dimanche 7 septembre 2014

Institut Zoryan - Parution d'une nouvelle revue : Genocide Studies International - Entretien avec Henry Theriault / Zoryan Institute - Press Release - Announcing New Journal : Genocide Studies International - Interview with Henry Theriault



© http://www.zoryaninstitute.org/


Genocide Studies International
nouvelle revue de l'International Institute for Genocide and Human Rights Studies (IIGHRS)
Entretien avec Henry Theriault
Institut Zoryan (Toronto), 31.03.2014


Toronto - L'Institut Zoryan et sa division, l'International Institute for Genocide and Human Rights Studies [IIGHRS - Institut International d'Etudes sur le Génocide et les Droits de l'Homme], présentent Genocide Studies International, dans la continuité de l'entreprise éditoriale de l'IIGHRS et des Presses de l'université de Toronto, depuis 2006.

Cette revue spécialisée, publiée par l'équipe constituée de Maureen Hiebert, Herbert Hirsch, Roger W. Smith et Henry Theriault, est de nature interdisciplinaire et comparatiste. Elle accueille des contributions sur des études de cas, des approches thématiques et des analyses politiques, liées à l'histoire, aux causes, à l'impact, aux conséquences et à tous les autres aspects du génocide.     

Les Arméniens à travers le monde connaissent les impacts directs du génocide et ont cet avantage de savoir, mieux que quiconque, la nécessité urgente d'encourager, de développer et de légiférer la prévention du génocide.

Le premier numéro de Genocide Studies International [a] pour thème "L'échec de la prévention," abordant le Darfour, au Soudan, et la crise des Monts Nouba - et la politique de prévention ou plutôt son absence. Le numéro de mars 2015 sera centré sur le 100ème anniversaire du génocide des Arméniens, des Assyriens et des Grecs, perpétré par les Ottomans.

Dans un entretien avec Henry Theriault, coéditeur, nous nous intéressons de plus près à ce que représente Genocide Studies International et au choix du sujet de ce premier numéro par l'équipe éditoriale.

- Institut Zoryan : Qu'avez-vous pour ambition de réaliser avec cette nouvelle revue ?
- Henry Theriault : J'espère que nous pourrons accomplir deux choses qui vont au-delà du champ universitaire classique. Tout d'abord, j'espère que cette publication aura une dimension politique et un impact sur la prévention concrète du génocide. Deuxièmement, j'espère que nous pourrons repérer et publier des travaux réellement novateurs, ne relevant pas seulement du domaine universitaire, mais qui présentent, de fait, de nouvelles approches sur le génocide, de nouveaux cadrages, pouvant modifier, de façon positive, notre manière d'aborder ce problème.    

- Institut Zoryan : Pourquoi cette revue met-elle l'accent sur une approche comparatiste des études sur le génocide ?
- Henry Theriault : Il ne s'agit pas uniquement de comparer, ce qui relève plus d'une conception des années 1990 des études sur le génocide - à savoir en quoi les situations de génocide se ressemblent et diffèrent : nous évoluons vers un niveau plus sophistiqué, où la tentative de théoriser le génocide en tant que pratique sociale humaine, histoire et processus politique, exige de prendre en compte des cas très différents de génocide. Les précédentes approches théoriques du génocide se limitaient à la Shoah ou, tout au plus, à la Shoah et au génocide arménien. Pour important que soient ces cas, on ne peut se contenter de comprendre le génocide en ne s'intéressant qu'à eux seuls. Les études de cas sont très importantes, non seulement pour les historiens, les politologues et les sociologues, etc., mais aussi pour les philosophes, les anthropologues, etc., qui essaient de théoriser la question plus globalement. Trop souvent, dans des domaines tels que la philosophie, l'on tombe sur tout un article sur le "génocide," ne traitant d'aucun génocide contemporain, fût-ce à des fins d'illustration, et s'engageant donc dans des abstractions dépourvues de toute signification ou valeur.

- Institut Zoryan : Pourquoi les éditeurs ont-ils choisi la prévention du génocide comme thème de ce premier numéro ?
- Henry Theriault : En fin de compte, c'est cela l'objectif. S'il importe de comprendre ce qui s'est passé dans le passé de la manière la plus exhaustive et d'aborder des questions de justice et de réhabilitation pour des cas passés, l'équipe éditoriale et l'IIGHRS sont très soucieux d'agir au mieux, pour tenter de mettre fin ou de réduire le génocide. Qui plus est, nous ressentons depuis longtemps une frustration devant l'absence de succès à cet égard, un échec qui traverse le monde universitaire, le journalisme, les politiques publiques, et au-delà. Nous voulons commencer par attirer l'attention simplement sur la faiblesse de notre action à cet égard, en dépit d'un développement incroyable, et même exponentiel, dans le domaine des études sur le génocide. Peut-être même le développement de ce domaine en tant que discipline universitaire est-il inversement proportionnel à l'impact de l'action réelle dans le domaine du problème du génocide.         

- Institut Zoryan : Le contenu de Genocide Studies International influera-t-il les décideurs politiques, selon vous ?
- Henry Theriault : Il est très difficile de le prédire, mais j'espère, avant tout, qu'ils prêteront attention à son contenu, s'agissant de traiter une question liée à Genocide Studies International ou qui a fait l'objet d'un article. Ce domaine a beaucoup à proposer aux décideurs politiques, à condition, premièrement, qu'ils soient prêts, tout simplement, à des lectures dépassant la politique à courte vue (ces vieilleries que les analystes ressortent depuis des années) et les communiqués de presse, et, deuxièmement, qu'ils abordent véritablement le problème du génocide, plutôt que de se contenter d'apparaître à des fins de relations publiques. Trop souvent, les prises de décision politiques se fondent sur des visions simplistes ou inexactes des forces en jeu, des approches historiques de la violence, etc. Genocide Studies International peut aider les décideurs politiques à accéder à une information précise et, plus important encore, à des approches fiables quant aux défis majeurs, auxquels ils font face.      

- Institut Zoryan : Comment voyez-vous l'impact de cette revue dans le domaine des études sur le génocide ?
- Henry Theriault : Ce domaine est à un moment crucial. Il se développe de façon similaire aux autres domaines qui se sont développés au cours des cinquante dernières années, explorant au début les questions politiques et éthiques, ainsi que les défis posés au niveau universitaire et sociopolitique. Il commence maintenant à opérer une évolution, comme le processus d'institutionnalisation. Il est frappant de voir que les étudiants de troisième cycle choisissent désormais des thèmes de recherche qui, certes, ne quittent pas les questions authentiquement intellectuelles et éthiques, mais qui visent à accompagner une tendance nouvelle, en sorte de décrocher des postes à l'université. Certains aspects dans ce domaine se sont développés, centrés sur le pouvoir et la protection territoriale dans le monde académique, sans aborder le génocide. Les études sur le génocide ont souvent bien plus à voir, aujourd'hui, avec les chercheurs qu'avec l'objet d'étude, tout comme d'autres disciplines, depuis longtemps. En publiant un autre type de recherches, qui replacent l'objet au centre et visent un travail neuf, novateur, se situant habituellement en marge d'un domaine et non dans son lieu d'élection, son centre institutionnalisé, Genocide Studies International est susceptible d'inverser cette tendance - ou, du moins, faire suffisamment de place à ces jeunes (et pas si jeunes, d'ailleurs) chercheurs, qui s'emploient en marge à produire un travail réellement novateur, en dépit de l'institutionnalisation du domaine.         
En conclusion, une des choses, qui rend Genocide Studies International si particulier et unique, est le rôle dirigeant que l'Institut Zoryan et sa division, l'Institut International d'Etudes sur le Génocide et les Droits de L'Homme, ont joué dans la création de la revue et qu'ils vont jouer en en faisant l'une des premières revues au monde dans les études sur les droits de l'homme. L'œuvre de l'Institut Zoryan est depuis longtemps à la pointe de développements importants dans l'étude et, notamment, la prévention du génocide et des autres violations en masse des droits de l'homme. Grâce à ses liens particuliers avec les Arméniens en Amérique du Nord et à travers le monde, il donne aux Arméniens globalisés au plan intellectuel l'opportunité de soutenir des recherches et des initiatives politiques novatrices sur le génocide arménien et les questions des droits de l'homme, concernant les groupes humains à travers le monde. Genocide Studies International propose une étape nouvelle pour réaliser, grâce au soutien sincère apporté par les Arméniens, des études importantes et un changement réel, positif, vers cet objectif ultime de tenir la promesse du "Plus jamais ça."  

____________

Traduction : © Georges Festa - 09.2014