mercredi 16 juillet 2014

Judith Mullen - Exposition / Exhibition "A Good Wander"



Judith Mullen, Forest Floor II, 2012, huile, émail, fusain sur papier, 18" x 12"
Avec l'aimable autorisation de l'artiste


Ballade dans les détritus
par Philip A. Hartigan
Hyperallergic (New York), 26.06.2014


CHICAGO - La nouvelle œuvre de Judith Mullen consiste en des sculptures et des peintures, qui ressemblent à des détritus, le genre de choses qui s'accumulent dans les rivières ou le sol des forêts, après de lourds orages : volutes herbeuses, écorces, copeaux de bois, aiguilles de pin, objets jetés par des humains, fouettés par le vent et la pluie pour flotter nonchalamment sur les surfaces humides et sèches du monde. Dans son exposition intitulée "A Good Wander" [Sacrée balade], au Linda Warren Products, Mullen découvre un équivalent visuel à ces périples météorologiques, via un processus d'accumulation de matériaux. Utilisant plastique, tissu, papier, bois, sciure, mastic et autres, elle colle tous ces éléments, les entrelace à l'aide d'un fil métallique, les solidifie avec de l'émail, puis ajoute des touches sourdes de peinture à l'huile, d'encre ou d'émail.

Les sculptures, qui en résultent, pourraient ressembler à quelque chose qui flotte sur un étang, comme dans "Afoot VII," ou à un treillage fait de branches, comme dans "Afoot X." Quand on s'en approche, l'on découvre toutes sortes de choses enfouies en surface : grillage, disques colorés, qui rappellent des capsules de bouteille, bouts de papier, qui ont été écrasés, déchirés et compactés dans des espaces minuscules. Pas un élément n'est semblable (par exemple, celui qui est suspendu au plafond), et pourtant ils ont tous l'air de faire en sorte que le processus d'assemblage et de fixation aboutisse à imposer la forme finale. Ce que me confirme Mullen lors d'un entretien :

"Me balader (ou marcher) et adorer ça me renvoie à mon enfance. Il y a une dizaine d'années, j'ai réalisé que le fait de marcher était devenu une part intégrante de ma pratique d'atelier - en fait, une part vitale. Me balader, quand ça arrive, c'est comme travailler le trait en atelier, se laisser aller, s'ouvrir à l'expérience sans calendrier, ni règles."

Dans cette exposition, les sculptures accrochées au mur sont plus abouties que les peintures, où les pigments écrasés, les éclaboussures et les coulées d'émail semblent avoir été exécutées trop rapidement. A l'exception d'un tableau intitulé "Afoot V," dans lequel les empreintes semblent avoir été inscrites avec un soin égal aux sculptures. Mais ce sont ces objets qui attirent le regard, avec leur lacis complexe de matériaux, le contraste puissant de tons sombres et ivoire, et l'utilisation de résine et d'émail, conférant un aspect laqué à ce fourbi.

Les détritus, autrement dit, ont rarement cette beauté.        

[Né en Grande-Bretagne, artiste et écrivain, Philip A. Hartigan vit, travaille et enseigne à Chicago. Il écrit aussi épisodiquement pour Time-Out-Chicago. Les récits personnels (les siens, ceux d'autrui, et ceux fictifs) sont au centre de son travail, ainsi que de plusieurs projets artistiques publics, entrepris ces dernières années.]
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Traduction : © Georges Festa - 07.2014

site de Judith Mullen : http://judithmullen.com/