jeudi 26 février 2015

Pasquale Nero Galante - Angelo Andriuolo : Inversonero



 © Roma : Gangemi Editore, 2015



D'où un tableau tire-t-il son inspiration ? D'un paysage ensorcelé, du désir d'arrêter l'instant qui s'enfuit, d'interpréter le favor optimi temporis, de seconder un état d'âme dans la ferveur du génie, "inspiré," précisément. Et une composition en vers ? Qu'est-ce qui inspire une poésie ? Un coucher de soleil, dirions-nous banalement. Peut-être l'issue heureuse d'un "il m'aime - il ne m'aime pas" avec une marguerite. La forme des nuages ou l'observation de certains phénomènes naturels, tel un arc-en-ciel ou le soleil qui filtre d'en haut, peut parfois nous aider. Mais il y a aussi le spleen, cet état unique de l'esprit qui suscite verve et créativité, un authentique tourbillon d'émotions et de mélancolies timorées, qui accompagne fatalement les jours de certains artistes. C'est précisément le spleen qui pourrait avoir conduit Pasquale Nero Galante et Angelo Andriuolo (qui viennent - il importe de le préciser - de langages et de milieux expressifs différents, bien que traditionnellement contigus) à sauter le pas vers une production - picturale pour l'un et littéraire pour l'autre - d'une convergence des plus intéressante. Il serait utile d'enquêter dans leurs vécus respectifs et rechercher les motifs de ces affinités extraordinaires, qui semblent mener vers une prodigieuse sensibilité commune. Il s'avère, au contraire, que les deux artistes (à cet égard, le récit suggestif d'Ottaviano Del Turco, qui inaugure l'ouvrage, vient à notre secours) ne s'étaient jamais rencontrés sur leurs créations respectives. La poésie d'Andriuolo ne naît donc pas en forme de commentaire des œuvres de Nero Galante, pas plus que les travaux de Nero Galante n'offrent un écrin aux vers d'Andriuolo. Bien qu'elles manifestent, à plusieurs reprises, un renvoi d'identifications, les deux productions naissent en fait de manière autonome et se révèlent inhabituellement complémentaires, semblables dans la découpe narrative et voisines dans le flux métaphorique des contextes. Il s'agit donc de parallélismes qui s'enchaînent, étrangers dans leurs intuitions génératrices respectives, et pourtant l'un, écran de l'autre, d'annotations qui, à l'œil attentif, se révèlent comme le commentaire didactique inattendu de son correspondant. Du reste, l'art - sous des formes variées et contradictoires - est le passepartout idéal pour soulager souffrances et peine. Même celles du spleen.

Angelo Andriuolo vit depuis plusieurs années à Rome, arrivé dans la métropole par l'embouchure de ce carrefour naturel qu'est son village natal, Teggiano (province de Salerne), forteresse historique qui domine le Vallo di Diano. Né le 30 janvier 1957, Andriuolo est licencié en droit et a longtemps travaillé dans des compagnies bancaires et financières, occupant d'importantes fonctions de direction et de développement commercial. La maîtrise de la logique de fer des chiffres et des résultats a encouragé en lui un don inné et, unie à un vieil amour pour l'art, l'a convaincu de devenir entrepreneur à succès et novateur dans le marché artistique. En tant que  galeriste et marchand d'art, il a travaillé et travaille à ce jour en Italie et à l'étranger, gérant entre autres l'organisation et l'aménagement de nombreuses expositions, soutenant le cursus professionnel d'artistes confirmés. Quoi qu'il en soit, il a toujours cultivé une oasis privée de créativité et de rapport plus intime et personnel avec l'attrait de l'art : l'écriture, en particulier poétique, est ainsi sa soupape de sécurité et son refuge durant les moments intenses du quotidien, écrin de la mémoire et des sentiments accomplis. Pour la première fois, il a accepté de publier ses vers.

Pasquale Nero Galante est né à Carovigno (province de Bari), le 1er août 1964. De par son identité pouillaise et son tempérament zodiacal, donc léonin, il a comblé ses yeux et son âme d'horizons profonds, de couleurs rouge-fer, des rudes torsions des oliviers de sa terre salentine. Il a absorbé l'humanité diverse, faite d'une histoire diverse et forte, que ce territoire reculé et ancien impose à la nature de ses habitants. De ses visions et de son caractère, Galante a forgé un art. Après avoir été élève au lycée artistique et à l'Académie des Beaux-Arts de Lecce, il s'est mis très rapidement à exposer, centrant tout d'abord sa recherche sur le rapport entre la matière picturale, les techniques des traditions (celle du carton-pâte salentin, le travail des graveurs et des tailleurs de pierres, la manufacture des étoffes et des ornements baroques) et les langages de la contemporanéité.
Audacieusement et difficilement établi à Rome, il a peu à peu mûri un code expressif personnel, principalement pictural, dans lequel la forme et la transcription du réel sont rendues avec peu de couleurs (les gris-bruns, le blanc taché et surtout le noir) et une marque gestuelle ombragée, qui tache, recouvre, efface surfaces et détails. Il a exposé dans toute l'Italie et beaucoup à l'étranger, surtout dans des expositions personnelles, mais aussi collectives, après sélection. Il continue de vivre et de travailler à Rome, mais de façon inquiète.  

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Traduction de l'italien : © Georges Festa - 02.2015