lundi 27 octobre 2014

Vartan Matiossian : A la recherche d'Aurora : à propos de 'Ravished Armenia' et du fragment qui a survécu / The Quest for Aurora: On 'Ravished Armenia' and its Surviving Fragment



  Couverture du livre intitulé Ravished Armenia (1918)
© http://en.wikipedia.org


A la recherche d'Aurora :
à propos de Ravished Armenia et du fragment qui a survécu
par Vartan Matiossian
The Armenian Weekly, 15.04.2014


Souvenirs personnels

Voici 95 ans, Ravished Armenia [Le Viol de l'Arménie] (ou Auction of Souls [Ames à l'encan]), le film muet, où Aurora Mardiganian (1901-1994) jouait sa propre histoire de survivante du Medz Yeghern (Grand Crime), était porté au grand écran, premier exemple d'un crime génocidaire repris dans une production d'Hollywood. Le résultat ne fut guère reluisant, comme le note l'historien du cinéma Anthony Slide, un de ses meilleurs spécialistes : "Malgré la haute tenue morale entourant la production (...) il est évident que Ravished Armenia n'était, en réalité, rien de plus qu'une production commerciale, soigneusement orchestrée." (1)

Néanmoins, son impact dans l'opinion, en tant que "présentation franche et directe des souffrances de l'Arménie, lançant un appel sincère et fort à chaque goutte de sang parmi les hommes et les femmes d'Amérique," (2) ainsi que sa disparition des archives cinématographiques à travers le monde - métaphore du mur de silence qui a entouré, des décennies durant, l'extermination systématique - ont soulevé un intérêt considérable.

L'histoire avait déjà retenu mon attention, alors que j'étais en dernière année de lycée, à Buenos Aires. Mon père possédait quelques collections de journaux arméniens, dont l'hebdomadaire indépendant arméno-argentin Hamazkayin (1964-68, en arménien et en espagnol), où la première traduction en espagnol de l'histoire d'Aurora Mardiganian parut en feuilleton en 1965. Des années plus tard, un article très instructif, dû au bibliophile arméno-américain Mark A. Kalustian, dans The Armenian Mirror-Spectator, m'aida à compléter l'ensemble. (3)

Quelque temps après, je communique l'article à un de mes amis, Eduardo Kozanlian, qui traque depuis fort longtemps toutes sortes de matériaux liés à Mardiganian. 75 ans après la première projection en 1919, il découvrit un fragment survivant, d'environ 15 minutes. Un soir, en 1995, dans ma maison à Buenos Aires, nous avons visionné des images muettes, qui tentèrent autrefois de représenter l'Aghed (la Catastrophe). Au fil des ans, je l'ai encouragé à écrire un compte rendu sur sa vaste collection de souvenirs, mais, pour différentes raisons, cela n'est jamais arrivé.        

En 1999, l'avocate Siruhí Belorian de Piranian décida de parrainer une réédition de la traduction espagnole de Ravished Armenia à Buenos Aires, lors du 80ème anniversaire de la première édition. Kozanlian prêta son exemplaire, communiquant des illustrations et autres matériaux. Il lui fut demandé de rédiger une préface à cette seconde édition, mais, pour des motifs inconnus et sans autre explication, le texte fut exclu de l'édition finale. (4) 

Fin 1996, Kozanlian se rendit aux Etats-Unis, afin de poursuivre ses recherches. Il présenta des copies vidéo du fragment du film à des gens intéressés par le sujet ou qui l'avaient aidé dans ses tentatives. Anthony Slide se réfère probablement à ces copies en 1997, lorsqu'il écrit : "Des rumeurs abondent sur une bande vidéo, représentant 10 % de la production, qui circule dans la communauté arméno-américaine." (5)

Une de ces copies fut probablement "piratée" en vue d'une diffusion commerciale vidéo anonyme du segment, vers 2000, sans identification de l'éditeur, de lieu, ni de date; je l'ai vue en vente en 2002 à la librairie Sardarabad de Glendale, en Californie. Le revers de la jaquette mentionne seulement "un chercheur à Buenos Aires, Amérique du Sud." Certaines séquences apparaissent dans le documentaire d'Andrew Goldberg, sur la chaîne publique PBS, The Armenian Americans (2000), qui inclut le nom de Kozanlian dans le générique, sans identifier le film comme source première. (6)

Il n'est fait aucunement mention de cette histoire dans le DVD publié en 2009 par l'Armenian Genocide Resource Center of Northern California [Centre de Ressources sur le Génocide Arménien de Californie du Nord], dont le fer de lance était le chercheur Richard Diran Kloian, aujourd'hui disparu (1939-2010). Il inclut le fragment restauré, édité et sous-titré d'après les titres du livre, avec l'Adagio pour cordes, de Samuel Barber, en musique de fond - la même musique de la vidéocassette - et l'ajout d'un diaporama photo. Credo, du réalisateur Zareh Tjeknavorian, une vidéo de 22 minutes, accompagnée de photographies du génocide par Armin Wegner, court-métrage sur le 80ème anniversaire du génocide à Erevan, avec la musique de Second Symphony, de Loris Tjeknavorian, a été téléchargé sur YouTube en avril 2009. La note qui l'accompagne précise : "Chose incroyable, tous les exemplaires de Ravished Armenia étaient perdus, jusqu'à ce qu'un fragment de 15 minutes réapparaisse en France dans les années 1960. La bande avait été conservée par un cinéaste nommé Yervand Setyan, et est présentée ici dans son intégralité." (7)

La seconde édition espagnole de 1999 étant épuisée, le chercheur Sergio Kniasian publia en 2011 une version numérique de la traduction espagnole sur un CD, qui inclut aussi son article sur cette découverte et un autre, dû au chercheur sur le cinéma Artsvi Bakhchinyan et consacré aux premiers films sur le génocide, accompagné de nombreuses illustrations. (8)

Je suis retourné voir ces images muettes en avril 2010, lors de la projection de ce DVD à l'église arménienne de Saint-Léon, à Fair Lawn, dans le New Jersey, où j'ai évoqué cette découverte, lors du débat, qui suivit la conférence d'Anthony Slide. En réponse à sa demande de consigner par écrit cette histoire, j'ai entamé un article, qui devait inclure d'autres éléments d'information, que j'avais mis au jour, au fil des ans. (9) Le 20ème anniversaire de la découverte est l'occasion rêvée d'écrire un dernier mot et de rétablir les faits.          

Réception du film dans la communauté arménienne

Quelques citations, extraites de journaux arméno-américains en 1919, sont parues dans l'étude encyclopédique d'A. Bakhchinyan sur les Arméniens dans le cinéma mondial. (10) A part cela, ces collections ne semblent pas avoir fait l'objet d'un examen minutieux par les chercheurs sur Ravished Armenia, du moins aux Etats-Unis. Il existait quelques rares journaux en langue anglaise - The New Armenia, un mensuel indépendant, d'Arshag D. Mahdesian, et The Armenian Herald, un mensuel publié brièvement par l'Armenian National Union. Les organes des partis politiques publiaient leurs journaux en arménien : Hairenik (Fédération Révolutionnaire Arménienne, ou F.R.A.), à Boston; Azk (Parti Démocrate Constitutionnel Arménien), prédécesseur de l'organe, aujourd'hui défunt, du Parti Libéral Démocrate Arménien (Ramgavar); Baikar, lui aussi à Boston; Yeridasart Hayastan (Parti Hentchak Social-Démocrate), à Providence, à cette époque; et Asbarez (F.R.A.), alors à Fresno.

Mis à part quelques autres publications éphémères en arménien, dont les séries sont plus difficiles à localiser, signalons tout particulièrement Gotchnag (rebaptisé Gotchnag Hayastani en 1919 et Hayastani Gotchnag en 1921), publié par l'Armenian Educational Foundation à New York, qui représentait les points de vue de la frange évangélique de la communauté et son activité caritative, laquelle bénéficiait d'un large soutien, en particulier celui du Near East Relief [Secours pour le Proche-Orient], que présidait le missionnaire James L. Barton et sous les auspices duquel l'ouvrage fut publié et l'histoire portée à l'écran. Une étude de la collection de cet hebdomadaire, entre novembre 1918 et mai 1919, ne livre toutefois pas de références à l'ouvrage de Mardiganian (dont deux éditions américaines ont paru en 1918-19), ni au film, dont la première eut lieu au Plaza Hotel, à Manhattan, en février 1919, intitulée "Photo-drame officiel du National Motion Picture Committee of the American Committee for Relief in the Near East [Comité National au Cinéma du Comité Américain au Secours pour le Proche-Orient]." (11) Une omission aussi flagrante est singulière; la promotion du film affirmait que, "bien qu'il s'agisse probablement du film le plus sensationnel qui ait jamais été produit, les personnes les plus éminentes, y compris les églises, dans chaque commune, lui apportent leur soutien sans réserve, du fait de ses vérités confondantes." (12)

Seul un bref reportage sur la projection du film à Worcester, Massachussetts, le 2 juin 1919, surgit inopinément. Aujourd'hui encore, un lecteur ignorant l'existence de ce film ne comprendrait pas ce à quoi il est fait allusion. Le reportage évoque la "présentation intitulée Ravished Armenia, qui décrit les malheurs de l'Arménie, et dont les scènes déchirantes ne peuvent qu'éveiller une profonde tristesse dans le cœur de tout Arménien. En voyant ces images représentant la situation calamiteuse de nos sœurs, elle/il semble entendre une voix dans son âme, une voix qui s'élève des cœurs blessés de milliers d'Arméniens misérables, appelant au secours." Quatorze jeunes Arméniennes, enveloppées dans des drapeaux arméniens et américains - leurs noms sont énumérés - firent office de placeuses et participèrent à la collecte de fonds, qui s'ensuivit. Une autre jeune fille jouait du piano. (13) Le mot nergayatsoum (littéralement : "présentation") peut signifier aussi "spectacle," "pièce," ou même "exposition," et Ravished Armenia être interprété comme un diaporama de photographies du Medz Yeghern. (14)

Une lecture hâtive et partielle des numéros d'Hairenik, Azk et Yeridasart Hayastan ne fait pas apparaître de réactions négatives, de la part de la communauté. L'on y trouve néanmoins des reportages sur les problèmes de censure, dus à la nature graphique des images, à la veille de sa diffusion commerciale.

"Pour rendre Ravished Armenia rentable, son adaptation au cinéma [շարժուն պատկեր] devait être présentée. La presse new-yorkaise lui consacra de grandes pages, reconnaissant qu'aucun autre film ne laisse une impression aussi terrifiante que Ravished Armenia; à en juger par les images qui en ont été tirées, nous devons admettre que ces séquences incitaient plus à la compassion et à la pitié que les évocations du New York American. (15) Mais, aujourd'hui, le gouvernement a mis en place une interdiction et ne permet pas de présenter le film Ravished Armenia, au motif que de nombreuses jeunes filles et dames, ne pouvant contenir leur émotion durant la projection, s'évanouissent. Comment ne pas se souvenir ici et se demander : "Qu'est-il arrivé à ceux qui furent les témoins et les malheureuses victimes de tout ceci ?" Il nous est, naturellement, impossible d'affirmer avec certitude que le motif de cette suspension soit d'ordre émotionnel ou politique. L'avenir nous le dira..." (16)                   

L'histoire de Mardiganian, durant la production du film et ensuite, est un mélange de vedettariat et d'exploitation. D'après Slide, qui étudia la question en détail et qui eut la chance de l'interviewer en 1988 : "Il n'y eut pas d'exploitation plus pénible d'un événement tragique, dans l'histoire mondiale, par l'industrie du cinéma, que le tournage d'Auction of Souls." (17)

L'on ignore cependant si la communauté s'intéressa réellement aux difficultés que connut la jeune survivante et si elle essaya de l'aider. Nous possédons, du moins, un document émanant de l'Armenian National Union, une organisation-cadre, fondée en 1917 à Boston, au service de la cause arménienne. Il s'agissait d'une branche de l'organisation homonyme, fondée plus tôt, cette même année, en Egypte, suite à un accord entre différents partis politiques. Elle se composait initialement de six grandes organisations : deux Eglises, l'Eglise Apostolique Arménienne et l'Eglise Evangélique Arménienne; trois partis politiques, la Fédération Révolutionnaire Arménienne, le parti Hentchak social-démocrate, et le parti Hentchak Réorganisé (Veragazmeal) (groupe dissident en 1896, qui devint l'un des partis fondateurs du parti Libéral Démocrate Arménien en 1921); ainsi qu'une organisation caritative, l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance. Des divergences surgirent au sein de l'organisation début 1919, suite au scrutin communautaire pour élire des délégués au Congrès National Arménien, organisé à Paris, cette même année. Résultat, la F.R.A., puis le parti Hentchak quittèrent l'Union.      

L'Union fit pression pour arrêter la représentation d'Auction of Souls. Nous ignorons où se trouvent ses dossiers, mais, heureusement, il existe un exemplaire de son rapport quadri-annuel (1917-21), publié en arménien. Il contient le paragraphe suivant : "L'Union s'est efforcée de suspendre les représentations du photo-drame [պատկերախաղ] Ravished Armenia, alias Auction of Souls, montré au profit du [Near East] Relief [Secours pour le Proche-Orient] d'Amérique, partout aux Etats-Unis, et dont les caractéristiques blessent les sentiments arméniens."

Une note au bas de ce paragraphe précise : "Une jeune Arménienne, qui est l'actrice principale de ce photo-drame, est arrivée en Amérique et a été exploitée. Le docteur Moosheg Vaygouney [Մուշեղ Վայկունի], chimiste réputé (18), est venu de San Francisco à New York pour protester de même auprès du Secours Américain, afin de faire cesser le film et l'exploitation de la jeune fille." (19)

Ce ne fut peut-être pas le seul cas d'opposition et d'indignation. Un article, dû à Karekin Boyajian, dans Hairenik, évoque, sans le nommer, un film promu au sein de la communauté comme une représentation du "tableau réel de la tragédie arménienne." Trois personnes protestèrent auprès de la Prélature Arménienne, tandis que d'autres perturbèrent la projection : "Or la présentation de ces images [...] ne donne pas une image positive du profil de notre nation et de ses principes moraux. [...] Se livrant à une exploitation malhonnête, les membres arméniens de l'Armenia Film Company sont venus ajouter de nouvelles plaies à nos cœurs blessés. [...] Honte à ces Arméniens, qui se proposent de montrer à nouveau à l'opinion arménienne et étrangère la barbarie éhontée, que les Turcs ont infligée à l'honneur de nos vertueuses sœurs !" (20)

A l'appui de ces extraits, publiés en avril 1921, Bakhchinyan émet l'hypothèse que l'article se réfère peut-être à The Hero of Armenia, un film qui a pour personnage principal le général Antranik, héros national arménien (et contenant apparemment de véritables images d'archives sur lui), produit par l'Armenia Film Company. Les annonces parues dans la presse, à savoir que le film, inconnu par ailleurs, est prêt en avril 1920, ne font cependant nulle part mention de scènes de génocide (21). Il est aussi possible, alors, que la compagnie ait, en réalité, loué et projeté Ravished Armenia, afin de gagner facilement de l'argent, tandis que le flou descriptif semble davantage correspondre au film d'Aurora Mardiganian.

Ces réactions négatives, qui nécessiteraient une étude approfondie, furent probablement motivées par la mise en scène, par laquelle, "alors que le texte s'emploie à expurger les atrocités de la gendarmerie turque, le film va jusqu'à faire des révélations à caractère sensationnel sur les transgressions sexuelles, qui réduisent femmes et jeunes filles à l'état d'objets, minimisant ainsi la gravité des crimes commis." (22) La violence sans limite du Medz Yeghern enfreint toutes les normes morales. La représentation de scènes de ce genre est considérée comme un prolongement de cette violence.

Ravished Armenia à Buenos Aires : années 1920

Les mémoires de Mardiganian auraient atteint 360 000 exemplaires en circulation en 1934. (23) Ils furent traduits à deux reprises en arménien, avant la parution du film et publiés sous forme de feuilleton dans Hairenik et Yeridasart Hayastan, mais aucune de ces traductions n'est devenue un livre. Celles-ci parurent en 1918, après la version feuilleton publiée dans les journaux du groupe Hearst et non après l'ouvrage, dont la première édition date de décembre 1918. (24) D'autres traductions paraîtront sous forme d'ouvrage, beaucoup plus tard, dans les années 1960 (en arménien occidental) et 1990 (en arménien oriental). (25)

La seconde édition des mémoires semble avoir été simultanément rééditée et traduite en espagnol, les deux publications étant éditées en 1919 par l'International Copyright Bureau, une agence littéraire, basée à New York. La traduction espagnole a pour titre Armenia arrasada. Subasta de almas. El relato de Aurora Mardiganian, la joven cristiana, superviviente de las terribles matanzas [L'Arménie rasée. Ames à l'encan. L'histoire d'Aurora Mardiganian, jeune chrétienne, survivante des terribles massacres]. (26) Le titre fait l'objet d'un changement subtil : alors que l'anglais ravished présente une double signification ("violée," selon l'usage de l'époque, aujourd'hui démodé, ou "endommagée et spoliée," démodé lui aussi), l'espagnol arrasada, aux résonnances similaires, signifie clairement "rasée" ou "détruite," sans la moindre connotation sexuelle.              

Une traduction espagnole d'un ouvrage anglais, en dehors de l'Espagne et de l'Amérique du Sud, n'est pas un événement surprenant, fut-ce il y a un siècle. Il existe des précédents de traductions espagnoles d'ouvrages français, publiées à Paris. Pour autant que l'on sache, il s'agissait, en fait, de la troisième traduction sur ce sujet en espagnol. Les deux traductions précédentes, portant sur ce thème - Atrocities in Armenia (1916), d'Arnold Toynbee (27) et Martyred Armenia (1918), de Faiz-el-Ghusein (28) - furent publiées en Grande-Bretagne.

Le film parvint en Amérique Latine et fut projeté au Mexique, à Cuba et en Argentine. (29) Son titre, Subasta de almas o Armenia arrasada, est une combinaison des deux titres en espagnol du livre. Il fut présenté en première au cinéma Callao de Buenos Aires, le 1er septembre 1920. Des annonces parurent dans les quotidiens La Nación et La Razón, et il y en eut probablement d'autres. Après le titre du film, la publicité, parue dans La Nación, cite un long paragraphe extrait du livre - la scène où une jeune blonde s'offre aux soldats, en vain, pour tenter de sauver sa mère - suivi d'une image d'une femme crucifiée (laissant entendre qu'il s'agit de la jeune fille) et de cette conclusion : "Aurora Mardiganian, jeune chrétienne survivante, parmi tant de femmes sans défense, raconte des scènes comme celle-ci, dont le public pourra prendre connaissance en voyant ce film..." (30) Une annonce, parue dans un autre journal, La Razón, publiée la veille de la première, souligne que le film est une "œuvre cinématographique remarquable, qui relate la triste histoire d'Aurora Mardiganian, jeune chrétienne, sauvée par miracle de la mort, qui dans le livre Ames à l'encan, dédié à tous les parents, déclare (...)." La même image de la femme crucifiée est intercalée, avec une citation extraite des mémoires, une note sur le cinéma et la date de sortie, rappelant que le film a été présenté en première à New York au prix de 10 dollars le ticket et que Mardiganian en personne est le personnage principal. Le nom du réalisateur du film, Manuel Sáenz, et son adresse, sont aussi communiqués. (31)

Malheureusement, nous savons peu de choses sur les échos du film. En outre, aucun journal arménien ne fait état d'une quelconque réaction émanant de la communauté. La Nación, après avoir donné un résumé du film dans sa rubrique sur les nouveaux films, conclut avant la première : "Il s'agit là d'un récit sur des faits authentiques, qui servent d'intrigue à toute l'histoire de l'Arménie. Et c'est au regard de cela que ce film doit être apprécié. A travers ses scènes, ses épisodes variés, il convient de voir le déroulement d'un document, qui est la protestation d'un peuple opprimé." (32)

Les épreuves du film étaient toujours disponibles en 1926, lorsque la section de Buenos Aires de l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance organisa une projection. (33) Le compte rendu de son conseil d'administration du 21 juillet 1926 déclare : "Bien que le conseil d'administration ait décidé d'organiser la représentation d'une pièce, il a décidé, en l'absence d'un scénario approprié, de prendre contact avec un cinéma, afin d'y projeter deux films inspirés de l'Arménie : Mademoiselle Archalous [sic] Mardiganian et Orient." Le compte rendu ne précise pas qui les possédait. Après plusieurs recherches, ils trouvèrent finalement un cinéma dans le quartier de Boca, le Teatro José Verdi, très proche des zones de la ville peuplées d'Arméniens, et ils louèrent les deux films, Subasta de almas (60 pesos) et El Oriente (80 pesos); le titre et l'origine de ce dernier, ainsi que son lien concret avec les thèmes arméniens, sont inconnus. Le compte rendu du 29 septembre précise : "Ces deux films étant tristes, il a été décidé d'en louer un autre, comique." La projection fut programmée au 24 octobre et 800 tickets furent proposés à la vente.

Malheureusement, nous ne disposons d'aucune autre information sur cet événement, ni sur les réactions du public; quelques journaux éphémères ont existé au sein de la communauté entre 1922 et 1925, mais 1926 marqua un tournant dans l'histoire de la presse. A l'époque, la communauté arméno-argentine, contrairement à son homologue nord-américaine en 1919-1920, se composait essentiellement de nouveaux arrivants qui, après avoir subi le génocide, avaient fui soit les massacres de Cilicie en 1920-21 ou la catastrophe de Smyrne de 1922. L'hebdomadaire argentin Caras y Caretas écrit en 1923 qu'ils "ne parlent que de guerre, de crimes, d'incendies, de déportations, d'assassinats politiques, de la mort d'Enver Bey ou de Talaat Pacha... et font de ces sujets sensibles leur conversation favorite, pendant que leurs enfants s'amusent à jouer à l'incendio [incendie], dans un recoin de la maison." (34)

The Despoiler [Le Spoliateur] et Châtiment

Dans un ouvrage consacré au 100ème anniversaire du premier film arménien, Bakhchinyan attire l'attention sur The Despoiler, un film du réalisateur américain Reginald Barker (1886-1945), sur un scénario de J. G. Hawke et du célèbre acteur-metteur en scène-scénariste et producteur Thomas H. Ince (1882-1924), "qui reflète les événements et les épisodes tragiques de la résistance arménienne" et dont les scènes "ont lieu à la frontière turco-arménienne." Il fut tourné en août-octobre 1915 et lancé par la Triangle Film Corporation aux Etats-Unis, le 15 décembre de la même année. (35) Ce film a une histoire des plus fascinante et troublante, qui n'a pas été entièrement clarifiée.

The Despoiler (enregistré aussi sous le titre War's Women) a une tonalité pacifiste, à l'instar de Civilization, cet important film antimilitariste d'Ince (1916), qu'il codirigea avec Barker et d'autres. (36) Dès le début, il connut des problèmes avec la censure : dix jours après sa sortie, le 24 décembre 1915, George H. Bell, commissaire au New York Department of Licenses [Bureau des Autorisations de la ville de New York], jugea le film "indécent, immoral, contraire au bien-être public et ne convenant pas à un cinéma conventionné." (37) Les projections s'arrêtèrent fin janvier 1916; le film fut vendu à la Fulton Feature Film Corporation (une filiale du Triangle), produit à nouveau, début 1917, dans une version revue, suite à une ordonnance du Tribunal de l'Etat de New York, pour cause d'immoralité, puis lancé à nouveau, en janvier 1920, sous le titre The Awakening [Le Réveil]. Barker s'imposa comme un cinéaste audacieux : "War's Women fut, de fait, interdit, du fait de l'image qu'il donnait du sexe et de la sexualité, mais il s'agissait tout autant d'un film adressant un message sur la libération de la femme et les libertés sociales, politiques et culturelles à venir, que d'une œuvre uniquement destinée à titiller." (38) Néanmoins, le scénario ne montre aucun lien avec l'Arménie. Dans une Europe déchirée par la guerre, le colonel Damien (Charles K. French) s'empare d'une ville ennemie et l'émir de Balkanie (Frank Keenan), qui commande les troupes autochtones à son service, menace de lâcher ses hommes sur les femmes, qui se trouvent dans l'abbaye locale, afin de convaincre les soldats vaincus de renoncer à de l'argent mal acquis. Damien donne aux hommes capturés une date butoir pour ce paiement et s'endort dans un fauteuil. Entre temps, l'émir se rend à l'abbaye, où Sylvia (Enid Markey), la fille du colonel, réside clandestinement. Il lui propose de libérer les autres femmes en échange de ses faveurs sexuelles, mais celle-ci l'abat, après avoir accédé à sa demande. Lorsque Damien découvre le cadavre de l'émir, il ordonne que l'assassin soit mis à mort. Voilée, Sylvia est promptement exécutée. Le colonel est dévasté par le chagrin, une fois son corps identifié. Finalement, il se réveille de son fauteuil et, comprenant que cette tragédie n'est qu'un songe, ordonne à ses troupes de laisser la ville en paix. (39)

Le lien avec l'Arménie apparaît dans la version française du film, Châtiment, lancé à Paris le 18 mai 1917. Thomas Ince est présenté comme le réalisateur, ce qui arrivait fréquemment avec les films qu'il produisait. Le critique de l'hebdomadaire La Rampe écrit : "Châtiment d'Ince est un film superbe et poignant. Ince, un grand artiste, donne à nouveau sa mesure. Il faut voir Châtiment, qui représente admirablement les persécutions arméniennes et montre le risque pris par les Boches à exciter de viles passions parmi les Kurdes." (40) L'hebdomadaire spécialisé Ciné pour tous, dans un long article sur les productions de la Triangle Film Corporation, présente en 1921 Châtiment comme un film à thèse, écrivant : "Les situations sont d'une rare puissance et, comme toujours, les nombreuses notes psychologiques, en marge de l'intrigue, font de Châtiment beaucoup plus qu'un drame à succès." (41)                               

L'on ignore comment et où le film changea de cadre et d'intrigue. L'unique exemplaire disponible de The Despoiler, plus court que l'original américain et avec quelques déperditions, fut restauré par la Cinémathèque Française en 2010 (une bande-annonce est accessible sur son site internet). Le fait que le film soit muet permit de modifier le montage et les cadres. C'est ainsi que l'original américain, situé dans une région européenne imaginaire, et dont le coupable principal était un colonel au vague patronyme français, est transformé en un film réaliste de propagande antiallemande. Les troupes kurdes de Khan Ouardaliah, dirigées par le colonel allemand Franz von Werfel, opèrent à la frontière turco-arménienne. Les deux bandits entrent en Arménie et terrorisent Kerouassi. Les femmes et les enfants se réfugient dans une abbaye, tandis que les notables de la ville sont arrêtés; s'ils ne livrent pas leurs biens et leurs propriétés, leurs femmes et leurs enfants seront emmenés en captivité. Béatrice, la fille du colonel, qui recherche son père, gagne elle aussi l'abbaye. Le chantage est sans résultat et von Werfel abandonne l'abbaye, déclenchant la fureur d'Ouardaliah, qui convoite Béatrice. La jeune fille accepte de se livrer au khan, à condition que ses compagnons d'infortune soient épargnés. Après ce terrible sacrifice, la jeune fille, à demi-folle, tue son bourreau endormi avec son arme. Von Werfel envoie la meurtrière au peloton d'exécution, sans réaliser qu'il s'agit de sa propre fille. Se sentant profondément coupable, il épargne la malheureuse et conduit ses mercenaires ailleurs. (42)

Ironie de l'histoire, le nom du colonel allemand ressemble à celui de Franz Werfel, l'auteur des Quarante Jours du Musa Dagh, qui fut soldat dans l'armée autrichienne, durant la guerre. Mais la coïncidence s'arrête là.

Le spécialiste du cinéma Marc Verret a récemment fait observer : "Quoi qu'il en soit, il ne semble pas que le distributeur français de Châtiment ait eu la possibilité de retravailler le matériau de 1915 pour l'actualiser; il est bien plus probable que la version française de 1917 dérive, en fait, de la version américaine de 1917, suite au retrait de janvier 1917 et au moment de l'entrée en guerre des Etats-Unis, en avril 1917. Au fond, la version de 1917, américaine et française, se contente d'effacer un peu l'autocensure de 1915 (le flou des lieux, des patronymes, et les agissements du personnage principal, qui ne sont que des rêves), maintenant une censure imposée (la scène jugée blasphématoire)." (43)

Le film vit son titre et son contenu modifiés pour son exploitation commerciale en France; il n'est pas prouvé, apparemment, que l'original américain ait, lui aussi, changé d'intrigue, lors de sa rediffusion sous le titre The Awakening, en 1920. Il illustre un parallèle remarquable avec le sort de Ravished Armenia, qui changea parfois de titre et de présentation en France, entre 1920 et 1925.

Le martyre d'un peuple

La première image du fragment subsistant de Ravished Armenia compose un puzzle, qui ne fait sens que pour les lecteurs de l'arménien : le titre suit l'orthographe arménienne soviétique et n'a rien à voir avec le film d'origine. Il s'agit là d'un rappel silencieux de l'endroit où ces fragments furent découverts : Erevan. L'histoire déroule un fil long et fascinant.           

En octobre 1988, le mensuel arménien soviétique Sovetakan Hayastan (1945-1989), une publication destinée à la diaspora arménienne et conçue par le Comité aux Relations Culturelles avec les Arméniens de l'Etranger, sous l'égide de l'Etat, publie un article de Gevork Mirzoyan dans sa rubrique "A l'abri de la mère-patrie," qui comprend des récits de rapatriés, qui ont refait leur vie et réussi. Il présente Yervant Sétian (1907-1997), un survivant du Medz Yeghern, né à Adapazar, qui travailla comme caméraman à Marseille, en France, avant de s'établir en Arménie, lors du rapatriement, après la Seconde Guerre mondiale, et où il poursuivit sa carrière dans les studios Armenfilm, trente années durant, inscrit au générique de films populaires, tels que Aurore Boréale, Je sais personnellement, Pourquoi la rivière fait du bruit. Les citations qui suivent sont extraites, mot pour mot, de la traduction, qui parut simultanément dans les résumés en anglais et en espagnol de Sovetakan Hayastan - et probablement aussi dans d'autres langues - dans Kroonk. Cette publication anglaise comprend une photographie de Sétian à un âge avancé, ainsi qu'une image de lui en 1945, en train de filmer l'inauguration de la statue du général Antranig, au cimetière parisien du Père Lachaise.

Durant l'été 1925, Sétian, alors âgé de 18 ans, visionne un film intitulé Le martyre d'un peuple, dans un cinéma de Marseille. "Au son grave d'un piano, des scènes des déportations arméniennes et des atrocités sans précédent, auxquels ils furent soumis, furent projetées à l'écran. Dans la salle, le film souleva l'indignation du public. Non seulement les Arméniens, mais aussi les étrangers, éclatèrent en larmes et s'emportèrent, protestant avec vigueur contre les perpétrateurs de ce massacre," écrit Mirzoyan. Il cite Sétian : "Je fus envahi d'une volonté de revanche, qui [m']attacha encore plus au cinéma. Je décidai définitivement de devenir cameraman." (44)        

Entre temps, la compagnie des Films du Chat Noir organisa deux projections, les 11 et 18 mai 1928, au cinéma Omnia-Pathé, à Paris. Elles comprenaient les films Poupée de Vienne et Le martyre d'un peuple. (45) Le siège de cette société de production et de distribution se trouvait dans le 10ème arrondissement de Paris, un quartier alors à forte population arménienne; elle quitta ensuite le 44 rue de l'Echiquier pour le second étage du 5 rue des Petites-Ecuries, le 15 septembre 1926. (46) Ses directeurs étaient MM. Desmet et Malbrancke, qui s'étaient acquis une solide réputation et qui représentaient six sociétés de production, dont les Films du Chat Noir. (47) Elle est enregistrée à la même adresse en 1931, avec d'autres producteurs, loueurs, distributeurs et agents français. (48)

Néanmoins, de même que l'intrigue et le lieu de The Despoiler avaient changé, des Etats-Unis vers la France, l'intrigue et le lieu du Martyre d'un peuple changeront en France, comme en témoigne le commentaire paru dans Les Spectacles. Les Arméniens sont remplacés par des populations des Balkans, dans les projections proposées à Paris :

"Nous sommes ici en présence d'une évocation grandiose de ces temps troublés, où les peuples des Balkans se combattaient, au profit d'un troisième voisin qui, pendant ce temps, s'accaparait les richesses d'une population en guerre.   

Nous assistons dans ce Martyre d'un peuple aux massacres qui, malheureusement, ont ensanglanté l'Europe orientale, en pleine guerre mondiale. Il y a là des documents authentiques, patiemment rassemblés ou parfois reconstitués, d'après les rapports des ambassades.

Il faut voir cette misère poignante, les épreuves, qu'ont enduré tout un peuple affamé, mourant de soif, dont les foyers furent pillés, les femmes enlevées et les jeunes filles affreusement torturées, lors de ce déchaînement, tandis que les petits enfants parsemaient de leurs corps une route atroce, faite d'exil et d'esclavage.

Tous les épisodes de cette terrible tragédie se retrouvent dans cette production au réalisme affreux, que les Films du Chat Noir peuvent être fiers de posséder, afin de montrer à ceux qui veulent la paix toutes les horreurs sans nom, qui se sont produites dans des pays lointains, où il semble que la civilisation devrait moins semer des ferments de haine et davantage de bonheur aux gens de bonne volonté." (49)

Nous avons affaire ici à un puzzle. Etant donné que Sétian a vu en 1925 dans Le martyre d'un peuple une production liée à l'Arménie, nous découvrons qu'elle est transformée en un film non arménien en 1928 et, quelques mois plus tard, elle devient à nouveau un film à thématique arménienne. Le journal Aztag de Beyrouth, en janvier 1929, annonce la projection de Մարտիրոս ժողովուրդ մը [Martiros zhogovourd me, Un peuple martyr] au cinéma El Dorado de Marseille, basé sur les témoignages de James Bryce et Henry Morgenthau, et "d'après le témoignage d'une Arménienne, qui a survécu aux déportations." Ce court article note l'absence d'identification des perpétrateurs, comme des victimes. (50) Abaka, autre journal arménien basé à Paris, écrit en février 1929, probablement après une autre projection, que le film "est un calvaire, l'assemblage cumulé et enrichi de scènes terribles, extraites de la Vie des Saints ou d'un Synaxarion [martyrologue - NdT]. C'est une véritable souffrance pour un Arménien que d'y assister, et un étranger pourrait se demander comment un peuple a permis qu'une telle sauvagerie puisse être mise en œuvre contre lui, ses femmes et ses enfants." (51)

Yervant Sétian, surnommé Ciné Seto, tourna ensuite plusieurs documentaires liés à la vie de la communauté arménienne en France, durant les années 1930, dont Portraits de scientifiques arméniens, Monument à l'Arménie, la consécration d'une église arménienne à Marseille, les funérailles de Mikayel Varandian, intellectuel de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (F.R.A.), le départ de 800 rapatriés pour l'Arménie, et autres. (52) Le cinéma muet appartenait déjà à l'histoire, lorsqu'il tomba sur une copie du Martyre d'un peuple : "J'allais à l'exposition cinématographique, organisé à Paris, chaque année en février, et en 1938, comme d'habitude, je me trouvais là. Après avoir visité l'exposition, j'ai contacté la société de George Miller. Il m'accueillit chaleureusement et me dit : "M. Sétian, je dois vous informer d'un film intéressant, consacré à la vie arménienne ou, pour être plus précis, à la tragédie arménienne de 1915. Je crois que vous l'avez vu, il s'appelle Le martyre d'une nation et a été tourné en Angleterre."   
Je répondis à Miller que je l'avais vu en 1925 et je lui demandai de m'accorder une projection. Les lumières s'éteignirent et je vis les scènes, que j'avais vues, plusieurs années auparavant. Après la projection, Miller m'apprit qu'il était tombé sur ce film, en remettant en ordre l'ancienne cinémathèque. Il s'était souvenu de moi. George mentionna le prix, qui représentait une grosse somme pour cette époque, mais impossible de marchander avec Miller. Je ne possédais pas la somme requise, mais je luis dis que je l'achèterais, quelques jours plus tard. Un tel trésor ne pouvait être perdu. J'ai emprunté l'argent auprès d'un ami parisien et, deux jours après, j'étais à nouveau avec George. Il m'apprit qu'il n'avait pas le droit de diffuser le film et qu'en conséquence, celui-ci ne pouvait être montré qu'en privé, sur invitation. Il me conseilla de faire une copie 16 millimètres de celle en 35 millimètres, de changer le titre et d'opérer quelques changements dans la structure du film. J'ai remercié George et je lui ai demandé de me donner une brochure du film. Une semaine plus tard, il me remit une photocopie d'une brochure, provenant de ses archives, sur la couverture de laquelle on pouvait voir le logo des studios anglais du Chat Noir, suivi de la mention : Martyrdom of a Nation - the greatest tragedy in history [Le martyre d'une nation, ou la plus grande tragédie de l'histoire], et au-dessous : 'Ce film s'inspire du témoignage documenté d'Eliza Kreterian, une des survivantes de la tragédie vécue par cent mille jeunes Arméniennes, ainsi que de celui du Révérend Père Rouben et du 1er vicomte James Bryce d'Angleterre.' Les pages intérieures contenaient quatre photos extraites du film. Ni le nom du réalisateur, ni celui du caméraman n'étaient mentionnés. Sur la dernière page, seul le logo du studio était imprimé." (53)      

L'original arménien de l'article livre la traduction correcte du titre original du film en français (Մի ժողովրդի մարտիրոսութիւնը, Le Martyre d'un peuple). Sétian n'indique nulle part s'il a changé le titre ou la structure du film, comme le lui avait conseillé Miller, ni s'il l'a montré en France. La guerre et l'occupation allemande l'en ont probablement empêché.

L'article de Mirzoyan dans Sovetakan Hayastan inclut une reproduction de la couverture de la brochure française, absente de la traduction anglaise, parue dans Kroonk. La note explicative, sous le logo des Films du Chat Noir, montre quelques différences significatives avec la traduction en anglais, à commencer par le nom de la prétendue narratrice. Sétian se livra très probablement à une paraphrase en arménien, plutôt qu'à une traduction textuelle. Cette courte description épèle différemment le nom de la narratrice, affirme qu'elle fut l'unique survivante d'un massacre systématique de jeunes filles (sans identifier leur nationalité), tout en faisant état d'une source supplémentaire :           

LE MARTYRE D'UN PEUPLE

LA PLUS GRANDE TRAGÉDIE DE L'HISTOIRE

Reconstituée d'après les récits de Mlle. Elise Grayterian, seule rescapée des cent mille jeunes femmes massacrées, par les comptes rendus de Vicomte BRYCE, par les documents des Missions et par le rapport du Réverend Père RUPEN. (54)

La confidence de Miller, selon lequel le film fut tourné en Grande-Bretagne, amena Sétian à penser que Bryce usa de son influence, derrière le tournage du film : "Indubitablement, ce n'est que grâce aux efforts d'un grand et influent homme d'Etat que les studios acceptèrent de tourner un tel film, qui est, de fait, d'une importance suprême pour nous, puisque réalisé par une entreprise étrangère, représentant la Grande-Bretagne, qui plus est ! Mais, hélas, il fut trop tôt retiré du marché, ce à quoi l'on ne peut opposer que deux explications : soit le studio reçut une grosse somme d'argent, de la part des Turcs, pour détruire toutes les copies du film, soit les milieux diplomatiques anglais ordonnèrent son retrait. J'étais heureux, néanmoins, d'avoir pu en sauver un exemplaire et l'emmener à bon port en Arménie soviétique.

Mirzoyan conclut : "Yervant Sétian, ainsi que d'autres émigrés franco-arméniens, fut rapatrié en Arménie soviétique en 1947. En amenant ce film et d'autres dans la mère-patrie, il les remit aux archives cinématographiques d'Erevan." (55)

La découverte de Ravished Armenia

L'année 1988 assista à un réveil national avec le début du mouvement pour le Nagorno-Karabagh. Très peu de gens avaient visionné un film en deux parties, qui était censé contenir des images documentaires du génocide. L'unique exemplaire se trouvait aux Archives Cinématographiques d'Erevan, situé dans la zone suburbaine de la ville.

Le spécialiste du cinéma Vladimir Badassian visionna le film en 1988 et lui consacra une étude, trois ans plus tard. Pour des raisons inconnues, il identifia ce film de 20 minutes comme étant Deir-es-Zor, du nom de ce désert syrien, qui fut le lieu final du génocide arménien. Une grande partie de l'information disponible se fonde sur des ouï-dire : "On raconte qu'il existe un film, long de six heures. Je dois dire que je n'y crois guère. Par ailleurs, je n'écarte pas le fait que nous possédons le film en entier, peut-être avec quelques images perdues. Mais je dois dire que rares sont ceux qui soutiennent que ce qui est représenté soit de nature documentaire. Je suis d'avis que même l'œil d'un non-spécialiste réalisera que la plupart des scènes ont été jouées." (56) A la suite de Sétian, Mirzoyan écrit que le film "combine des séquences documentaires avec des récits de témoins, qui ont survécu au génocide." (57)

"L'on estime que le film a été tourné durant la première moitié des années 1920," écrit Badassian (il donne la date de 1926 en titre), "et qu'il se base sur les souvenirs de la jeune fille, que l'on découvre, à la fin, suspendue à une croix;" la photo fut publiée avec l'article. Sétian parle de lui et du film dans le court-métrage de 10 minutes d'Ara Mnatsakanyan, Yervand Setyan, 82ème printemps, produit par le Studio du Film Documentaire Hayk en 1988, mais sans livrer d'autres détails. (58)

En 1947, après son arrivée à Erevan, le caméraman suivit le conseil de Miller et réalisa un montage du Martyre d'un peuple avec des séquences de guerre. Bakhchinyan cite deux prospectus de ce film d'un nouveau genre, que rédigea, selon lui, le caméraman en personne - la langue utilisée est l'arménien occidental - et qui circula probablement parmi les rapatriés; il abordait des questions sensibles pour l'époque : le film "a été produit grâce à l'ambassadeur américain M. Morgenthau et au vicomte Bryce, d'Angleterre," tout en rappelant "les promesses des Alliés et l'histoire des frontières de l'Arménie." Ce genre d'affirmations était sans danger dans la période entre 1945 et 1947, lorsque l'Union Soviétique revendiqua brièvement les territoires de l'Arménie Occidentale, situés actuellement en Turquie. Le réveil national des années 1960 permit la réalisation de films, à la télévision arménienne soviétique, sur le génocide, qui utilisèrent les scènes ayant survécu, à l'instar du film-essai Nous, applaudi par la critique, d'Artavazd Péléchian (1967). (59)        

L'article paru dans Sovetakan Hayastan prouve clairement que Sétian ne soupçonna jamais l'identité véritable du film, qu'il avait acquis en France. D'autre part, Badassian note, à juste titre, que le film n'est pas un documentaire. Le martyre d'un peuple est la copie rebaptisée de Ravished Armenia et "Elise Grayterian" est Aurora Mardiganian. L'on ne pouvait que se demander si cette reconversion s'effectua en Angleterre, où le film fut censuré et commercialisé avec des coupures en 1920. (60)

Un Arménien, venu de l'autre partie du monde, résoudra ce puzzle. Né à Bucarest, en Roumanie, Eduardo Kozanlian émigra en Argentine en 1952, à l'âge de 5 ans, à la suite de la prise du pouvoir par les communistes. Il découvrit un exemplaire de l'ouvrage en espagnol d'Aurora Mardiganian dans la bibliothèque de son père, alors qu'il était lycéen, âgé de 13 ou 14 ans, et se passionna pour ce récit. Des années plus tard, il se mit à collectionner des matériaux liés au livre, au film et à son héroïne.

Il trouvera de l'or durant un voyage en Arménie, en 1994. Un universitaire lui conseilla de s'entretenir avec le directeur des Archives Cinématographiques. Il tomba alors sur le film, que Badassian avait identifié comme étant Deir-es-Zor, mais l'image d'ouverture était différente. Il affichait la date "1915" et le titre, dans une graphie arménienne soviétique, Հայ ժողովրդի ամենամեծ ողբերգությունը [Hay zhoghovrdi amenametz voghberkutyune, La plus grande tragédie du peuple arménien]. Sétian avait, apparemment, mélangé l'original, Le martyre d'un peuple, et la description intitulée La plus grande tragédie de l'histoire, figurant dans la brochure française.        

Les deux minutes et demie, ainsi que les 55 dernières secondes, n'appartiennent pas à l'original. Kozanlian a comparé les 14 minutes restantes avec les images qu'il connaît et qu'il a identifiées comme faisant partie de Ravished Armenia. La scène atroce de fin correspond à l'image publiée dans les journaux argentins de 1920. La coïncidence de cette scène avec la référence d'Aurora Mardiganian à la crucifixion dans l'ouvrage - une version américaine expurgée de la scène d'empalement, comme le précise Slide (61) - confirme avec force que les fragments appartiennent au film, de même que le sien, pour autant que l'on puisse en être certain, constitue le seul témoignage de ce genre, dans la longue bibliographie des mémoires de survivants.  

Il s'avère que la fin du récit de Sétian sur Le martyre d'un peuple n'est pas celle que l'on croyait. Son départ de la France écrivit, de fait, un chapitre nouveau et décisif dans l'odyssée de la copie méconnue de Ravished Armenia, comme l'a découvert Kozanlian, lorsqu'il rendit visite à l'ancien caméraman, âgé de 87 ans, qui vivait avec sa femme et ses deux enfants, et qui décéda le 26 janvier 1997. Il confia à son visiteur : "Je pense que le gouvernement d'Istanbul a payé la société de production pour qu'elle brûle tous les négatifs. Mes bandes sont les seuls vestiges. Seul ce fragment a été conservé." (62)

Le film l'a accompagné, sans jamais arriver à Erevan. Kozanlian donne la version suivante de son sort, dans un entretien, durant un autre voyage en Arménie, en 1999 : "Lorsque Sétian arriva en Arménie, en 1947, il tenta aussi d'apporter ses films. Les services de sécurité ont confisqué la cargaison à Batoumi et ne l'ont pas rendue." (63) De même que la littérature religieuse était systématiquement confisquée, le redouté Ministère de la Sécurité d'Etat (MGB, grand-père du KGB) aurait difficilement autorisé l'entrée de quelque matériel que ce soit, sensible au plan politique, dans le pays.     

Par un ironique coup du sort, la protagoniste presque oubliée de cette recherche sur plusieurs décennies, Aurora Mardiganian, est décédée en 1994, l'année de la découverte du film, sans même avoir eu la consolation de voir son histoire tragique connaître un heureux dénouement. Deux ans après sa mort, Matilde Sánchez, un journaliste de Clarín, le journal le plus lu d'Argentine, écrivit un essai de trois pages sur le film et sa découverte, utilisant des matériaux communiqués par Kozanlian, dans le cadre d'un long débat sur le génocide. Elle observa que l'oubli avait recouvert la trace de Mardiganian, et son paragraphe final témoigne du manque d'information à cette époque, quant à son existence après le film : "La journaliste reconnaît ignorer ce qu'est devenu l'exilée, censée avoir vécu quelques années en Californie, où elle avait une fille [sic !], qui lui ressemblait beaucoup. Mais cette jeune fille, naturellement, portait un autre patronyme." Son avertissement a une tonalité presque comique, lorsqu'on le lit aujourd'hui : "A moins qu'Aurora n'ait été une comédienne, qui se prêta à ce drame, monté par le service de propagande arménienne du [Near East] Relief, afin d'attirer l'attention des citoyens américains et émouvoir le Congrès..." Certaines erreurs factuelles apparaissent : l'article soutient que Sétian identifia réellement Auction of Souls, après avoir vu le film, lorsqu'il l'acheta, bien qu'aucune source n'étaie le fait, et que le film, ainsi que l'autre cargaison, fut volé, lors de son transit, de Batoumi à Erevan. (64) Ces deux allégations figurent dans la synthèse, que l'historienne Barbara J. Merguerian a publié, il y a quelques semaines, dans The Armenian Mirror-Spectator, et qui fut traduite en arménien dans l'hebdomadaire Nor Gyank, disparu depuis, en Californie. (65)

Le revers de la vidéocassette produite au début des années 2000 omet le nom de Kozanlian et ajoute ces affirmations infondées : "[Le film] s'est vraisemblablement perdu dans l'histoire, jusqu'à l'an 2000, où un chercheur de Buenos Aires, en Amérique du Sud, qui depuis des années explore minutieusement chaque piste, afin de retrouver les bandes perdues, a présenté un fragment de 15 minutes, qui a survécu. Il a relaté le sort tragique du film dans les années 1930 et 1940, et comment les bandes restantes de ce film rare, à base de nitrate, ont été en réalité perdues, probablement noyées avec un navire faisant route vers le port de Batoum." (66) Il est clair aujourd'hui que le fragment ne fut pas découvert en 2000 - peut-être l'année où l'éditeur anonyme "découvrit" sa source - tandis que l'hypothèse, jusque là inédite, selon laquelle le film aurait été perdu en mer, en faisant route vers l'Union Soviétique (attribuée à tort à Kozanlian), peut être écartée; cette version élude le problème basique de savoir comment deux fragiles bandes de nitrate auraient survécu au naufrage, tandis que les autres auraient été perdues. (67) Quoi qu'il en soit, la date 2000 est utile en tant que terminus a quo [point de départ], s'agissant de la production de la vidéo.           

Une étude récente de la Bibliothèque du Congrès révèle que sur les 10 919 films muets, produits entre 1912 et 1929 aux Etats-Unis, seuls 3 313 existent encore, y compris ceux incomplets. Les raisons invoquées sont soit la perte complète de la valeur matérielle, à l'avènement du cinéma parlant (les studios vidèrent leurs réserves et éliminèrent leur source première de richesse) ou la destruction par dégradation des matériaux. (68) Rien d'extraordinaire, semble-t-il, dans la perte totale de Ravished Armenia; l'acte criminel - une intervention directe ou indirecte de la Turquie - continue de relever de la spéculation. "Mais, de même que l'histoire peut être revue et réécrite, de même des films peuvent être restaurés et redécouverts," écrivait Slide en 1997. "Il reste peut-être un espoir de voir ressurgir la version filmée de Ravished Armenia." (69) Des découvertes inattendues ont stupéfié les passionnés de cinéma muet, ces dernières années, comme le tout premier film de Mary Pickford, retrouvé dans le grenier d'une grange, dans le New Hampshire, en 2006 (70); une copie intégrale de Metropolis, de Fritz Lang, découverte au Musée du Cinéma de Buenos Aires, avec trois autres films muets américains et un autre soviétique, en 2008 (71), ainsi que 75 films muets américains, provenant de Nouvelle-Zélande, en 2009 (72). Il n'est donc pas incongru de penser que la version manquante, intégrale, de Ravished Armenia - sous un autre nom, peut-être - mord peut-être la poussière dans quelque recoin oublié sur le continent américain, à Wellington, à Buenos Aires, ou quelque autre endroit dans ce vaste, et pourtant petit, monde. Le temps incite à donner foi à cette opinion et des ailes à l'espoir.  

Sources

1. Anthony Slide (éd.), Ravished Armenia and the Story of Aurora Mardiganian, Lanham (Md.) and London : Scarecrow Press, 1997, p. 17.
2. Rapport spécial du National Board of Review of Motion Pictures [Office National de Contrôle des Films], 25 janvier 1919 (voir la photographie in http://www.genocide-museum.am/eng/online_exhibition_6.php).
3. Mark A. Kalustian, "Ravished Armenia: The Auction of Souls," The Armenian Mirror-Spectator, 7 nov. 1987 (voir idem, Did You Know That ... ? : A Collection of Armenian Sketches, Arlington (Mass.): Armenian Culture Foundation, 2004, p. 140-145).
4. Aurora Mardiganian, Subasta de almas, Buenos Aires: Akian Gráfica Editora, 1999. Pour le texte de la préface non publiée, voir Eduardo Kozanlian, "A propósito del libro Subasta de almas," Armenia, 19 mai 1999. Il existe aussi des traductions en arménien occidental (idem, "Hoginerou achourd' girki masin," traduit par Vartan Matiossian, Haratch, 24 juin 1999) et oriental (idem, "Hogineri achourd' gerki artiv," Yerkir, 19 août 2000).
5. Slide, Ravished Armenia and the Story, p. 17.
6. Goldberg écrivit à Kozanlian, le 14 septembre 1999 : "Suite à notre entretien, je vous écris pour vous demander l'autorisation d'utiliser votre extrait du film Ravished Armenia, mettant en scène Aurora Mardiganian. Nous aimerions utiliser cet extrait dans notre documentaire sur les Arméno-Américains. (...) Nous vous citerons, ainsi que toutes les organisations auxquelles vous êtes affilié, en fin de programme." (Archives personnelles d'Eduardo Kozanlian, Buenos Aires).   
8. Aurora Mardiganian, Subasta de almas, Buenos Aires: Arvest Ediciones, 2011. Contient : Aurora Mardiganian, "Subasta de almas"; Artsvi Bakhchinian, "El Genocidio Armenio en el cine," traduit par Vartan Matiossian; Sergio Kniasian, "Un investigador de Argentina descubre el film."
9. Voir aussi Eugene L. Taylor et Abraham D. Krikorian, "'Ravished Armenia: Revisited:' Some Additions to 'A Brief Assessment of the Ravished Armenia Marquee Poster'," Journal of the Society for Armenian Studies, 2, 2010, p. 187. J'aimerais remercier Eduardo Kozanlian, Marc Mamigonian, Artsvi Bakhchinyan et Sergio Kniasian, pour m'avoir communiqué des informations et des sources, en vue de la rédaction de cet article.   
10. Artsvi Bakhchinyan, Hayere hamashkharhayin kinoyoum [Les Arméniens dans le cinéma mondial], Erevan: Editions du Musée de Littérature et d'Art, 2003, p. 47. L'article mentionné dans la note 8 est une traduction espagnole des pages 41-50 de cet ouvrage.
11. "'Ravished Armenia' in Film," The New York Times, 15 février 1919.
12. Motion Picture News, 5 juillet 1919.
13. "Hay gaghtakanoutioun" [Communauté arménienne], Gotchnag Hayastani, 7 juillet 1919, p. 872.
14. A titre d'exemple, en octobre 1919, Armin T. Wegner donna des conférences à Berlin, illustrées par un diaporama de ses photographies du génocide (Sybil Milton, "Armin T. Wegner: Polemicist for Armenian and Jewish Human Rights," Armenian Review, Winter 1989, p. 24).
15. Le texte se réfère au fait que les mémoires parurent sous forme de feuilleton dans le New York American, un journal du matin, publié par William Randolph Hearst, entre 1895 et 1937. Cette année-là, il fusionna avec son journal du soir, le New York Evening Journal, pour devenir le New York Journal-American (1937-1966).
16. Vahan Tchoukasezian, "'Ravished Armenia'n" [Ravished Armenia], Yeritasard Hayastan, 14 mai 1919.
17. Anthony Slide, Early American Cinema, nouvelle édition revue, Lanham (Md.) et Londres: Scarecrow Press, 1994, p. 214. Mardiganian apparaît aussi dans The Armenian Case (1975), de J. Michael Hagopian et fut interviewée dans le cadre du Projet d'Histoire Orale de l'Institut Zoryan dans les années 1980.
18. Moosheg Vaygouney, promotion 1904 de l'Université de Californie, vécut à Berkeley ("Directory of Older Alumni," The Journal of Agriculture of the University of California, April 1917, p. 269).
19. Teghehagir Hay Azgayin Miutian Amerikayi 1917-1921 [Rapport de l'Union Nationale Arménienne d'Amérique 1917-1921] (Boston: Azg-Pahak, 1922), p. 40.
20. Karekin Boyajian, "Der ke shahagortzvi hay pative" [L'honneur arménien est encore exploité], Hairenik, 26 avril 1921, cité in Bakhchinyan, Hayere, p. 49.
21. Voir Artsvi Bakhchinyan, Armenian Cinema-100: The Early History of Armenian Cinema (1895 to mid-1920s), traduit par Vartan Matiossian et Susanna Mkrtchyan, Erevan: Académie du Cinéma National Arménien et Union des Cinéastes d'Arménie, 2012, p. 143-146.
22. Shushan Avagyan, "Becoming Aurora: Translating the Story of Arshaluys Mardiganian," Dissidences, vol. 4, n° 8, article 13
23. Slide, Ravished Armenia and the Story, p. 3.
24. Le droit d'auteur fut enregistré le 28 décembre 1918 (Catalog of Copyright Entries for the Year 1919, Washington, D.C.: Government Printing Office, 1919, p. 21).
25. H. L. Gates (éditeur), Hoginerou achurde. Metz Yeghernen veraprogh hayouhi Orora Martikaniani vaverakan patmoutioun [Ames à l'encan: L'histoire authentique d'Aurora Mardiganian, une Arménienne survivante du Medz Yeghern], traduit par Mardiros Kouchakdjian, Beyrouth: Zartonk, 1965 (préalablement publié sous forme de feuilleton dans le quotidien Zartonk); Hoshotvatz Hayastan. Ays patmoutioun Metz Yeghernitz hrashkov prkvatz mi hay aghchka masin e [Ravished Armenia : L'histoire d'une jeune Arménienne, miraculeusement sauvée du Medz Yeghern], traduit par Gurgen Sargsyan, Los Angeles: publié à compte d'auteur, 1995. Il est à noter que ces deux traductions modernes utilisent l'expression Medz Yeghern pour traduire les "Grand Massacres" de l'original ("The Christian Girl Who Lived Through the Great Massacres"/"The Christian Girl Who Survived the Great Massacres").
26. Armenia arrasada. Subasta de almas. El relato de Aurora Mardiganian, la joven cristiana, superviviente de las terribles matanzas, translated by J. R. López Sena, New York: International Copyright Bureau, 1919.
27. Atrocidades en Armenia. El exterminio de una nación, Edinburgh, London et New York: Thomas Melson and Sons, [s.d.]. Pour la date 1916, voir Jean-Pierre Alem, Armenia, traduit par Narciso Binayan, Buenos Aires: Eudeba, 1963, p. 118.
28. Fa'iz-el-Ghusein, Armenia sacrificada, London: Oxford University Press, 1918. Sur cette traduction espagnole inconnue (un microfilm du livre est consultable à la New York Public Library), voir Vartan Matiossian, "'Armenia sacrificada', de Fa'iz el-Ghusein. Un testimonio árabe y su desconocida traducción castellana," in Nélida Boulgourdjian-Toufeksian, Juan Carlos Toufeksian et Carlos Alemian (éd.), Genocidios del siglo XX y formas de la negación. Actas del III Encuentro sobre Genocidio, Buenos Aires: Centro Armenio, 2002, p. 277-291.
30. La Nación, 29 août 1920.
31. La Razón, 31 août 1920.
32. "Los principales estrenos locales," La Nación, 29 août 1920.
33. Voir les comptes rendus de la section de Buenos Aires de l'Union Générale Arménienne de Bienfaisance, 21 juillet - 29 septembre 1926 (en arménien).
34. Baltasar de Laón, "Las familias armenias evadidas de Constantinopla al entrar en ella las tropas de Kemal bajá llegan a nuestro país," Caras y Caretas, 10 février 1923, où une photographie illustre l'article.      
35. Bakhchinyan, Armenian Cinema-100, p. 100-101. Faisant écho à la tragédie arménienne, The Despoiler fut précédé par deux longs métrages russes, Orient sanglant (A. Arkadov, produit en février 1915) et Sous le joug kurde (alias La Tragédie de l'Arménie turque, A. I. Minervin, produit en octobre 1915), dont il ne subsiste aucune copie (idem, Hayere, p. 42).
36. Brian Taves, Thomas Ince: Hollywood's Independent Pioneer, Lexington (KY): The University Press of Kentucky, 2012, p. 100.
38. Ian Scott, "'Don't Be Frightened Dear... This Is Hollywood': British Filmmakers in Early American Cinema," European Journal of American Studies [en ligne], Special issue 2010, document 5, paragraphe 16.
40. Henri Diamant-Berger, "Les films à voir," La Rampe, 17 mai 1917.
41. "Une date dans l'histoire du cinéma: la production Triangle 1915 1916 1917," Ciné pour tous, 3 juin 1921, p. 8-10.
43. Marc Vernet, "Vite, mettre en scène un génocide : The Despoiler, Reginald Barker 1915," Ecrire l'histoire, n° 12, Automne 2013, p. 74 (voir http://cinemarchives.hypotheses.org/1533).
44. Gevork Mirzoyan, "A Spirit of Perennial Youth," Kroonk, 10, 1988, p. 21.
45. "Les présentations prochaines," Les Spectacles, 11 mai 1928, p. 12; "Les présentations prochaines," Les spectacles, 18 mai 1928, p. 13.
46.  Voir l'annonce dans Cinémagazine, 10 septembre 1926.
47.  "Un choix heureux," Les spectacles, 2 septembre 1927, p. 5.
48. Kinematograph Year Book, London: Kinematograph Publications Ltd., 1931, p. 27.
49. "Les présentations," Les spectacles, 25 mai 1928, p. 2.
50. "Haykakan taragroutiants filme" [Le film sur les déportations arméniennes], Aztag, 19 janvier 1929.
51. Abaka, 23 février 1919, cité in Bakhchinyan, Hayere, p. 48.
52. Bakhchinyan, Hayere, p. 312.
53. Mirzoyan, "A Spirit," p. 22.
54. Gevorg Mirzoyan, "Vogin tchi tzeranoum" [L'esprit ne vieillit pas], mensuel Sovetakan Hayastan, 10, 1988, p. 34. L'identité du "Révérend Père Roupen" demeure inconnue.
55. Mirzoyan, "A Spirit," p. 23.
56. Vladimir Badassian, "Der Zor (1926 t.)" [Deir-es-Zor, 1926], Kino, 8, 1991.
57. Mirzoyan, " A Spirit," p. 23.
58. Badassian, "Deir-es-Zor."
59. Bakhchinyan, Hayere, p. 48.
60. "British Drop Film Ban," The New York Times, 21 janvier 1920.
61. Slide (éd.), Ravished Armenia and the Story, p. 6.
62. Matilde Sánchez, "Imágenes mudas de Armenia," Clarín, 21 avril 1996. Voir Eduardo Kozanlian, "Los ojos de Cine Seto," Armenia, 14 oct. 1998, pour un aperçu biographique de Sétian et des souvenirs personnels.
63. Artsvi Bakhchinyan, "Hartsazruyts Eduardo Gozanliani het" [Entretien avec Eduardo Kozanlian], Yeter, 17 novembre 1999.
64. Sánchez, "Imágenes mudas." Pour un aperçu sur la découverte du film, voir Narciso Binayan Carmona, Entre el pasado y el futuro: los armenios en la Argentina, Buenos Aires: publié à compte d'auteur, 1997, p. 284.
65. Voir Barbara J. Merguerian, "'Ravished Armenia' Revisited," The Armenian Mirror-Spectator, 1er juin 1996 (traduction arménienne : idem, "Ravished Armenia," Nor Gyank, 18 juillet 1996).
66. Pour une présentation de la jaquette et une rapide analyse de la vidéocassette et du DVD, voir Taylor et Krikorian, "'Ravished Armenia': Revisited," p. 187-189, auquel nous devons l'identification de l'auteur de la musique. L'on ignore si le DVD a repris la vidéocassette ou l'une des copies de Kozanlian.
67. Voir aussi l'exposition en ligne sur Ravished Armenia par le Musée-Institut du Génocide Arménien en Arménie, téléchargé en 2009, qui reconnaît le rôle de Kozanlian (http://www.genocide-museum.am/eng/online_exhibition_6.php).
68. Nick Allen, "Thousands of silent Hollywood films lost forever," The Telegraph, 5 décembre 2013.
69. Slide, Ravished Armenia, p. 17.
70. Holly Ramer, "Mary Pickford Film 'Their First Understanding' Found in Barn Is Restored," Huffington Post, 24 sept. 2013.
71. Larry Rohter, "Footage Restored to Fritz Lang's 'Metropolis,'" The New York Times, 5 mai 2010.
72. Dave Kehr, "Long-Lost Silent Films Return to America," The New York Times, 7 juin 2010.

[Né à Montevideo (Uruguay) et ayant longtemps résidé à Buenos Aires (Argentine), le docteur Vartan Matiossian, historien, spécialiste de littérature, traducteur et enseignant, vit dans le New Jersey. Il a publié six ouvrages sur l'histoire et la littérature arméniennes (cinq en arménien et un en espagnol), ainsi que de nombreux articles en arménien, en espagnol et en anglais. Il est actuellement directeur exécutif de l'Armenian National Education Committee [Comité National Arménien à l'Education] et critique littéraire pour Armenian Review.]

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Traduction : © Georges Festa - 10/2014