jeudi 26 février 2015

Washington, D.C., Nov. 21-22 - Society for Armenian Studies : Conference on 'Armenians in the Ottoman Empire' / Colloque sur les Arméniens dans l'empire ottoman, 21-22 nov. 2014



 © http://armenianstudies.csufresno.edu/


Society for Armenian Studies
Colloque "Armenians in the Ottoman Empire" [Les Arméniens dans l'empire ottoman]
Washington, D.C., 21-22.11.2014

par Aram Arkun


I.

La Society for Armenian Studies (SAS), une association américaine, composée principalement de chercheurs et d'arménologues, célèbre son 40ème anniversaire, cette année. Elle a organisé un colloque international à Erevan en octobre dernier, puis, les 21 et 22 novembre, un second à Washington, D.C., intitulé "Armenians in the Ottoman Empire in the 19th-20th Centuries" [Les Arméniens dans l'empire ottoman aux 19ème et 20ème siècles].

Le docteur Kevork B. Bardakjian, président du conseil exécutif de la SAS et titulaire de la chaire Marie Manoogian de langue et littérature arméniennes à l'Université du Michigan, Ann Arbor, accueillit les participants et les invités. Le président du comité d'organisation du colloque, le docteur Bedross Der Matossian, chargé de cours en Histoire moderne du Moyen-Orient au département d'Histoire de l'Université du Nebraska, Lincoln, évoqua la tentative d'organiser trois tables rondes, sur les sujets suivants : la contribution des Arméniens à la culture, à la société, à l'art et à l'architecture ottomane; les Arméniens de l'empire, des guerres balkaniques à la Première Guerre mondiale; et le génocide arménien et ses conséquences. Malheureusement, aucune proposition ne fut reçue concernant le second thème, tandis que des intervenants pour une table ronde, relative au premier ensemble de sujets, et deux autres sur la dernière, furent trouvés.

En fait, selon Der Matossian, la première table ronde "devait être considérée comme un microcosme du type de recherches nécessaires à mener, si l'on veut ramener les Arméniens dans l'histoire ottomane et reconstituer leur histoire." L'accent mis sur le génocide arménien, pour les deux autres tables rondes, souligna-t-il, était approprié, compte tenu de l'approche du centenaire du début de cet événement. Der Matossian ajouta : "Du point de vue universitaire, beaucoup reste à faire pour comprendre les complexités du génocide arménien, par delà les clichés des musulmans contre les chrétiens, ou des Turcs contre les Arméniens." Il conclut que les études sur le génocide arménien peuvent dépasser l'analyse d'un événement spécifique pour livrer "de nouvelles données empiriques et de nouvelles approches thématiques, afin de comprendre la violence de masse en général."

Der Matossian remercia le professeur Barlow Der Mugrdechian, coordinateur du Fonds Berberian pour le programme d'Etudes arméniennes à l'Université d'Etat de Californie, Fresno, pour son aide dans l'organisation du colloque, ainsi qu'Ani Kasparian, secrétaire de la SAS et enseignante à l'Université du Michigan, Dearborn, pour la gestion des inscriptions.

La première table ronde, concernant les contributions des Arméniens à la culture ottomane, était présidée par le docteur Levon Avdoyan, spécialiste du domaine arménien et géorgien à la Bibliothèque du Congrès. Avant de présenter les intervenants, il releva que "pour quelqu'un qui était présent au colloque de 1976, il est vraiment extraordinaire que nous soyons dans la 40ème année de cette organisation."

Le premier intervenant dans cette table ronde, Murat C. Yildiz, doctorant au département d'Histoire à l'Université de Californie, Los Angeles (UCLA), présenta une étude intitulée "Reassessing Cultural Transformation in Early 20th-Century Bolis: Armenian Contributions to a Shared Ottoman Physical Culture" [Réévaluer la mutation culturelle dans la Bolis du début du 20ème siècle : la contribution des Arméniens à une culture physique ottomane partagée]. Thème lié à sa thèse de doctorat, intitulée Strengthening Male Bodies and Building Robust Communities: Physical Culture in the Late Ottoman Empire [Fortifier les corps masculins et bâtir de solides communautés : la culture physique à la fin de l'empire ottoman].

Yildiz exposa les programmes arméniens visant à développer l'exercice et les sports dans le cadre d'une culture physique partagée et élargie, dans l'empire ottoman, du milieu à la fin du 19ème siècle. L'athlétisme était associé à la modernité et jugé important pour bâtir santé, discipline et force, au plan physique et mental. A Istanbul, l'Ecole Impériale et le Robert College répandaient ce genre d'idées, mais les Arméniens voulurent créer leurs propres clubs sportifs. Ces clubs partageaient avec d'autres Ottomans une identité de classe moyenne en progression, mais étaient d'une nature ethnico-religieuse différente. Objets de la méfiance du régime du sultan Abdülhamid II, les clubs se multiplièrent grâce aux libertés accordées sous l'ère Jeunes-Turcs, après 1908.

Les Arméniens s'inspirèrent de leur passé païen, lorsqu'ils baptisèrent certains clubs, comme le Club d'Athlétisme Artavazt de Kuru-Cheshme ou le Club Arménien Dork. Ils publiaient leurs propres magazines de sport, tels que Marmnamarz (créé en 1911 par Chavarch Krissian), lequel faisait partie d'une presse sportive ottomane multilingue.

L'étude de Yildiz peut être considérée comme s'inscrivant dans une tendance nouvelle, visant à explorer les mutations sociales, culturelles et politiques dans l'empire ottoman, à travers des sources différentes au plan linguistique. Démontrant que les valeurs civiques ottomanes partagées n'empêchaient pas des liens ethnico-religieux exclusifs.         

Yildiz fut suivi de Nora Cherishian Lessersohn, étudiante en mastère au Center for Middle Eastern Studies à l'Université de Harvard, diplômée du Harvard College en 2009 et qui a travaillé au Metropolitan Museum of Art, ainsi que dans les services du Procureur de Manhattan. Sa communication avait pour titre "'Provincial Cosmopolitanism' in Late Ottoman Anatolia: An Armenian Shoemaker's Memoir" ['Cosmopolitisme provincial' en Anatolie, à la fin de l'empire ottoman : les Mémoires d'un cordonnier arménien]. Avec pour objectif de faire entendre pleinement la parole des Arméniens ottomans dans cette approche de l'histoire provinciale ottomane.

Elle a ainsi exploré les mémoires de son arrière-grand-père Hovhannès Cherishian. Né à Marash en 1886, il fut cordonnier et servit dans l'armée ottomane de 1910 à 1914 à Adana et à Mersin. Il connut de grandes souffrances et beaucoup d'épreuves, du fait du génocide arménien et de ses suites. Il fut déporté en Syrie et revint, après la guerre, à Marash, pour perdre ensuite sa jeune épouse et son frère, lors de l'exode de cette ville en 1920. Il entretint cependant de bonnes relations avec plusieurs musulmans.

Lessersohn lut deux extraits de ces mémoires. Qualifiant la relation étroite entre musulmans et chrétiens de cosmopolitisme provincial, lequel résultait du fait de vivre dans un environnement urbain, complexe au plan démographique, mais provincial, qui différait des interactions à l'œuvre dans les grandes villes portuaires.    

L'intervenante suivante fut Anahit Kartashyan, doctorante travaillant sur la communauté arménienne de Constantinople au 19ème siècle, au département d'Etudes Asiatiques et Africaines de l'Université d'Etat de Saint-Pétersbourg. Titulaire d'une licence d'Etudes turques (2008) et d'une maîtrise d'Etudes ottomanes (2010), obtenues à l'Université d'Etat d'Erevan, Kartashyan y a enseigné le turc moderne en 2010-2011, avant de poursuivre ses études en Russie. Son exposé s'intitulait "The Discourse of First-Wave Ottomanism among the Armenian Intellectuals and Statesmen in the Ottoman Empire" [Le discours de la première vague d'ottomanisme parmi les intellectuels et hommes d'Etat arméniens dans l'empire ottoman] et s'inscrit dans sa thèse. Elle a étudié plusieurs journaux arméniens de cette époque, les archives de l'Assemblée Nationale Arménienne, ainsi que d'autres publications arméniennes.

Durant sa première phase, des années 1830 aux années 1860, l'ottomanisme fut une justification idéologique visant à renforcer l'Etat. Un rôle particulier était dévolu à la classe moyenne. Aux yeux des Arméniens ottomans, les réformes étaient essentiellement d'ordre culturel, bien plus que politique, même si, en fait, elles ne pouvaient être appliquées en l'absence de changement politique.

Les jeunes Arméniens virent dans l'ottomanisme une opportunité pour réorganiser l'enseignement, la culture et le millet arménien, autrement dit leur structure communautaire ethnico-religieuse, croyant que cela pourrait les aider dans leur combat contre les conservateurs arméniens. Ils pouvaient obtenir le soutien de l'Etat et des privilèges, s'ils respectaient le sultan et les lois de l'empire ottoman. Or l'écart entre musulmans et chrétiens s'accrut, lorsque les réformes ne furent pas mises en œuvre, en sorte que cette passion pour l'ottomanisme s'évanouit. Durant les vingt années suivantes, les Arméniens réalisèrent que des droits égaux ne suffisaient pas - ils avaient aussi besoin d'accéder à la bureaucratie de l'Etat.

Le dernier conférencier de cette première table ronde fut le docteur Heghnar Zeitlian Watenpaugh, professeure agrégée d'histoire de l'art à l'Université de Californie, Davis, et co-directrice du département d'Art et d'Histoire de l'Art. Son ouvrage, The Image of an Ottoman City: Imperial Architecture and Urban Experience in Aleppo in the Sixteenth and Seventeenth Centuries [L'Image d'une ville ottomane : architecture impériale et expérience urbaine à Alep aux 16ème et 17ème siècles] (Brill Academic Pub., 2004), a obtenu le Prix Spiro Kostof de la Society of Architectural Historians. Son prochain livre, Mass Violence and Cultural Heritage in the Modern Middle East [Violence de masse et héritage culturel dans le Moyen-Orient moderne], est à paraître aux Presses de l'Université de Stanford. Sa communication avait pour titre "Reconstructing the Urban and Architectural History of Ottoman Armenian Communities: Zeytun, 1850-1915" [Reconstituer l'histoire urbaine et architecturale des communautés arméniennes ottomanes : Zeïtoun, 1850-1915].

Watenpaugh s'est intéressée à Zeïtoun, suite aux Evangiles de Zeïtoun, situés actuellement à l'Institut Mesrop Machtots des Manuscrits anciens, à Erevan, exceptées huit pages conservées au Musée Getty de Los Angeles. Le procès intenté à ce dernier par la Prélature Occidentale de l'Eglise apostolique arménienne d'Amérique, afin de récupérer ces huit pages, ont attiré une vive attention sur ce manuscrit enluminé par Toros Roslin.

L'architecture, la vie religieuse et l'histoire locale de Zeïtoun fournissent un ultime contexte à ce manuscrit, avant qu'il ne soit emporté. Watempaugh souligna comment Zeïtoun a été habituellement étudié du point de vue de l'histoire politique, du fait de sa situation exceptionnelle d'autonomie locale, durant la plus grande partie de la période ottomane. Elle passa en revue les sources existantes et livra des images du paysage, de l'architecture et de la population de Zeïtoun.

Watenpaugh releva, dans sa conclusion, que, comme l'écrit Raphaël Lemkin, la destruction d'éléments tels que l'architecture, les reliques, les méthodes agricoles et les phénomènes sacrés naturels, constituent autant d'exemples de l'éradication d'une culture, dans le cadre du processus génocidaire. En sorte que la dimension arménienne de l'existence dans les villes et les villages de la Turquie actuelle est largement passée sous silence ou ignorée. Or aucune histoire de l'art ou de l'urbanisme de la fin de l'empire ottoman ne saurait être exhaustive, sans aborder l'histoire de Zeïtoun ou d'autres localités arméniennes.      

Le docteur Rachel Goshgarian, professeure adjointe d'histoire au Lafayette College (Easton, PA) et docteure en Etudes sur le Moyen-Orient de l'Université de Harvard, est intervenue lors de la première table ronde. Ancienne directrice du Centre d'Information Krikor and Clara Zohrab, relevant du Diocèse oriental de l'Eglise Arménienne d'Amérique, elle achève un manuscrit intitulé A Futuwwa for the Borderlands: Homosociality, Urban Self Governments and Interfaith Interactions in Late Medieval Anatolia [Une futuwwa pour les régions frontalières : homosocialité, autonomie urbaine et interactions religieuses en Anatolie, à la fin du Moyen Age]. Enthousiasmée de voir un si grand nombre d'exposés dévoilant la vie des Arméniens dans l'empire ottoman, Goshgarian posa plusieurs questions aux intervenants.

La deuxième session débuta sous la présidence de Barlow Der Mugrdechian, qui présenta les conférenciers. La première fut Asya Darbinyan, doctorante au Strassler Center for Holocaust and Genocide Studies [Centre Strassler d'Etudes sur la Shoah et le Génocide], de l'Université Clark (Worcester, MA), sous la direction du professeur Taner Akçam, après avoir obtenu une licence et une maîtrise en relations internationales à l'Université d'Etat d'Erevan. Son mémoire de maîtrise concernait l'assistance humanitaire américaine et les efforts du Near East Relief [Secours Proche-Orient] auprès des Arméniens, durant et après le génocide. Elle a aussi travaillé en tant que directrice-adjointe du Musée-Institut de recherches sur le Génocide arménien. Son exposé avait pour titre "The Armenian Genocide and Russian Response" [Le génocide arménien et les réactions en Russie].

Darbinyan explora les entreprises humanitaires sur le front du Caucase, durant la Première Guerre mondiale, y compris la réaction officielle et rapide du gouvernement de l'empire russe aux souffrances des Arméniens. Mis à part les actions et les déclarations d'ordre politique, des arrêtés furent publiés, définissant les réfugiés et créant tout un ensemble complexe pour déterminer qui était éligible à une aide, l'assistance médicale, ainsi que des cartes d'identité officielles de réfugié.

Plusieurs organisations apportèrent ainsi leur aide, dans des conditions terribles. D'après N. Kishkin, en août 1915, le nombre total de réfugiés s'élevait à 150 000. Le taux de mortalité quotidien était très élevé.       

Le Comité Tatianinsky, du nom de la grande-duchesse Tatiana Nikolaïevna, fut créé en septembre 1914 et collecta des dons en argent, en vêtements et en nourriture auprès d'entreprises, de particuliers, d'églises, de mosquées, d'institutions éducatives et autres organisations. L'Union des Villes de Toutes les Russies comptait un département (ou Comité) du Caucase; de même, l'Union des Zemstvos de Toutes les Russies, la Croix Rouge russe et plusieurs autres organisations russes, au plan local et national, apportèrent une aide humanitaire. Lorsque les troupes russes avançaient et que des réfugiés arméniens pouvaient rentrer chez eux, une aide continuait de leur être envoyée par ces mêmes comités.

Le second intervenant fut Ümit Kurt, natif d'Aïntab. Licencié de l'Université Technique du Moyen-Orient en sciences politiques et administration publique, et titulaire d'une maîtrise d'études européennes de l'Université Sabancı (Istanbul), il est actuellement doctorant au département d'Histoire de l'Université Clark et professeur à Sabancı. Il est l'A. de Türk'ün Büyük, Bicare Irki Türk Yurdu'nda Milliyetciligin Esaslari [La Race grande et vaine des Turcs : les origines du nationalisme turc en 1911-1926] (paru en turc aux éditions Iletisim en 2012; traduction anglaise à paraître chez I.B. Tauris), et avec Taner Akçam, de l'ouvrage Kanunlarin Ruhu : Emval-i Metruke Kanunlarinda Soykirimin izini Sürmek (éd. Iletisim, 2012), à paraître en anglais en mai 2015, sous le titre Spirit of the Laws: The Plunder of Wealth in the Armenian Genocide [L'Esprit des lois : le pillage des richesses durant le génocide arménien] (éd. Berghahn Books). Son exposé s'intitulait : "The Emergence of the New Wealthy Class between 1915-1921: The Seizure of Armenian Property by the local Elites in Aintab" [L'émergence d'une nouvelle classe aisée entre 1915 et 1921 : la spoliation des biens arméniens par les élites locales à Aïntab].

Kurt présenta le cadre juridique créé en vue de la confiscation des biens des Arméniens par le Comité Union et Progrès (CUP), qui était aussi lié à diverses formes locales de haine contre les Arméniens. Ce cadre était nécessaire pour légitimer le processus, essentiellement étatique, de vol et de spoliation. A Aïntab, le soin apporté à la préparation et la rapidité des spoliations sont frappants. Grâce à ces confiscations, les notables locaux formèrent une nouvelle couche aisée.

Kurt a utilisé plusieurs sources arméniennes, telles que les archives d'Aram Andonian, les carnets de Sarkis Balabanian et l'histoire des Arméniens d'Aïntab, par Avédis Sarafian, pour évoquer le processus de déportation à Aïntab, tout en consultant des archives allemandes, ottomanes et autres matériaux.

Il montra qu'Aïntab fut un microcosme de la politique alors en cours des Jeunes-Turcs. La grande diversité des acteurs indique à quel point la déportation des Arméniens et la confiscation de leurs biens furent centralisées et coordonnées, tandis que l'implication directe et active des élites musulmanes provinciales était motivée par la volonté de profiter des richesses et des biens des Arméniens.

Le dernier intervenant à cette table ronde fut Khatchig Mouradian, doctorant en Etudes sur le génocide à l'Université Clark et qui enseigne à celle de Rutgers (New Brunswick, NJ), en tant que coordinateur du programme sur le génocide arménien. Il a été rédacteur en chef de The Armenian Weekly (2007-2014). Sa communication s'intitulait : "The Meskene Concentration Camp, 1915-1917: A Case Study of Power, Collaboration, and Humanitarian Resistance during the Armenian Genocide" [Le camp de concentration de Meskéné, 1915-1917 : étude de cas sur le pouvoir, la collaboration et la résistance humanitaire durant le génocide arménien].

Concernant les sources, Mouradian a surtout utilisé les archives d'Aram Andonian, conservées à la Bibliothèque Nubar (UGAB) de Paris, les rapports et les minutes de la Prélature arménienne d'Alep, son Conseil aux Déportés, ainsi que des récits, des journaux et des mémoires de déportés.           

Plusieurs dizaines de milliers d'Arméniens arrivèrent à Meskéné entre mai 1915 et l'hiver 1917, parmi lesquels beaucoup moururent de maladies et de mauvais traitements. Bien que conçu comme camp de transit, Meskéné se transforma en un camp de concentration, où beaucoup y passèrent des mois. Mouradian s'est centré sur la vie quotidienne dans les camps. De nombreux gardiens étaient arméniens et se montraient particulièrement brutaux, afin de se prouver aux Ottomans. Les Arméniens tentaient de se porter volontaires pour des travaux de construction, afin d'échapper à une nouvelle déportation et à la mort à Deir-es-Zor, en aval du fleuve. La nourriture et l'aide étaient minimes, en sorte que la plupart des habitants du camp souffraient continuellement de la faim. Des Arméniennes entreprirent d'aider les orphelins du camp, au prix de grands sacrifices personnels.

Le directeur du camp, Huseyin Avni, était vénal, mais ni féroce, ni cruel. C'est son remplaçant, Kor Huseyin, qui vida presque entièrement le camp. Fin 1916, 28 834 Arméniens furent à nouveau déportés vers d'autres camps, tandis que 80 000 périrent à Meskéné.

Le docteur Rouben Paul Adalian est intervenu lors de cette seconde table ronde. Docteur en histoire de l'UCLA, il occupe les fonctions de directeur de l'Institut National Arménien, situé à Washington, et est l'A. de Humanism from Rationalism: Armenian Scholarship in the Nineteenth Century [Un humanisme hérité du rationalisme : la science arménienne au 19ème siècle] (Scholars Press, 1992) et d'un Historical Dictionary of Armenia [Dictionnaire historique de l'Arménie] (Scarecrow Press, 2010). Selon lui, les trois intervenants de l'Université Clark ont apporté de nouvelles contributions à la compréhension du génocide arménien, de façon très détaillée. Il leur posa plusieurs questions, après quoi un débat animé s'est ensuivi avec le public.

II.

Le 22 novembre, Bedross Der Matossian, vice-président de la Society for Armenian Studies (SAS), accueillit à nouveau les invités pour la session finale du colloque "Les Arméniens dans l'empire ottoman aux 19ème et 20ème siècles." A l'instar de la seconde table ronde de la session précédente, celle-ci était consacrée au génocide arménien et à ses suites.

Le docteur Carina Karapetian Giorgi, professeur associé de sociologie au Pomona College (Claremont, CA), fut la première à prendre la parole. Sa thèse, soutenue en 2013 à l'Université de Manchester, avait pour thème la vie des Arméniennes immigrées aux Etats-Unis, entre 1990 et 2010. Elle découvrit dans cette migration un phénomène croissant, qui n'avait pas fait l'objet d'enquêtes et qui, selon elle, représente une rupture dans les relations conventionnelles de genres en Arménie. Son projet de recherche actuel s'intéresse au rituel matrilinéaire arménien et à la tradition de la cafédomancie, ou l'art de lire dans le marc de café, du point de vue de la théorie queer et de la physique quantique. Sa communication s'intitulait "Critical Reevaluation of the Historiography of the Armenian Women during the Armenian Genocide" [Réévaluation critique de l'historiographie des Arméniennes durant le génocide arménien].

Giorgi a réexaminé des mémoires arméniens sur le génocide, d'un point de vue féministe queer. Selon elle, un vide existe sur le rôle important joué par le genre dans le vécu des survivants, tandis qu'à son avis, les chercheurs arméniens se préoccupent essentiellement de réfuter les négationnistes. Son exposé a combiné deux articles distincts à paraître, concernant les récits visuels et écrits des Arméniennes.      

Giorgi releva que l'on repère toute une foule de constructions de genre simplistes, au sein de la littérature sur le génocide arménien. Dans les œuvres d'auteurs tels que Vahakn Dadrian ou Taner Akçam, soutint-elle, les femmes sont souvent présentées comme impuissantes, comme des enfants, et objectivées comme des biens perdus, tandis que les hommes sont actifs et résistent.

Les survivantes, précisa-t-elle, faisaient face au contrôle, à la violence et à la stigmatisation masculine, tant de la part des Turcs que des Arméniens. D'autre part, les combattantes fedayi arméniennes, en uniformes militaires, dérangeaient la conception traditionnelle de la féminité, les femmes passives étant victimes. L'essai de Victoria Rowe sur Zabel Essayan (1), une observatrice clé des massacres d'Arméniens, a montré combien il est nécessaire d'interroger à nouveau l'histoire.   

Giorgi a recueilli et étudie actuellement entre 50 et 75 récits de femmes, se rapportant au génocide arménien. Elle se propose aussi de comparer le vécu du viol masculin par rapport au féminin, y compris ses conséquences, et celles qui ont connu des difficultés, de retour chez elle.

Le second intervenant, le docteur Richard Hovannisian, évoqua le thème suivant : "Armenian Genocide Denial 100 Years Later: The New Actors and Their Trade" [La négation du génocide arménien, 100 ans après : les nouveaux acteurs et leur fonds de commerce]. Professeur d'histoire de l'Arménie et du Proche-Orient, et ancien directeur de l'Armenian Educational Foundation à l'Université de Californie, Los Angeles (UCLA), Hovannisian est aussi Distinguished Chancellors Fellow [professeur émérite] à l'Université Chapman (Orange, CA), professeur associé d'histoire à l'USC (où il travaille avec la Shoah Foundation) et ancien boursier Guggenheim. Consultant auprès du Conseil à l'Education de l'Etat de Californie, il est l'A. ou l'éditeur de plus de trente-cinq ouvrages, dont The Republic of Armenia, en quatre volumes (2).   

Hovannisian se montra sceptique quant aux déclarations selon lesquelles la reconnaissance du génocide arménien serait acquise, en sorte que le temps serait venu de passer à la phase suivante des réparations. La négation du génocide arménien a eu lieu dès le début, puis, sous la république de Turquie, des tentatives ont été faites pour supprimer la mémoire. Dans l'espoir, a-t-il rappelé, que toute mention du génocide passe tout simplement à la trappe. Le meilleur exemple en est la suppression réussie, par la Turquie, de l'adaptation au cinéma du roman Les Quarante Jours du Musa Dagh, avec la complicité du gouvernement des Etats-Unis. Aux Etats-Unis, l'alliance avec la Turquie, durant la Guerre froide, contribua aussi à approuver les agissements de ce pays.

Le militantisme arménien et même la violence d'après-1965 ont provoqué le retour des négationnistes actifs. Aux tentatives de suppression succéda une phase de relativisation et de rationalisation. Les grandes souffrances et les morts n'étaient plus rejetées, mais contextualisées. Les arguments développés dans l'ouvrage, paru en 1985, du diplomate turc à la retraite, Kâmuran Gurun (3), ont été quasiment répétés, vingt ans plus tard, mot pour mot, par un négationniste américain, Guenter Lewy (4).  

Hovannisian évoqua des négationnistes contemporains, tels que le docteur Hakan Yavuz, à l'Université de l'Utah, financée par la Turkish Coalition of America (TCA), laquelle poursuit agressivement en justice (tel son procès contre l'Université du Minnesota) les entités qui mettent en avant le génocide arménien. Yavuz organise des colloques internationaux, dirige toute une série de publications et écrit directement sur ce sujet, présentant la Turquie comme une victime de l'orientalisme occidental. Yavuz va jusqu'à soutenir que l'Union Soviétique fut la première à utiliser le terme de "génocide" au sujet des Arméniens, au bénéfice de la propagande de la Guerre froide, et que Raphaël Lemkin n'est pas fiable, car il fut au service du gouvernement des Etats-Unis.

Parmi d'autres négationnistes contemporains du génocide arménien, Hovannisian estime qu'Edward J. Erickson, lequel s'appuie sur des archives et des dépêches militaires ottomanes, peut apparaître à certains comme un universitaire solide. Or il présente les Arméniens comme différents des Ottomans, ainsi que le prouve son ouvrage Ottomans and Armenians: A Study in Counterinsurgency [Ottomans et Arméniens : étude d'une contre-insurrection] (Palgrave Macmillan, 2013). Guenter Lewy adopte une approche similaire. Tous deux recourent aux méthodes occidentales modernes de recherche et pratiquent des citations et une bibliographie abondantes, qui donnent à leurs ouvrages une apparence scientifique.

Hovannisian déclara en conclusion que l'argumentation logique ne tient pas avec ce genre de négationnistes. Par exemple, l'historien et négationniste Stanford Shaw a simplement repris les erreurs factuelles, qu'Hovannisian a signalées dans son ouvrage dans une seconde édition, tout en laissant l'approche et les conclusions en l'état. Le déni reste des plus dangereux, et peu est fait, malgré des recherches novatrices menées par des scientifiques sérieux, dont de jeunes chercheurs turcs. Autre problème, le fait que sur internet des sites négationnistes arrivent souvent en première position, lors de recherches de matériaux sur le génocide arménien.

Troisième intervenant, le docteur Keith David Watenpaugh évoqua "The Practical Failures of the League of Nations' Interwar Humanitarian Project for Armenian Genocide Survivors and the Origins of International Human Rights" [Les échecs pratiques du projet humanitaire de la Société des Nations, durant l'entre-deux-guerres, concernant les survivants du génocide arménien, et les origines des droits de l'homme au plan international]. Watenpaugh est professeur associé en Islam moderne, droits de l'homme et paix, à l'Université de Californie (UC), Davis, où il dirige l'Initiative de l'UC Davis pour les Droits de l'Homme. Il a récemment achevé une année comme membre de l'American Council of Learned Societies [Conseil Américain des Sociétés Savantes]. Il est l'A. d'un ouvrage à paraître Bread from Stones: The Middle East and the Making of Modern Humanitarianism [Du pain avec des pierres : le Moyen-Orient et la création de l'humanitarisme moderne] (U. of California Press, juin 1915) et de Being Modern in the Middle East: Revolution, Nationalism, and Colonialism and the Arab Middle Class [ Etre moderne au Moyen-Orient : révolution, nationalisme et colonialisme et la classe moyenne arabe] (Princeton, 2006), ainsi que de nombreux articles dans des revues.

Watenpaugh préfaça son exposé formel par quelques remarques sur son expérience personnelle en tant que cible de menaces de poursuites judiciaires, de la part de l'Assembly of Turkish-American Associations (ATAA), et commenta la stratégie de choc similaire, employée par la Turkish Coalition of America (TCA). D'après lui, chaque fois que des chercheurs avancent des affirmations fondées sur des groupes ou des particuliers impliqués dans la négation du génocide arménien, il faut s'attendre à une menace d'action en justice comme tentative pour supprimer la critique. Quelques périodiques scientifiques, qui approuvent en privé les opinions de Watenpaugh, ont rejeté ses articles, par crainte de tracas judiciaires. Watenpaugh signala l'importance de protéger les jeunes chercheurs de ce genre de menaces et d'attaques, et que le financement des scientifiques devrait être développé par les organisations et les collectifs arméniens, afin d'empêcher la substitution d'une littérature négationniste aux recherches arméniennes.                 

Watenpaugh releva aussi la publication prochaine [avril 2015 - NdT] des mémoires de Karnig Panian, en traduction anglaise, Goodbye, Aintoura: A Memoir of the Armenian Genocide [Adieu, Aïntoura : Mémoires sur le génocide arménien], par les Presses de l'Université de Stanford, comme exemple d'un ouvrage qui, consacré par une grande université, peut être utilisé dans des cours sur le génocide comparé ou moderne, contrairement à une littérature négationniste prolifique.

Dans sa communication proprement dite, Watenpaugh présenta quelques images "iconiques" sur la période de l'après-génocide et les Arméniens, tout en analysant ce que fit la communauté internationale, après avoir échoué à créer un Etat pour les Arméniens, considérés comme le peuple le plus méritant de tous après la Première Guerre mondiale, et comment cela a contribué au régime humanitaire contemporain et aux débats sur les droits de l'homme. La Ligue des Nations assista, durant ses dix premières années, à l'abandon des aspirations nationales des Arméniens. Le changement de politique de la SDN affecta néanmoins le statut, la situation et même la survie des communautés de réfugiés arméniens, et parfois même les particuliers. La SDN formula un humanitarisme sui generis pour les Arméniens, en mettant davantage l'accent sur la survie collective des Arméniens que sur leur simple assimilation.     

Arméniens et Russes obtinrent le statut de réfugiés non pas du fait de persécutions à titre individuel, mais parce qu'ils appartenaient à un groupe, qui n'avait plus de protection nationale. Le passeport Nansen fut développé en tant que solution partielle. Ce n'était pas un véritable passeport, mais un document d'identification identifiable au plan international, permettant d'obtenir des visas et de voyager. Les Arméniens pouvaient donc se déplacer, mais ces documents ne procuraient aucun droit civil ou politique, et les pays d'accueil n'étaient pas liés par des obligations vis-à-vis des Arméniens. Au fond, la Turquie était dégagée de toute responsabilité à l'égard de ses citoyens, dont elle avait fait des réfugiés. Ces documents, affirme Watenpaugh, ont constitué un premier constat juridique international de la permanence de l'exil des Arméniens.  

Le dernier intervenant fut le docteur Gregory Aftandilian, membre associé de l'Université de Boston et de la Northeastern University (Boston, MA), ainsi que du Middle East Center [Centre d'Etudes sur le Moyen-Orient] de l'Université du Massachusetts à Lowell. Aftandilian a été conseiller politique auprès du représentant au Congrès Chris Van Hollen et du sénateur Paul Sarbanes, ainsi que conseiller aux affaires étrangères auprès du sénateur Edward Kennedy, aujourd'hui disparu. Il a travaillé durant treize années comme analyste du Moyen-Orient au Département d'Etat des Etats-Unis. Il est l'A. de plusieurs ouvrages sur la politique au Moyen-Orient et en Arménie, dont Egypt's Bid for Arab Leadership: Implications for U.S. Policy [La Tentative de l'Egypte pour diriger le monde arabe : implications pour la politique des Etats-Unis] (Council on Foreign Relations, 1993), Looking Forward: An Integrated Strategy for Supporting Democracy and Human Rights in Egypt [En attendant : une stratégie intégrée pour soutenir la démocratie et les droits de l'homme en Egypte] (Washington, DC : POMED - Project on Middle East Democracy, 2009), et Armenia, Vision of a Republic: The Independence Lobby in America, 1918-1927 [Arménie, vision d'une république : le lobby pour l'indépendance en Amérique, 1918-1927] (Charles River Books, 1983).

Le titre de la communication d'Aftandilian était : "The Impact of the Armenian Genocide on the Offspring of Ottoman Armenian Survivors" [L'impact du génocide arménien sur les descendants des survivants arméniens ottomans]. Si des travaux ont été réalisés concernant les survivants, l'on sait beaucoup moins quel fut l'impact sur leurs descendants, maintenant octogénaires et nonagénaires. Aftandilian a découvert que le grand nombre de recherches sur la transmission du traumatisme aux enfants des survivants de la Shoah est des plus pertinent pour les Arméniens, même si le déni, dans le cas arménien, constitue un élément supplémentaire d'exacerbation.

Les survivants en tant que tels ont formé aux Etats-Unis une communauté hautement traumatisée, des célibataires arrivés avant la Première Guerre mondiale allant jusqu'à souffrir de la culpabilité du survivant. Ceux qui ont vécu les événements en ont souvent fait le récit ensuite. La situation socioéconomique défavorisée de la communauté arménienne des Etats-Unis dans les années 1920 et 1930 conjugua les épreuves traversées par les survivants aux discriminations locales. Toutefois, il y eut une tentative pour transmettre les identités provinciales ou locales à la génération suivante, via la création d'un univers clos et ghettoïsé.

L'absence générale des grands-parents, les enfants portant le nom de proches assassinés, et des parents survivants trop protecteurs ont rendu la vie plus difficile pour la génération suivante. Même lorsque les enfants protégés arrivaient à comprendre le chagrin ou l'état dépressif de nombre de leurs parents.

La Seconde Guerre mondiale devint un autre grand événement traumatisant pour les parents, lesquels devaient envoyer leurs fils aînés à la guerre. Aftandilian a interviewé des vétérans qui éclataient en sanglots, non pas au sujet de ce dont ils avaient été témoins au combat, mais du stress causé à leurs parents, lors de leur départ.

Le professeur Simon Payaslian intervint lors de cette dernière table ronde. Titulaire de la chaire Charles K. and Elizabeth M. Kenosian en Histoire et littérature arméniennes modernes à l'Université de Boston, il est l'A. de United States Policy toward the Armenian Question and the Armenian Genocide [La Politique des Etats-Unis concernant la Question arménienne et le génocide arménien] (Palgrave Macmillan, 2005); Political Economy of Human Rights in Armenia: Authoritarianism and Democracy in a Former Soviet Republic [Economie politique des droits de l'homme en Arménie : autoritarisme et démocratie dans une ancienne république soviétique] (I. B. Tauris, 2011); International Political Economy: Conflict and Cooperation in the Global System [Economie politique internationale : conflit et coopération dans le système global] (avec Frederic S. Pearson) (McGraw Hill College, 1999); et The History of Armenia: From the Origins to the Present [Histoire de l'Arménie : des origines à aujourd'hui] (Palgrave Macmillan, 2007).

Payaslian laissa entendre qu'une contextualisation plus grande et le recours à la littérature existante pourraient être utiles aux recherches de Giorgi. Il rejoignit le point de vue d'Hovannisian sur la négation actuelle du génocide arménien. Il souligna, concernant Watenpaugh, que les origines des droits de l'homme internationaux modernes commencèrent avec l'esclavage et le mouvement abolitionniste, et que les efforts de la Société des Nations, dans l'après-Première Guerre mondiale, ont contribué au progrès des droits de l'homme au plan international. Il se demanda enfin si la désintégration des communautés arméniennes dans des lieux comme Worcester, dans le Massachusetts, peut être liée à la transmission du traumatisme résultant du génocide arménien.

Les intervenants ont ensuite défendu leurs approches et répondu à d'autres questions de la part du public, après quoi Barlow Der Mugrdechian, trésorier de la SAS, remercia les organisateurs, les participants et le public, et clôtura le colloque. Il releva que si les arménologues n'ont pas d'ordinaire l'occasion d'interagir aussi ouvertement dans nombre d'autres lieux, ce colloque a représenté une contribution utile à l'avancement des études arméniennes.         

NdT

1. Victoria Rowe, A History of Armenian Women's Writing 1880-1922, London : Taderon Press, 2009
2. Richard Hovhannisian, The Republic of Armenia, Vol. I: The First Year, 1918-1919 (Berkeley, Los Angeles, London : U. of California Press, 1971); Vol. II: From Versailles to London, 1919-1920 (id., 1982); Vol. III: From London to Sèvres, February-August 1920 (ibid., 1996); Vol. IV: Between Crescent and Sickle: Partition and Sovietization (ibid., 1996).
3. Kâmuran Gurun, Le dossier arménien, Genève : Triangle - Société Turque d'Histoire, 1984
4. Guenter Lewy, The Armenian Massacres in Ottoman Turkey: A Disputed Genocide, Salt Lake City: U. of Utah Press, 2005

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Traduction : © Georges Festa - 02.2015