mardi 10 mars 2015

L'origine armena degli Etruschi (I) / L'origine arménienne des Etrusques (I)



 Tombe des Lionnes, mur droit (Nécropole de Monterozzi, Italie)
© Gian Luca Ferme, 2010 - http://commons.wikimedia.org


L’origine arménienne des Etrusques (I)
par Diane Keuroglian et Karine Mkrtchyan
Akhtamar on line (Rome), 01.03.2015, n° 196



[Les Etrusques sont considérés comme un peuple énigmatique à l'histoire mystérieuse.

Il en résulte encore des problèmes non résolus et peu clairs : d’où provenaient-ils et où ont-ils disparu ? Cela dit, pour autant que cette théorie corresponde à la vérité, nous tenterons de nous en convaincre.]

L’Europe du 19ème siècle a connu un essor intense de la science. De nombreux savants européens, écrivains, linguistes, chercheurs, archéologues, voyageurs et autres, en quête de réponses à leurs questions, ont obtenu de surprenants résultats. Dont ceux relatifs à la civilisation indo-européenne, le berceau de laquelle s’avérant être l’Arménie ou le haut plateau arménien.

L’écrivain anglais Robert Ellis (1820-1885) est l’un de ces chercheurs. A partir de ses recherches, il publia plusieurs ouvrages sur ce thème, parmi lesquels nous avons choisi ceux qui concernent plus particulièrement les Etrusques :
-        Contributions to the ethnography of Italy and Greece [Contributions à l’ethnographie de l’Italie et de la Grèce], 1858
-        The Armenian Origin of the Etruscans [L’Origine arménienne des Etrusques], 1861
-        The Asiatic affinities of the old Italians [Les Affinités asiatiques des anciens Italiens], 1870
-        Sources of the Etruscan and Basque Languages [Les Sources des langues étrusque et basque], 1886

Avant tout, l’A. présente les deux ramifications fondamentales des Indo-Européens ou des Aryens : Aryens d’Europe du Nord et Aryens d’Asie du Sud, chacune se divisant en trois groupes linguistiques : ceux du Nord en Latin (celtique), Germanique et Slave, et ceux du Sud en Arménien, Persan et Indien.

Il précise toutefois que les Arméniens, comme les Celtes, sont à présent peu nombreux, mais qu’ils appartenaient autrefois à un pays plus vaste, d’où ils se sont éloignés et dispersés, de l’Arménie à l’Italie et ailleurs, sous les noms de Phrygiens, Thraces, Pélasges, Etrusques, Basques et autres…

Prenons les représentants occidentaux de ces deux ramifications : les Celtes et les Thraces qui, 1500 ans après les Basques, sont les peuples indo-européens les plus anciens ayant vécu en Europe.

Les Celtes, issus du haut plateau arménien, sont entrés en Europe principalement en contournant la mer Caspienne et en traversant la Scythie, l’actuelle Russie.

En entrant en Europe, une partie des Celtes prit la direction du sud-ouest et s’établit en Italie ; tout d’abord en Ombrie, puis à Rome.

Par contre, les Thraces, en partant du même haut plateau arménien, passent en Europe en traversant principalement l’Asie Mineure, se dirigent vers l’ouest et le nord-ouest, formant Byzance et la Grèce aryenne, puis en communiquant avec la Dacie, la Pannonie, le Norique, la Rhétie, s’établissent eux aussi en Italie sous le nom de Tyrrhéniens, tout comme s’appelaient les Etrusques.

Pourquoi Tyrrhéniens ?

Le Panthéon de l’Arménie ancienne comptait plusieurs divinités différentes, où chaque déesse et chaque dieu avait sa place et son rôle précis. Tir était le patron de l’écriture, de l’étude et de la sagesse. Il était le prophète des messages de l’oniromancie, devin, protecteur des arts et de la sagesse, présidant à la fortune et au hasard.  Tout en étant l’esprit de la mort et de l’homicide.

Arrivant de l’Arménie ancienne, les Etrusques apportèrent certainement le culte du dieu Tir et, depuis ces temps lointains, son souvenir s'est conservé pour toujours dans la mer Tyrrhénienne.

La conception étrusque d’une présence diffuse de la divinité dans le monde et de l’effort continu pour en connaître les volontés est bien illustrée par un passage de Sénèque : « La différence entre nous [à savoir le monde hellénistico-romain] et les Etrusques… est la suivante : nous, nous croyons que les éclairs jaillissent suite au choc des nuages ; eux croient que les nuages se heurtent pour faire jaillir les éclairs ; attribuant en fait le tout à la divinité, ils sont enclins à penser non pas que les choses aient une signification dans la mesure où elles se produisent, mais plutôt qu’elles se produisent parce qu’elles doivent avoir une signification […] »

Les Italiens disent : « L’unité mystique du monde céleste et du monde terrestre s’étend vraisemblablement aussi au monde souterrain, dans lequel se trouve, selon les doctrines étrusques plus évoluées, le royaume des morts. Une grande partie de nos connaissances sur la civilisation des anciens Etrusques, provient, comme l’on sait, des tombes. La très grande majorité des inscriptions est de nature funéraire ; nous devons aux peintures, aux sculptures, au mobilier sépulcral des données fondamentales sur le développement des formes artistiques et sur les aspects de la vie. »

L’élément le plus fascinant est la langue étrusque, qui se lit en arménien ; pour être précis, il s’agit d’un dialecte arménien.

Sur ce point, l’A. nie catégoriquement que la langue arménienne n’ait aucune ramification, comme l’avait déjà démontré, à la même époque, sur l’arbre des langues indo-européennes, le linguiste germano-juif August Schleicher (1821-1868) en 1860.

Au début du vingtième siècle, lorsqu’émergea le champ des études indo-européennes, de nombreux savants étaient convaincus que le haut plateau arménien était le berceau des Indo-Européens et que l’arménien était la « langue mère » de toutes les langues indo-européennes. La recherche moderne en archéologie, linguistique, génétique et biologie moléculaire, confirme avec force cette hypothèse.

Robert Ellis soulignait et était d’avis que la langue étrusque est une langue aryenne : « C’était la langue des nobles, des dominants, aussi est-il peu probable qu’elle ait été sous l’influence de voisins. L’étrusque provient de la langue thrace – disait R. Ellis – or la langue thrace est l’arménien. »

Les résultats de ses analyses linguistiques ont montré un contexte contraire, à savoir que la langue arménienne n'est pas un appendice sur l'arbre généalogique des langues indo-européennes, mais qu'elle en constitue plutôt le tronc.

L'indo-européen : le proto-arménien.
La langue la plus apparentée à l'arménien était celle des Phrygiens.              
 
Quelques exemples des analyses effectuées par R. Ellis :

Phrygien : Kelokes fenaftun aftas materes sosesait
Arménien : Kelokes (z)anavth ivroy mavr sirase-az
Latin : Celoces sepulcrum sua matris exstruxit.

Phrygien : materes Epheteksetis Otefinonoman. Lachit
Arménien : mavr Ephetechsetay yOwewinoneay. Lake
Latin : matris Ljphetezetis ex Ofefinone. Devorat

Phrygien : ga materan aresastin. Bonok akenanogafos
Arménien : kav (z)mayr aragin. Bonok akanavor
Latin : tellus matrem prastantem. Bonocus Illustris

Phrygien : erekun telatos sostut; Inanon akenanogafos, C thalman "\  
Arménien : (z)erkn-
Latin : (sepulchri \ usum 4 urna V vetat; Inanon Illustris, (.loci)

Phrygien : aer atanisen, kursaneson tanegertos.
Arménien : ayr atenakan, (z)korzanovthivn tankerti.
Latin : vir judicialis, destructionem domus-structura.

Phrygien : akenanogafos.
Arménien : akanavor

Phrygien : arkiaefas
Arménien : archay az (n)

Phrygien : Ates arkiaefas akenanogafos Midai gafagtaei
Arménien : Ates archayaz(n) akn-yangavor Miday gahaksi

Phrygien : fanaktei edaes. > f nakh)
Arménien : < Hi-Yea. I nakhki)

Mots étrusques traduits en arménien et en italien

Arkiaefas - arkayazn - principe [prince]
akenanogafos - akanavor(s) - illustro (io) [illustre]
gafagtaei - gahakzi (gahakiz) - adiacente, annesso al trono [attenant, annexe au trône]
fanaktei - anakh, nakh, Anahit(hti) - prima, antenato, Ana(h)iD(T) [avant, ancêtre, Anahid]
kursan(eson) - korzan(outioun) - distr(uzione), demolizione [destr(uction), démolition]
tanegirtos - tnakert(s), tnascen(s) - costruttore [bâtisseur]
atan-isen - aten-akan - tribunale [tribunal]
nepete - npatak - mèta [but]
nesl - nekhel - putrefarsi [pourrir]
telatos - taghatz(s) - sepolto [enterré]
aer - ayr - uomo [homme]
suth(i) - 1. susil (susel) 2. geresman - 1. sommergere [submerger] 2. tomba [tombe]
avil - (avur, avag) tariq(april) - età [âge]
ril - (ap)ril - tari - anno [année]
line - aprez (na), linel - vissuto, essere [vécu, être]
zilachn(u)ke - taghvats e - zi taghuk e - sotterrato [enfoui]
bleara - blour (blrak) - collina, poggio [colline, coteau]
aharna - akarn - fortezza [forteresse]
klan - glkhani (araginord), klkhan - tribù, maggiore, testa [tribu, majeur, tête]
etera - hetin, otar - estero, ostile [étranger, hostile]
klalum - lal (taghum) - pianto, sepoltura [pleurs, sépulture]
sostut - sastel - rimproverare, sgridare [reprocher, réprimander]
sosesait - sos-apel - frusciare [bruisser]
nesteh - nezteh - estraneo, ostile [étranger, hostile]
ethe - ete, erb - se, quando [si, quand]
tur(u)ke - turq, nver - imposta, regalo [impôt, présent]
aracus - arag - veloce [rapide]
eka - aha - ecco [voici]
achrum - vokherim - perfido [perfide]
nak - nakh - prima, origine [avant, origine]
afe - ev - e [et]
karu-tezan - karu tasn, tasneciors - quattordici [quatorze]
tesne - tasn - dieci [dix]
mach, me, muv - miak, mi, mek - unico, un, uno [unique, un]
tesnsteis, mealchl, mnvalchl - tasnetas, meaharyour - cento [cent]

"L'étrusque me- et muv-, "un," correspondant aux deux formes arméniennes, mi et mov, "un." La voyelle de liaison a, dans me-a-lchls et muv-a-lchls, et dans d'autres formes étrusques similaires, est la même en arménien, où nous trouvons mi-a-pet, "fiov-apxos," mi-a-kin, "n'ayant qu'une femme."

Et ainsi, de même environ 150 mots étrusques correspondent à des mots arméniens.

L'écriture de Cerveteri se lit en arménien.

Ce sont les deux lignes d'un vers hexamètre écrit sur une coupe noire (IXème - VIIème siècle av. J.-C.), trouvée à Aghilla ou à Caere en Etrurie, écrite sans doute aucun en arménien, car via la traduction on ne perd même pas la rime poétique :

Etrusque :
mi ni kethu ma mi mathu mar am lisiai thipurenai
ethe erai sie epana mi nethu nastav helephu

Arménien :
es mi ketu na es mathn mar em lezui tapean:
ethe erah ize ephumn, zis nithu nesteh helu.

Italien :
non sono per l'acqua, ma per il vino, alla lingua assetata.
se (quando) sarà la festa, il mio succo beve l'ospite (l'ostile)

[Pour l'eau ne suis-je, mais pour le vin, à la langue assoiffée.
Lorsque fête il y a, l'hôte boit mon breuvage.]

D'après cette écriture, l'on conclut que la forme poétique et l'idée narrative dans l'élégie (yeghegia en arménien) de Pline et dans l'Iliade (Yeghiade en arménien) d'Homère furent influencées par les Etrusques et non l'inverse, comme d'aucuns le soutiennent.

D'après Strabon : "Lors du passage des Etrusques, les habitants des péninsules balkaniques et apennines étaient surtout pêcheurs, ils avaient donc un niveau de développement incomparablement inférieur aux Etrusques. Après l'arrivée de ceux-ci, ils connurent de grands progrès dans tous les aspects de leur vie : navigation, agriculture, professions, architecture, écriture notamment, et tant d'autres choses..."

Ainsi l'hypothèse existante et reconnue à ce jour, selon laquelle l'alphabet et la culture étrusque en général furent influencés par les Grecs, n'est pas exacte.
  
_____________

Traduction de l’italien : © Georges Festa – 03.2015