mardi 16 septembre 2014

Intellectuels turcs qui ont reconnu le génocide arménien : Ayşe Günaysu / Turkish Intellectuals Who Have Recognized The Armenian Genocide : Ayşe Günaysu








Intellectuels turcs qui ont reconnu le génocide arménien : Ayşe Günaysu
par Hambersom Aghbashian
Massis Post, 08.09.2014


Ayşe Günaysu est une militante turque des droits de l'homme, féministe et traductrice de profession. Elle est membre du Comité contre le racisme et les discriminations, au sein de l'Association des Droits de l'Homme de Turquie (section d'Istanbul), depuis 1995, et est éditorialiste pour Özgür Gündem [Agenda Libre]. Depuis 2008, elle anime une rubrique intitulée "Lettres d'Istanbul,"' pour The Armenian Weekly. Ses centres d'intérêt portent sur l'espace et le lieu, les études sur la Turquie et le Moyen-Orient, la question kurde en Turquie, le nationalisme turc et la Turquie moderne. Elle s'implique aussi dans les questions liées au génocide, le génocide arménien, ses conséquences et sa perpétuation jusqu'à nos jours. A travers ses articles, ses études, ses entretiens et sa participation active aux commémorations et aux colloques sur le génocide de 1915, elle s'efforce, avec de nombreux autres intellectuels, de changer le point de vue et la position officielle de la Turquie, d'exiger et d'obtenir la reconnaissance du génocide arménien par le gouvernement turc. (1) (2)

Le 23 mars 2009, lors du colloque "L'Héritage du génocide de 1915 dans l'empire ottoman," à Stockholm, Ayşe Günaysu a déclaré : "Près d'un siècle après le génocide des Arméniens, des Assyriens/Syriaques et d'autres populations chrétiennes d'Asie Mineure, la Turquie continue d'être empoisonnée par l'élimination de la vérité. L'élimination de la vérité empoisonne celui qui l'élimine, elle empoisonne aussi ceux qui sont privés de la connaissance de la vérité. Plus grave, cette élimination de la vérité empoisonne l'environnement tout entier, dans lequel vivent à la fois celui qui l'élimine et ceux qui subissent cette élimination. Elle empoisonne donc tout." (3)

Hyeforum.com, en date du 30 avril 2009, signale que, le 24 avril 2009, la section stambouliote de l'Association des Droits de l'Homme de Turquie organisa une commémoration du génocide arménien à Istanbul. Ayşe Günaysu, l'une des organisateurs, cita l'avocate Eren Keskin : "Aujourd'hui, nous sommes le 24 avril, 94ème anniversaire des rafles d'Istanbul, qui marquèrent le début du génocide arménien en 1915." Elle ajouta : "L'histoire officielle [en Turquie] nie le génocide, mais nous savons ce qui s'est passé et nous croyons qu'il est important de dire la vérité au peuple. En ce jour, nous commémorerons donc les intellectuels les plus brillants des Arméniens ottomans : les poètes, écrivains, médecins, avocats et parlementaires, qui furent raflés le 24 avril 1915 et assassinés !" (4)

A l'invitation de l'Armenian Council of Europe et de l'association Sourp Khatch Tebrevank, Ayşe Günaysu, qui représentait la Ligue des Droits de l'Homme en Turquie, et Ara Sarafian, historien et président de l'Institut Komitas de Londres, prononcèrent une conférence, le 27 avril 2012, au Centre Culturel Alex Manoogian (UGAB), sis rue de Courcelles, à Paris. Lors de son intervention, elle déclara : "Je veux que vous sachiez que c'est pour moi un honneur d'être ici. J'en suis fière. Mais je ressens aussi de la honte. Cette honte que j'éprouve aujourd'hui a pour cause que je viens de cet Etat. Cet Etat qui est l'auteur de ce génocide. [...] S'il n'y avait pas eu de génocide en 1915, la population arménienne s'élèverait aujourd'hui à 17 millions d'habitants. A l'époque, un habitant sur cinq n'était pas musulman, dont les Arméniens. Aujourd'hui, ils ne représentent qu'une goutte d'eau dans un océan. Voilà pourquoi je ressens aujourd'hui de la honte." (5)

Dans sa recension de l'essai de Rifat Bali, intitulé Devlet'in Örnek YurttaşlarıCumhuriyet Yıllarında Türkiye Yahudileri 1950-2003 [Citoyens modèles de l'Etat : les Juifs de Turquie durant la période républicaine 1950-2003], elle relève comment la Turquie menaça et manipula les Juifs turcs : "Dans son ouvrage de 670 pages, Rifat Bali livre un compte rendu détaillé des efforts du gouvernement turc pour mobiliser ses sujets juifs, afin d'obtenir le soutien des groupes de pression juifs aux Etats-Unis contre les militants de la cause arménienne. Parallèlement, Bali explique comment les autorités turques jouèrent le gouvernement israélien contre les décideurs américains, dans le même but. L'ouvrage abonde aussi en matériaux montrant comment les diplomates turcs et les porte-paroles semi-officiels de la politique turque, tout en exerçant leur activité de groupe de pression, menacèrent à la fois Israël et les Etats-Unis, en indiquant que, si les groupes de pression juifs ne parvenaient pas à empêcher les initiatives arméniennes à l'étranger, la Turquie pourrait ne plus être en mesure de garantir la sécurité des Juifs de Turquie. Mais ce n'est pas tout. A travers son livre, Rifat Bali dévoile le cadre sociopolitique tout entier du processus, consistant à faire des dirigeants de la communauté juive des soutiens actifs du combat des gouvernements turcs contre les "allégations arméniennes," au plan international. (6)

Dans un entretien du 19 janvier 2014, concernant l'assassinat de Hrant Dink, Ayşe Günaysu rappelle que son association le connaissait depuis la parution d'Agos en 1996, et qu'ils restèrent en contact étroit. Hrant Dink, rapppelle-t-elle, était celui qui pouvait modifier la perception des Arméniens aux yeux d'un large pan de la société turque. A la question "Pourquoi, selon vous, Hrant Dink a-t-il été tué ?", elle répond : "Parce que, à mon avis, le génocide n'est pas quelque chose qui est arrivé et qui s'est achevé entre 1915 et 1923. Il perdure à l'aide d'un déni agressif, sommaire et choquant." (7)

Le 24 avril 2014, l'agence Artsakhpress.am signale que l'American Jewish Committee a publié un communiqué commémorant le 99ème anniversaire du génocide arménien. Le journal Le Monde relève, de même, que plusieurs personnalités, intellectuels et artistes français, turcs et arméniens appellent la Turquie à commémorer le 99ème anniversaire du génocide, en faisant un pas vers la justice et la démocratie. Parmi ces intellectuels figurent : Charles Aznavour, chanteur; Bernard-Henri Lévy, intellectuel et écrivain français; Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires Etrangères; Adam Michnik, rédacteur en chef du grand journal polonais Gazeta Wyborcza; Paul Morin, directeur exécutif de l'European Grassroots Antiracist Movement (EGAM); Ayşe Günaysu, présidente de la section d'Istanbul de l'Association des Droits de l'Homme de Turquie; et de nombreux autres. (8)

Le 11 mars 2014, The Armenian Mirror-Spectator écrit : "Des vestiges du génocide arménien seront dévoilés lors d'un colloque consacré aux héros et aux survivants du génocide au Ararat-Eskijian Armenian Museum [Mission Hills, CA], le 22 mars. Le réalisateur Bared Maronian, ainsi que le journaliste anglais Robert Fisk, le professeur Vahakn Dadrian, le docteur Hayk Demoyan, Ayşe Günaysu, Missak Keleshian, Shant Mardirossian, le docteur Rubina Peroomian et le professeur Vahram Shemmassian participeront à ce colloque d'une journée, en hommage à ceux qui aidèrent à sauver des survivants du génocide, de 1915 à 1930. (9)

Dans un entretien accordé à l'hebdomadaire égyptien Al-Ahram, le 30 avril 2014, concernant les "condoléances" d'Erdoğan aux Arméniens, Ayşe Günaysu se dit certaine que celui-ci a "changé de consultant en communication, car il s'agit là d'un langage nouveau." Même si cette déclaration d'Erdoğan est la première du genre, "nous sommes si accoutumés en Turquie au pire, qu'un moindre mal nous étonne et nous donne presque de l'espoir." (10)

Notes

       
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Traduction : © Georges Festa - 09.2014