle manière les massacres d'Arméniens se déroulèrent et qui en fut responsable. Mais le gouvernement américain et les autres alliés n'apportèrent aucun soutien à ces tribunaux, allant jusqu'à ne pas protester, lorsqu'ils furent démantelés au début des années 1920, tandis que la Turquie moderne se dirigeait vers l'indépendance.

***

Le génocide arménien a mis en pièces le tissu ténu qui liait les individus et les familles entre elles. Avec tant de villages détruits et tant de gens tués, la question de savoir qui était votre voisin ou qui peut vous être apparenté par le sang ou le mariage n'est plus de mise pour la plupart des Arméniens en vie, de nos jours. Le sentiment d'attachement à la terre a été sûrement perdu. Du fait du refus de la Turquie de reconnaître le génocide ou de s'excuser pour ce qui s'est passé, beaucoup d'Arméniens, sur les 10 millions que compte la diaspora à travers le monde, rechignent à revenir et à visiter les villages de leurs ancêtres.

Ce n'est que récemment que Janet Achoukian Andreopoulos, généalogiste à ses heures, âgée de 44 ans, dont les racines ancestrales se trouvent à Evereg, a décidé de confectionner un arbre familial à l'attention des personnes, dont les racines se trouvent dans ce même village. Andreopoulos utilise les sites internet de généalogie, ainsi que les certificats de naissance, de décès et de mariage, les documents américains des services d'immigration et de recensement, les vieux articles de journaux et même les registres des bateaux accessibles, afin de reconstituer les liens de leurs familles.

Or il ne reste en Turquie que peu de documents concernant la vie des Arméniens, qu'Andreopoulos et d'autres généalogistes peuvent utiliser. (Exception récente, les registres de baptême de l'église Saint-Grégoire l'Illuminateur, de Gesaria, couvrant plusieurs années avant le génocide. Retrouvés et traduits en anglais par l'historien George Aghjayan, ces documents paraissent depuis peu dans The Armenian Weekly.) Tout ce qui témoignait des naissances, des décès, des mariages ou des lieux d'habitation de la population arménienne, dans les parties centrales et orientales de la Turquie, est perdu depuis longtemps, bien que les Arméniens, héritiers d'une des plus anciennes civilisations au monde, aient vécu dans cette région, à peu près de la dimension de la Nouvelle-Angleterre, durant des milliers d'années.

En l'absence de ces documents généalogiques traditionnels, trois hommes ont commencé à pister, grâce à des recherches ADN, les liens familiaux entre Arméniens. Se référant au génocide, Peter Hrechdakian, un des trois administrateurs de ce projet, précise : "Ce que l'on oublie souvent, tragiquement, c'est que cet événement unique, qui a eu lieu dans un laps de temps si court, a éradiqué pour l'essentiel un peuple et sa culture de la terre, qu'il occupait depuis longtemps." (27)

Vu sous cet angle, la perte semble incommensurable et fait corps avec ce qui a maintenu mon intérêt pour la recherche des origines de cette photographie, ces dix dernières années. Plus j'y consacrais du temps, plus ma curiosité est passée de la question de savoir comment l'atrocité du génocide fut perpétrée à Gesaria, à celle de retrouver les hommes présents dans la photographie. A quoi ressembla l'existence pour eux et les autres Arméniens, qui connurent cette époque douloureuse, et qu'est-ce qui les a soutenus dans leurs efforts pour survivre ?

Plus je parlais avec des gens, plus importante devenait la tâche que je m'étais fixée de lier ces malheureux, présents sur le cliché, avec leurs parents, qui avaient pu leur survivre, d'apporter aux victimes, comme à leurs descendants, la preuve que leurs familles, leur peuple, n'ont pas cessé d'exister avec ces morts atroces.

Le docteur Garabed Aivazian, 94 ans, ancien psychiatre de Memphis, Tennessee, figure parmi la dizaine de personnes probablement apparentées aux personnes montrées dans la photographie. N'ayant jamais vu auparavant ce document, il n'est pas sûr que "Hagop Avsharian," présent au second rang, soit, en fait, son père. Bien que les noms soient similaires et qu'il semble y avoir une ressemblance, il n'a jamais vu son père coiffé d'un fez, comme le sont tous les hommes présents sur le cliché.        

Or l'histoire de son père ressemble à celle des autres hommes montrés dans la photographie. Hagop travaillait comme aide-soignant pour le missionnaire américain, dans la localité voisine de Talas, lorsqu'il fut enlevé par les soldats turcs et emmené au loin. "Cela me réconforterait de savoir qu'il était considéré comme suffisamment important pour figurer là avec ces autres personnes, les dirigeants de la communauté arménienne," me confie Aivazian. "Cela me réconforterait de savoir qu'il n'est pas mort tout seul, que d'autres hommes, et même des amis, l'ont accompagné." (28) Sa manière de voir ainsi l'homme représenté sur la photographie est typique de la situation dans laquelle le génocide a laissé tant d'Arméniens, presque un siècle plus tard - dépourvus de liens familiaux particuliers, mais espérant que quelque soulagement, quelque sens soit apporté à leur souffrance.

Postface

Durant ces dix années, pour l'essentiel, j'ai consacré mes qualités de journaliste d'investigation à deux projets - enquêter sur le vol d'objets d'art au Musée Isabella Stewart Gardner de Boston, un crime demeuré non résolu, réputé être le plus grand hold-up d'objets d'art dans l'histoire; et authentifier cette photographie granuleuse, qui accompagne cet article. Impossible de dire lequel de ces projets a été plus difficile ou important pour moi, mais je sais lequel a été le plus gratifiant.

Ces deux projets impliquent des images qui me touchent personnellement. Je suis né et j'ai grandi à Boston, et mon lycée se trouvait de l'autre côté de la rue, face au Musée Gardner. Deux de mes cousins, pianistes, se produisaient souvent dans ce musée, lors de concerts de musique classique, durant les années 1940 et 1950. Mon père était lui-même artiste et évoquait respectueusement les grands maîtres. Certes, me dit-il un jour, avant de mourir en 2004, tu as eu une belle carrière et tu as remporté des prix exceptionnels en tant que journaliste, mais contribuer au retour de ces Rembrandt et Vermeer dans le musée serait un véritable couronnement.

Or mon père était lui aussi un survivant du génocide arménien et, s'il en parlait rarement, ni de son impact sur lui, je sais que toute son existence fut marquée par la perte de son père, à l'âge de trois ans. Si bien que, même si je n'ai croisé cette photographie que plusieurs mois après sa mort, sa présence m'a accompagné durant tout le temps que j'ai consacré à ce projet.

Au début, je nourrissais l'espoir que ma recherche mît l'accent sur l'atrocité du génocide arménien, son illégalité et sa perversion absolues. Même si cela est avéré, mon intérêt a commencé à évoluer, lorsque je me suis entretenu avec de plus en plus de proches des hommes présents dans la photographie. Beaucoup ignoraient complètement que leurs grands-pères ou arrière-grands-pères figuraient sur ce cliché, jusqu'à mon appel téléphonique ou mon courriel enquêtant sur l'histoire de leur famille. Et à travers ces entretiens, j'ai progressivement réalisé que la réussite ultime de la recherche sur le génocide arménien n'est pas simplement d'obtenir une reconnaissance de la part de la communauté mondiale, mais aussi de combler les vides dans nos histoires personnelles et tenter de recoudre le tissu des communautés arméniennes, que le pouvoir ottoman a cherché à détruire, voici presque un siècle.  
   
Outre des étrangers, des dizaines de personnes m'ont aidé dans ma recherche, ainsi que dans ma vision du génocide, principalement : Marc Mamigonian, en charge des affaires universitaires à la National Association for Armenian Studies and Research (NAASR); Vahakn Dadrian, directeur de recherches sur le génocide à l'Institut Zoryan (Toronto); Taner Akçam, titulaire de la chaire Robert Aram et Marianne Kaloosdian et Stephen et Marian Mugar d'études sur le génocide arménien à l'Université Clark (Worcester, MA); Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly; le docteur Ara Sanjian, directeur du Centre de Recherches Arméniennes [Armenian Research Center] à l'Université du Michigan à Dearborn; le docteur Abraham D. Krikorian, professeur émérite, Université d'Etat de New York (SUNY), à Stony Brook; le Très Révérend Père Raphaël Andonian, de l'église catholique arménienne de Sainte-Croix [Holy Cross] à Belmont, Massachusetts; Ruth Thomasian, directrice du Projet SAVE, Armenian Photograph Archives, Inc.; Aram Arkun, chercheur et traducteur; et Arpie Davis, dont les talents de traductrice de l'arménienn'ont d'égal que son intelligence et sa beauté.

Sources

1. Entretien avec Sandra Kurkian (sic) Selverian, petite-fille de Vahan Kurkjian.
2. Entretien avec Harry Jurjurian [Djurdjurian], petit-fils de Karnig Jurjurian.
3. Editions Aras, Istanbul.
4. James Nazer, The Armenian Massacre, T&T Publishing, 1970.
5. "Roots of Sorrow," The Boston Globe Sunday Magazine, April 1993.
6. Bien que des historiens aient vivement contesté cette déclaration de Hitler à ses généraux, il n'y a aucun doute que ce dernier et son régime nazi étaient au courant du génocide arménien et de son impact relativement inoffensif sur la Turquie, après la Première Guerre mondiale, comme le note Norman Naimark, historien à l'université de Stanford.
7. Entretien avec Samantha Power.
8. Journal Kayseri, 15 juin 1915. Traduction de l'arménien en anglais par Aram Arkun.  
9. Vahakn N. Dadrian, "The Agency of 'Triggering Mechanisms' as a Factor in the Organization of the Genocide Against the Armenians of Kayseri District," Genocide Studies and Prevention, Vol. 1, Number 2, Summer 2006, p. 107-126.
10. Journal Kayseri.
11. Vahan Elmayan, articles publiés in Yeridasart Hayastan, journal arménien publié à Chicago, 1920 et 1921; Haig Ghazarian, articles publiés in Lipanan, journal arménien de Beyrouth, 1931. Traductions anglaises par Arpie Davis.
Daniel (Tata) Tombakian, Massacre Fugitive, manuscrit inédit, 69 p.
12. "Tandis que des bandits arméniens se sont manifestés à Bitlis, les attaques qui ont eu lieu à Alep et à Dörtyol, là aussi par des Arméniens contre des soldats, et les bombes en abondance qui apparaissent à Kayseri, parallèlement aux correspondances chiffrées en grec, français et arménien, indiquent que nos ennemis préparent une tentative de révolution dans notre pays; afin de se préparer à toute éventualité, via la procédure qui sera appliquée dans toutes les zones où ce genre d'événement se produit, les communications spéciales et générales du Bureau du Commandant Suprême de l'Armée Impériale aux armées, concernant les Arméniens sous les armes, ont été mises en place. Il est fermement conseillé de veiller avec le plus grand soin à la pleine application des mesures nécessaires, en concertation avec les autorités militaires, sans perdre de temps avec des questions liées à l'administration civile."
Le 15 février [1]330 [1915] - signé : Le Ministre [Talaat]
13. "Le décret concernant les 25 personnes, parmi les révolutionnaires arméniens condamnés par la Cour martiale de Kayseri à des peines de prison à perpétuité et temporaire [pour une période déterminée] dans une forteresse et à la réclusion, ayant reçu l'assentiment supérieur [à savoir : impérial], l'envoi de ces 25 personnes, étant considéré comme acceptable, a été communiqué au ministère de l'Intérieur. A leur arrivée, exécuter et communiquer ce qui est nécessaire."
9/22 juin 1915 - Bureau du Chiffre du Ministère de l'Intérieur, 54/97, document n° 1
Traduction en turc : 19,00
14. Arshag A. Alboyajian, Badmoutioun Hai Gesario [Histoire des Arméniens de Kayseri], Le Caire : Editions Papazian, 1937, vol. 2, p. 1442-43. Traduction de l'arménien en anglais par Arpie Davis.
15. Archives familiales Elaine Patapanian.
16. Vahan Elmayan, Yeridasart Hayastan, 16 sept. 1920.
17. Vahan Elmayan, Yeridasart Hayastan, 12 sept. 1920.
18. Ara Sarafian, "Talat Pasha's Black Book documents his campaign of race extermination, 1915-17," The Armenian Reporter, 13.03.2009 - http://www.reporter.am/go/article/2009-03-13-talaat-pasha-s-black-book-documents-his-campaign-of-race-extermination-1915-17
19. Entretien avec Raymond Kévorkian (en anglais).
20.  Vahakn N. Dadrian, "The Agency of 'Triggering Mechanisms' as a Factor in the Organization of the Genocide Against the Armenians of Kayseri District," Genocide Studies and Prevention, Vol. 1, Number 2, Summer 2006, p. 107-126.
21. Haig Ghazerian, "Black Days: The Massacres of Gesaria - Pages from My Diary," Lipanan (Beyrouth), mai et juin 1931.
22. Raymond Kévorkian, The Armenian Genocide: A Complete History, Londres : I.B. Tauris, 2011, 1040 p.
23. Kersam Aharonian, éd., Houchamadian Medz Yeguerni 1915-1965 [Abrégé de la Grande Catastrophe], Beyrouth : Zartonk, 1965, p. 352.
24. Abraham H. Hartunian, Neither to Laugh nor to Weep : A Memoir of the Armenian Genocide, Boston : Beacon Press, 1968.
25. Years of Dreams and Torments, Le Caire : Housaper, 1961, p. 188.
26. Entretien avec Tessa Hofmann (en anglais).
27. Entretien avec Peter Hrechdakian, Armenian DNA Project [Projet ADN Arménien] (en anglais).
28. Entretien avec le docteur Garabed Aivazian (en anglais).       

[Diplômé de la Boston Latin School et des universités de Boston et de Suffolk (droit), Stephen A. Kurkjian a rejoint le Boston Globe en 1968, où, durant plus de quarante ans, il fit carrière en tant que journaliste, puis membre fondateur et rédacteur en chef de son agence Spotlight Team, et de sa délégation à Washington. Avant de quitter ses fonctions en 2007, il a partagé trois prix Pulitzer avec Spotlight Team.]

_______________

Source : http://www.armenianweekly.com/2014/04/22/kiss-childrens-eyes-search-answers-genocide-one-remarkable-photograph/
Traduction : © Georges Festa - 05.2014
Avec l'aimable autorisation de Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly