lundi 6 juillet 2015

Yéghiché : Histoire de Vardan / Yeghishe : The Story of Vartanantz



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Yéghiché
Histoire de Vardan
Le Caire (Egypte) : Housapper, 1950, 324 p. [en arménien]

par Eddie Arnavoudian
Groong, 30.12.2001


Relation de la révolte au 5ème siècle, sous l'égide de l'Eglise arménienne, contre le pouvoir impérial perse, l'Histoire de Vardan de Yéghiché constitue tout autant une défense inspirée du droit à l'insurrection contre un pouvoir illégitime. Bien qu'écrite après la défaite décisive des Arméniens lors de la bataille d'Avaraïr en 451, elle se lit comme un appel sans concession à résister, une invocation contre la capitulation et la démoralisation, et une proclamation du bien-fondé des rebelles. Yéghiché fait passer son message auprès des siens par un amalgame de science et d'art, de réalité et de fiction, d'histoire et de mythe, de politique et de philosophie, de poésie et de prose. Déployant son érudition intellectuelle et philosophique et son don pour l'hyperbole, l'exagération poétique et l'invective géniale, il crée un drame épique, composé de défi et de révolte.

L'Histoire de Vardan n'est pas sans défauts, ni imperfections, parfois notables. Le plus frappant est l'absence de cette vision large de la nation et de l'appartenance nationale que l'on trouve chez Lazare de Pharbe (1) ou Moïse de Khorène (2). Soucieux des intérêts immédiats et plus proches de l'Eglise, il affiche peu d'intérêt explicite pour le sort de l'Etat et de la nation dans son ensemble. Découlant de cela et de l'approche religieuse en général plus fervente de Yéghiché, la tension perceptible entre les affirmations péremptoires du devoir pour tout chrétien de se soumettre à l'autorité séculière et la défense de ce qui constitue, de fait, une révolte politique à son encontre. Ces défaillances et d'autres, ainsi que certaines inconséquences internes significatives, refusent à son œuvre la même valeur artistique et intellectuelle universelle et durable d'autres classiques contemporains. L'ouvrage revêt toutefois un intérêt et une résonnance particulière, outre le fait de contenir maints passages d'une beauté artistique et au style fascinant, que l'on peut lire avec plaisir et profit.

1. Le style et le message

Pour un penseur aux 5ème et 6ème siècles, la notion d'art pour l'art est aussi éloignée que l'étoile la plus distante et invisible. Elle ne fait pas partie de leur univers mental. Le Livre, en tant que trésor et fontaine de savoir, guide l'action. Il contribue à inciter le lecteur et celui qui écoute, "qu'il soit prêtre, prince ou homme du peuple," à comprendre et à faire face aux multiples problèmes de la vie, qu'ils soient d'ordre politique, social ou individuel. Lazare de Pharbe (3) exprime le mieux cette vision classique et foncièrement valable de la littérature - vision qui est aujourd'hui sujette à tant de mépris. Pharbe écrit afin que

" la multitude, entendant l'histoire de l'homme vertueux, cherche à l'imiter. L'homme brave, apprenant le courage de ses prédécesseurs, redoublera d'efforts, léguant les récits mémorables de leurs actions et ceux de leur nation. Quant au paresseux et au bon à rien, ce genre d'histoires pourra leur inspirer une jalousie positive et les inciter à s'améliorer."              

Moins précis, avec une nuance poétique, Yéghiché soutient qu'une œuvre écrite doit apporter "réconfort aux proches, espoir au désespéré et encouragement au courageux."

Avec de tels objectifs en tête et n'écrivant que cinquante ou soixante-dix ans environ après la création de l'alphabet arménien, l'on comprend pourquoi Yéghiché et ses contemporains ont employé cette combinaison de différentes formes littéraires et intellectuelles, qui deviendra un trait distinctif de la littérature arménienne classique. Ni la forme de l'exposé n'est fortuite, ni le choix de telle ou telle forme à quelque endroit du texte n'est arbitraire. Yéghiché et ses contemporains s'adressent à un public des plus inégal, divers au plan intellectuel et culturel. Le clergé aurait été naturellement leur principal lecteur, étudiant le livre et le lisant au prince et à l'homme du peuple. Or ni le clergé, ni son public ne répondent aux mêmes normes éducatives, ne partagent les mêmes traditions culturelles, ni le même savoir au plan philosophique et politique. Beaucoup sont encore à demi-analphabètes, plus encore sont illettrés. D'autres sont mus essentiellement par la ferveur religieuse ou la simple superstition, la plupart sont totalement étrangers aux thèmes philosophiques, et d'autres encore restent fidèles à l'influence des croyances intellectuelles et populaires païennes, qui demeurent largement répandues. L'œuvre écrite doit répondre aux niveaux et aux attentes de chacun.

Le style et la structure bigarrée de l'Histoire de Vardan de Yéghiché découle de ces préoccupations. Il n'est ni un "historien objectif," ni un érudit dans sa "tour d'ivoire," ni un artiste et un poète non engagé. C'est un militant et un idéologue dévoué de l'Eglise arménienne au 5ème siècle, alors à l'apogée de sa puissance et l'unique force nationale au regard de la politique arménienne. Son exposé tout entier représente donc un plaidoyer engagé pour les droits et privilèges traditionnels de cette Eglise. En ce sens, l'ouvrage constitue de fait un pamphlet de propagande, polémique, passionnément partisan au plan politique, recourant à tous les dispositifs de persuasion. Or un solide rationalisme en est le fondement.

En inaugurant son récit, Yéghiché souligne l'importance décisive du savoir. Répétant l'aphorisme selon lequel "la mort qui n'est pas comprise est la mort véritable, tandis que celle qui est comprise est immortalité," il ajoute que "le mal et le malheur nous frappent, suite à une mauvaise éducation." Ainsi, "mieux vaut avoir la vue aveugle, que l'âme aveugle. Tout comme l'âme est supérieure au corps, la maîtrise de l'âme ouvre de plus vastes horizons que celle du corps." Sur la base de ce rationalisme, Yéghiché développe un cadre vérifiable d'analyse historique et politique dans lequel il mêle polémique philosophique / théologique contre le zoroastrisme (bien étudiée dans le vol. 1 de l'Histoire de la pensée philosophique arménienne, d'Henrik Gabriélian) (4), fiction, poésie, hagiographie, déclamation et invective afin de créer des degrés supplémentaires dans le simple récit d'une résistance légitime. Une méthode apparemment aussi éclectique n'en diminue pas nécessairement le mérite artistique ou intellectuel. Dans des mains habiles elle peut produire, et a produit, une œuvre cohérente et marquante, dont le message est alors communiqué avec encore plus d'énergie et de force.

2. L'analyse politique

L'ouvrage de Yéghiché ne s'ouvre pas par une déclamation religieuse, mais par une analyse politique toute prosaïque. Disséquant la stratégie de l'empire perse contre les communautés et les nations chrétiennes en son sein. Le roi Yazdgard II relève avec dépit que "le christianisme gagne chaque jour dans toutes les régions qu'il traverse." (p. 111) Auparavant tolérées, ces communautés risquent désormais de devenir une cinquième colonne au service de l'ennemi héréditaire venu de l'Ouest - l'empire byzantin haï. Les conseillers de Yazdgard II conseillent donc que, si le roi parvient à "convertir à une religion unique toutes les nations et tous les peuples sous [sa] juridiction," non seulement il garantirait ses frontières existantes, mais il parviendrait aussi "à soumettre même la terre des Grecs." (p. 103)

Pour Yazdgard II, sa campagne visant à éliminer le christianisme de son empire est ainsi la composante d'un combat politique. Se mettant à l'œuvre, il exige que "tous les peuples et nations vivant sous mon autorité devront désormais cesser de se livrer à un faux culte et venir s'agenouiller devant le dieu Soleil et, sans exception, s'acquitter de toutes les obligations religieuses requises." (p. 11) Yazdgard II donne simultanément "des instructions pour spolier des chrétiens vivant en Perse de tous leurs "biens et possessions" (p. 106). Lors de "ce brigandage," Yéghiché observe que les chrétiens sont, naturellement, "aussi torturés" (p. 102). Tandis que "toutes les nations" sont soumises à ce "désordre," l'Eglise arménienne constitue sa cible principale. Elle est "la plus forte" et compte "les plus fervents," parmi lesquels se distinguent ceux originaires des "nobles maisons" (p. 100). De fait, malgré la fin de la monarchie arménienne en 428, l'Eglise arménienne demeurait une force nationale indépendante, des plus puissante, qui continuait de nourrir de grandes ambitions politiques.

Afin de soumettre l'Eglise arménienne, Yazdgard II lance donc un assaut sans précédent dans l'histoire, espérant lui porter un coup fatal. Désireux de détruire ce bastion en puissance d'un Etat arménien résurgent, indépendant, le souverain perse a tout d'abord l'habileté d'écarter la noblesse arménienne de la scène. Noblesse qui pouvait, alliée à l'Eglise, présenter une menace militaire potentielle, car bien que soumise au pouvoir perse, la noblesse avait gardé le contrôle de ses propres forces militaires (p. 101). Une fois levé cet obstacle, Yazdgard II et ses conseillers aux affaires religieuses réclament à l'Arménie l'acceptation d'un ensemble de propositions qui disloquent de fait le pouvoir et l'autorité économique, sociale et politique de l'Eglise.

En cas de succès, l'assaut de Yazdgard II "transformera l'indépendance [antérieure] de l'Eglise en servitude." Les fondements économiques de l'Eglise sont ciblés via l'imposition, pour la première fois, d'un fardeau énorme de taxes. Le pouvoir social de l'Eglise devait être amoindri de manière drastique via le retrait de sa juridiction légale sur les affaires intérieures arméniennes. En outre, un édit impérial exige le démantèlement d'un vaste réseau de monastères et la soumission du clergé au pouvoir séculier. Pour couronner le tout, le chef du gouvernement arménien est remplacé par un Perse, tandis qu'un grand prêtre païen est nommé comme "juge et juré territorial," afin d'"entraver la gloire de l'Eglise." (p. 114-115)

Tel est le contexte dans lequel Yéghiché attise les émotions et les passions contre Yazdgard II et ses affidés en matière de religion. Ils s'en prennent aux fondations mêmes de l'Eglise - principale gardienne des us et coutumes arméniens, ainsi que de sa tradition intellectuelle et culturelle nouvellement créée. Ils représentent donc une véritable plaie avec laquelle il ne saurait y avoir de compromis. Le roi de Perse et ses alliés sont ainsi pareils à des serpents venimeux et des bêtes féroces (p. 110), au diable incarné (p. 131), à de violents va-t-en-guerre assoiffés de sang (p. 103), tout de bile et de venin. La calomnie revêt un fondement rationnel, lequel découle d'un examen sérieux du rôle politique et des actions militaires de son adversaire.

2. L'organisation de l'insurrection

Face à un tel adversaire, la réaction de l'Eglise est immédiate, décisive et globale. Grâce à son appareil organisationnel à l'échelle du pays, elle commence à organiser un soulèvement au plan national. Suite à plusieurs grands rassemblements, "les évêques regagnèrent leurs évêchés et envoyèrent [des émissaires] dans tous les villages et les fermes, ainsi que dans les nombreuses forteresses des provinces montagneuses. Ils rassemblèrent de grandes foules d'hommes et de femmes, de gens du peuple et d'hommes libres, de prêtres et de moines. Ils leur expliquèrent, les encouragèrent et en firent tous des soldats du Christ." (p. 141)

Bien que dirigée par l'Eglise, Yéghiché présente la résistance comme un vaste soulèvement populaire, une insurrection à l'échelle nationale, qui implique toutes les couches de la population, quels que soient la classe ou le statut social. En résistance, il n'est "pas fait de différence entre le seigneur et le serviteur, entre l'homme libre sensible et le paysan robuste, et nul ne semble inférieur en matière de courage." Tous sont "de bonne volonté, les hommes comme les femmes, les anciens comme les jeunes" (p. 149-50). Tandis que l'organisation du soulèvement avance, "tous, non seulement les hommes courageux, mais aussi ceux mariés, sont prêts au combat, leur casque ajusté, l'épée à la taille et le bouclier au bras." (p. 142)

L'Eglise considère cet affrontement comme vital au point que, plus tard, à la veille de la bataille d'Avaraïr, Ghevond Eretz [Léonce le Prêtre], le principal chef arménien, stratège et tacticien de la révolte, demandera de rompre radicalement avec la tradition : "Vous savez tous que, jadis, lorsque vous [la noblesse] partiez à la guerre, vous gardiez toujours le clergé au sein de l'armée. Or, au moment de la bataille, vous nous reléguiez dans des lieux plus sûrs. Mais aujourd'hui, évêques, sages, prêtres, récitants et lecteurs, tous selon les règles établies, sont en armes, prêts et désireux de se joindre au combat pour anéantir les ennemis de la vérité." (p. 186)

Animés d'une telle fougue et assurés du soutien populaire, les dirigeants de l'Eglise lancent leur contre-offensive. Bien que "n'ayant pas pleinement conscience de l'attitude de l'ensemble de la noblesse arménienne et n'étant pas entièrement informés de la puissance des grands-prêtres perses," ses dirigeants appellent le peuple à "décapiter" les forces zoroastriennes et à "les refouler dans leurs foyers." Yéghiché relate en détail les assauts lors desquels les Arméniens "mirent à bas et détruisirent" nombre de "forteresses et [de] villes dont les Perses avaient pris le contrôle" (p. 150), "réduisant à néant les ordres de l'empereur."

Enhardis par ces succès et consciente de la persistance des ambitions de la Perse, l'Eglise repousse à juste titre une proposition désespérée de compromis, qu'elle considère comme une tromperie, qui tout en accordant aux Arméniens la liberté de culte ne rend pas à l'Eglise son pouvoir et son indépendance antérieure. Le décor est planté pour un conflit décisif entre une Eglise arménienne insurgée, soutenue par le peuple, et un empire perse déterminé. En dépit d'une infériorité en nombre et "bien que n'ayant ni roi, ni chef," ni "le moindre espoir d'une aide extérieure" [des Byzantins], les insurgés "ne vivent pas dans la crainte" du combat final, convaincus qu'"avec l'aide de Dieu quelques-uns peuvent égaler une multitude." (p. 154-155)

Il n'est pas indifférent que, dans son récit de la résistance et de la révolte, Yéghiché souligne à plusieurs reprises le rôle essentiel joué par le peuple. Or qu'est-ce qui a pu pousser un membre éduqué de l'élite féodale à traiter les classes inférieures avec un évident respect ? En racontant de la sorte cette histoire, peut-être espérait-il lier les générations populaires à venir, potentiellement hostiles, plus étroitement à l'Eglise ? Peut-être était-ce là une forme de guerre théologique contre un paganisme résurgent ? Peut-être aussi s'agissait-il d'une tentative pour s'assurer la loyauté d'une paysannerie importante, indépendante et libre, ou cela faisait-il partie d'une affirmation par le clergé de son autorité sociale à l'encontre de cette partie de la noblesse séculière, qui n'était pas toujours fidèle aux préceptes chrétiens.

Quel que soit le verdict, Yéghiché enregistre clairement les raisons pour lesquelles la population en général a pu soutenir une campagne orchestrée par une Eglise qui n'était guère moins qu'une autre classe féodale oppressive. Le pouvoir perse était encore plus haï. Ses impôts écrasants étaient déjà "collectés plus à la manière de bandits se livrant au pillage que d'un Etat digne de ce nom." De nouveaux impôts menaçaient désormais de "réduire à néant le fermier," précipitant la population dans une "misère extrême." Il y avait donc confluence d'intérêt entre l'Eglise et la population paysanne à résister contre l'empiètement de la Perse, permettant à l'Eglise d'émerger comme une puissance majeure au sein de la révolte nationale contre le pouvoir étranger.

4. Vasak de Siounie et l'unité nationale

Pour Yéghiché, l'échec du soulèvement n'était ni prédestiné, ni le résultat d'un quelconque équilibre politique-militaire défavorable des forces. La victoire pouvait être assurée, malgré les obstacles, si les Arméniens avaient préservé l'unité nationale. Jusqu'à Vardan, Yéghiché "ne craint pas de raconter l'histoire des coups qui ont accablé notre nation [de la part de] nos ennemis extérieurs. Quelques-uns ont réussi à nous vaincre, tandis que nous les avons vaincus à maintes reprises, car nous étions alors restés unis et égaux." (p. 167)

Or, durant la révolte de Vardan, l'unité arménienne est mise à mal par Vasak de Siounie, le gouverneur de l'Arménie, nommé par la Perse, lequel se désolidarise en acceptant les propositions impériales de compromis. Le péché mortel, impardonnable de Vasak est d'agir en tant qu'espion, informateur et cinquième colonne. C'est cela, plutôt que son apostasie religieuse, qui lui est essentiellement reproché. Il "fait défection" et "rassemble des éléments corrompus au sein d'une force militaire [opposée]." En informant les Perses, il met au jour "la désunion et la division dans l'armée arménienne." (p. 170) Ces agissements et d'autres "déstabilisent et répandent la confusion à travers l'Arménie, semant la division et la discorde entre frères, entre père et fils, et entraînant des troubles dans une terre autrefois paisible." (p. 172)

Vasak communique aussi des secrets militaires essentiels plus détaillés au commandement perse. Il fournit des renseignements sur "le nombre de troupes alignées avec Vardan [Mamikonian]," l'état de préparation des forces armées arméniennes, leur moral, leur armement, le nombre de soldats possédant une armure, le nombre de fantassins, ainsi que leur armement en arcs et flèches et leur protection en boucliers (p. 172-3). Le tout permet aux Perses de prendre d'opportunes mesures défensives et de vaincre les insurgés lors de la bataille décisive d'Avaraïr. D'où la haine viscérale de Yéghiché envers Vasak. Qui aide activement le mal absolu. Et qui, lui aussi, est donc condamné comme un vénal flagorneur, méritant de "mourir comme un chien et de pourrir comme un âne." A elle seule, l'invective n'est pas sans effet. Or avec Yéghiché, le caractère odieux de Vasak ne constitue pas un vice moral abstrait, mais l'expression directe de sa trahison politique.

A l'opposé des êtres malfaisants figurent les vertueux et fidèles Ghevond Eretz, Vardan Mamikonian et les innombrables martyrs qui combattent et périssent, les armes à la main, à Avaraïr. Refusant de faire la moindre concession face aux tortures les plus atroces et la mort inévitable, ils incarnent la bravoure, le courage, la noblesse, l'intelligence et la sagesse. Présentés comme les chefs de tout un peuple debout en armes, il est aisé de voir comment leur histoire devint un trait distinctif de l'identité nationale arménienne moderne. Lors de la renaissance arménienne au 19ème siècle, des intellectuels révolutionnaires encouragèrent avec enthousiasme la commémoration du soulèvement de Vardan et, contre une Eglise bornée, cherchèrent à en faire l'apanage du mouvement nationaliste laïc et démocratique émergent, opposé à l'oppression et à l'injustice du colonialisme ottoman et tsariste.

Nombre de commentateurs, incapables d'apprécier l'unité fondamentale de ses formes diverses, n'ont pas saisi le message central de l'Histoire de Vardan. L'éminent historien Hrant K. Armen, se focalisant sur la dimension religieuse, présente Yéghiché comme une sorte de farouche fanatique, enclin à diaboliser toute opposition au nom du dogme théologique. Hagop Ochagan reproche à Yéghiché de "ne pas posséder le sérieux que l'on attend d'un historien." D'autres ont réduit l'œuvre de Yéghiché à tel ou tel trait particulier : une histoire, un poème épique, une fable morale exaltée, une pieuse hagiographie chrétienne, etc. L'Histoire de Vardan est naturellement tout cela. Mais dans son unité, avec toutes ses forces et ses faiblesses, elle est aussi bien davantage.                                                

NdT

1. Eddie Arnavoudian, "The History of the Armenians, by Khazar Barpetzi, Groong, 19.102.001 - traduction française parue dans notre blog :
2. Eddie Arnavoudian, "The History of the Armenians, by Moses of Khoren [Movses Khorenatzi], Groong, 12.03.2001 - traduction française parue dans notre blog :
3. Cf. note 1.
4. H. Gabrielian, Hay pilisopayakan mtki patmoutioun, Erevan, 1956, 2 vol.

[Diplômé d'histoire et de sciences politiques de Manchester (Angleterre), Eddie Arnavoudian anime la rubrique de littérature arménienne de Groong. Ses études littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch (Paris), Naïri (Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).]

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Traduction : © Georges Festa - 07.2015