vendredi 3 octobre 2014

Elia Kahvedjian : From the Red Desert to Jerusalem / Du Désert rouge à Jérusalem



 © Abril Books (à paraître)


Souvenirs d'un petit garçon de 5 ans, d'Ourfa

Elia Kahvedjian
From the Red Desert to Jerusalem
(à paraître en novembre 2014)

par Jirair Tutunjian
Keghart.com, 20.09.2014


Heureusement ou pas, les récits publiés de témoins oculaires du génocide des Arméniens ne peuvent remplir qu'une petite bibliothèque. A quoi bon, alors, pourrait-on se demander, un nouveau livre sur la tentative d'extermination des Arméniens par la Turquie ottomane ? Parce que From the Red Desert to Jerusalem, d'Elia Kahvedjian, n'est pas seulement un récit du génocide et de l'héroïque résistance des Arméniens d'Ourfa, très inférieurs en nombre et mal équipés, mais aussi celui de notre catastrophe nationale, dont est témoin un gamin de 5 ans; et parce que l'A. symbolise - grâce à sa survie, son courage et ses succès - l'esprit éternel des Arméniens. Finalement, la seconde partie de l'ouvrage constitue un reportage quasi sociologique sur la Jérusalem arménienne, à travers plusieurs guerres, du milieu des années 1920 au début des années 1990.

Outre des descriptions frappantes des marches de mort à travers le désert syrien, aux côtés de sa mère, de ses frères et sœurs, cette autobiographie relate aussi les aventures d'un petit garçon, qui découvre Meguerditch Yotneghparian, le chef héroïque de la milice d'autodéfense arménienne; d'un petit garçon confié par sa mère à des Kurdes pour lui sauver la vie; et d'un petit garçon, qui devient un gamin des rues à Mardin, échappant de peu à des Turcs cannibales, durant la famine dans cette ville.

Kahvedjian parvient à survivre aux longues marches, à plusieurs abandons, au racisme, à la famine, à sa vie dans les rues de Mardin et Nusaybin, en proie à des cannibales, pour finalement regagner - quatre ans plus tard - sa ville natale d'Ourfa et l'orphelinat arménien, durant la brève occupation des Alliés. Peu après, il se retrouve en route pour le Liban avec d'autres orphelins arméniens, tandis que l'armée alliée se retire d'Ourfa, du fait des attaques des Turcs. Après avoir séjourné dans deux autres orphelinats (à Joubeil au Liban et Nazareth en Palestine), le jeune Elias trouve enfin un abri sûr à Jérusalem, où il devient photographe.

Durant les 60 années qui suivirent, il connut le succès, malgré plusieurs guerres, devenant l'un des plus grands photographes en Terre Sainte. Les photographies théâtrales, hiératiques et historiques, qu'il réalisa entre le milieu des années 1920 et des années 1960, se vendent toujours aujourd'hui aux touristes et aux pèlerins.

Du fait de son renom, il entra en contact avec de grandes figures militaires, comme Glubb Pacha, le fondateur de la Légion Arabe; Dame Edith Kenyon, la grande archéologue de Palestine; le Père Roland de Vaux, de l'Ecole Biblique; des archéologues hollandais, des juges et des célébrités de passage à Jérusalem. Il photographia aussi l'incendie du Saint-Sépulcre, le tremblement de terre en Terre Sainte, le vol du Zeppelin au-dessus de Jérusalem, au début des années 1930. Durant la Seconde Guerre mondiale, outre ses activités dans son atelier (Elia Photo-Service), il servit comme photographe de terrain pour les Britanniques.

Pourtant, durant toute sa longue existence, Kahvedjian resta centré - certains diraient, à juste titre, obsédé - sur ses souvenirs d'enfance, le génocide et l'indifférence du monde au coup presque mortel, que subit la nation arménienne, de 1915 à 1923.

Au début des années 1980, suite à un entretien dans la Revue du Homenetmen (1) de Jérusalem, l'histoire de Kahvedjian commença à attirer l'attention des médias étrangers. A plusieurs reprises, les Israéliens (journaux et chaînes de télévision) consacrèrent des reportages à sa vie et à ses souvenirs du génocide. Il fut alors interviewé par d'autres médias non-arméniens, dont des médias japonais. Mais la couverture la plus durable et qui eut le plus d'impact fut réalisée par le National Geographic. Lorsque ce grand média américain produisit un programme sur les habitants de Jérusalem, issus de différentes communautés ethniques et religieuses, Kahvedjian fut choisi pour représenter les Arméniens. Evoquant son existence, il décrivit ce qu'il avait vécu durant le génocide des Arméniens. Ce programme a été diffusé à travers le monde, à plusieurs reprises. Le National Geographic édita aussi une version vidéo.           

Une reconnaissance plus grande se manifesta durant les dix dernières années de sa vie, tandis que plusieurs expositions furent consacrées à ses photographies en différents lieux. Finalement, en 1995 (quatre ans seulement avant sa mort), il prit la peine de s'asseoir et écrivit son autobiographie. L'ouvrage, intitulé Souvenirs de la bataille héroïque d'Ourfa en 1915 et des événements qui ont suivi, fut publié à Erevan.

Son fils aîné, Harout, décida de traduire en anglais l'histoire de son père, en y ajoutant ses mémoires sur son père. "Durant toute son existence, mon père fut attristé, frustré et hypersensible, du fait de l'indifférence internationale face au génocide. En traduisant son autobiographie, j'ai voulu faire connaître le génocide aux non Arméniens," précise Harout Kahvedjian, habitant de longue date à Toronto. Le résultat est From the Red Desert to Jerusalem, un ouvrage de 290 pages avec plus de 60 photographies en noir et blanc et en couleurs, dont certaines d'intérêt historique.

From Red Desert to Jerusalem paraîtra aux éditions Abril Books, à Glendale (Californie), fin novembre 2014.   

NdT

1. Homenetmen : sigle pour "Union Générale Arménienne de Culture Physique," organisation pan-arménienne de la diaspora, dédiée au sport et au scoutisme. Lien Homenetmen France :  http://homenetmen-france.com/
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Traduction : © Georges Festa - 10.2014

site des éditions Abril Books : www.abrilbooks.com/