vendredi 7 novembre 2014

Fatih Akin - The Cut / Forum des Images (Paris)



© Bombero International, Corazón International, International Traders, Jordan Films, Pandora Filmproduktion, 2014


Nous sommes tous Nazareth Manoogian


Projeté en avant-première en France, ce vendredi 7 novembre 2014, sous l'égide du Forum des Images, en présence de Fatih Akin, réalisateur, de Tahar Rahim, Simon Abkarian et de l'équipe du film, The Cut nous plonge dans l'essence-même du génocide, à savoir la coupure, au sens propre et figuré, physique et existentiel, telle une cicatrice qui vous accompagne, lancinante et inguérissable.

Il n'est pas indifférent que le personnage principal perde la voix, lors d'un égorgement collectif, au pied d'une falaise, dans ces bataillons de mort que furent les camps de travaux forcés, où la Turquie ottomane enrôlait de force les Arméniens. Car perdre la voix, se faire muet, ne pas pouvoir dire, quitter le monde des mots pour celui des signes, comment ne pas y voir la traduction directe de cette réduction au silence des corps et des âmes, qu'est tout génocide ?

Il n'est pas indifférent que cette odyssée, qui va des rues de Mardin au camp de mort de Ras-ul-Aïn, des orphelinats du Liban à l'exil cubain, puis aux plaines du Dakota du Nord, emprunte les routes, les chemins de fer, les océans, les déserts comme les étendues neigeuses. Comment ne pas voir dans ce dédale de Babel, ce camp à murs ouverts, que devient le monde pour celui qui n'a plus de repères, plus d'attaches, plus d'ancrage, la métaphore, à l'échelle de la planète, de cet arrachement au sens qu'est tout génocide ?

Il n'est pas indifférent que dans cette nuit de l'histoire, des nationalismes réducteurs, ici et là, des soleils de générosité se lèvent, des bras s'entrouvrent, des regards se reconnaissent. Les Justes y ont leur part. Malgré les basculements, toujours possibles, jusque dans cette Amérique des immigrants, où les réflexes de jungle ne sont jamais bien loin. Malgré les tentations de l'ignorance et de la lâcheté. Car il n'est jamais de génocide impuni, ni oublié. Car il est toujours des témoins et des résistants. Car il est toujours un sillon. Celui qui fait renaître précisément. Qui fait se retrouver les êtres.

Film fleuve, à la fois elliptique - oiseaux se suivant dans le ciel, traces de pas dans le sable, horizons flous - et procédant par ruptures - à l'image des errances et des mémoires blessées -, The Cut nous convie à la réconciliation des âmes, que seule la force créatrice des poètes, des musiciens et des cinéastes parvient à faire émerger, par delà la nuit des consciences.

© georges festa - 11.2014   


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