mardi 16 septembre 2014

Commémorer les Disparus - Remembering the Disappeared



© http://themissingpeople.com/


Commémorer les disparus
par Fiona Guitard
The Armenian Weekly, 30.08.2014


Le 30 août a été déclaré Journée Internationale des Personnes Disparues. A cette occasion, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) appelle la communauté internationale à "prendre davantage conscience" de la situation de ceux qui sont portés disparus et des souffrances de leurs familles - un problème souvent négligé. La guerre de l'Artsakh et ses suites ont fait des milliers de victimes; elle a aussi laissé des centaines de familles dans l'incertitude sur le sort de leurs proches, disparus sans laisser de traces.

"Dans plus de 70 pays et territoires à travers le monde, le CICR suit des dossiers de personnes, qui ont disparu. Nous les appelons "dossiers de recherches," mais derrière chaque "dossier," il y a une famille cherchant désespérément à savoir ce qui s'est passé. Et qui ont le droit de savoir, inscrit dans le droit humanitaire international," précise le CICR.

Conséquence du conflit du Karabagh, le nombre de personnes enregistrées comme disparus en Arménie et au Nagorno-Karabagh dépasse les 400, selon certaines sources.

Galya Arustamyan, fondatrice du Musée des Soldats morts au combat, de Stepanakert, au Nagorno-Karabagh, et décédée depuis, a conservé la trace des noms, des photographies et des biographies des disparus, liés à la guerre de l'Artsakh - qu'elle a aussi documentés dans son ouvrage Le Combat de Libération Nationale de la République du Nagorno-Karabagh, 1998-2009 [en arménien - NdT]. Elle consacre la troisième partie de son ouvrage de 895 pages aux disparus. Dans sa préface, elle écrit : "[...] Seul leur destin nous est inconnu. Leur existence, leur être nous accompagne toujours; ils vivent dans nos cœurs et nos souvenirs. Ils sont vivants, même s'ils ne sont plus avec nous. Ils sont vivants, car ils n'ont pas de tombes attestant de leur mort [...]"

Le CICR, qui œuvre en Arménie depuis 1992, souligne l'importance d'apporter un soutien aux familles des disparus. "Quand des gens disparaissent, il y a deux sortes de victimes : ceux qui sont portés disparus, et leurs familles, tenaillées entre désespoir et espoir, vivant dans l'incertitude et la douleur, attendant des nouvelles, parfois durant des décennies," explique Marianne Pecassou, en charge des actions entreprises par le CICR concernant les disparus et leurs familles.

Le CICR collabore avec les autorités arméniennes pour découvrir ce qui est arrivé aux personnes recensées comme disparues. Il recueille aussi des échantillons d'ADN, afin de pouvoir identifier des restes humains, partout où ils sont localisés.

D'après M. Pecassou, le CICR travaille actuellement à localiser plus de 52 000 personnes disparues à travers le monde, suite à des conflits armés, des catastrophes naturelles ou des migrations : "Ce chiffre ne représente que le sommet de l'iceberg, puisque ces cas ne sont que ceux qui sont portés à l'attention du CICR par des proches. Nous savons que beaucoup d'autres personnes ne sont toujours pas prises en compte, à travers le monde."

Christine Beerli, vice-présidente du CICR, souligne le fait que la communauté internationale doit jouer un rôle actif. "Les Etats ont l'obligation, au regard du droit humanitaire international, de prendre toutes les mesures possibles pour clarifier le sort et la localisation des personnes portées disparues, afin d'en informer leurs familles," a-t-elle rappelé lors d'une commémoration au siège du CICR.

La Journée Internationale des Personnes Disparues a été créée par la Federación Latinoamericana de Asociaciones de Familiares de Detenidos-Desaparecidos [Fédération Latino-Américaine des Associations de Proches de Prisonniers et de Disparus], une organisation non gouvernementale, fondée en 1981 au Costa Rica. Cette association lutte contre la détention abusive et les disparitions forcées dans de nombreux pays latino-américains.     

[Journaliste française, Fiona Guitard est actuellement stagiaire à la rédaction de The Armenian Weekly. Diplômée en littérature française, communication, sciences sociales et humaines, de la Sorbonne, elle s'intéresse aux droits de l'homme, mais aussi à la politique, à l'art et aux questions de société et de genre.]
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Traduction : © Georges Festa - 09.2014