samedi 15 août 2015

R. P. Sevadjian - In The Shadow of the Sultan



 © Yerani (Chypre), 2014


L'exil, un jeune garçon et un chien nommé Kaylo :
un premier roman s'intéresse aux massacres hamidiens

par Amanda Berger
The Armenian Weekly, 07.08.2015


In the Shadow of the Sultan [Dans l'ombre du sultan], premier roman de R. P. Sevadjian, relate l'odyssée d'un jeune Arménien qui, après le meurtre de son père, s'enfuit de chez lui et parcourt plus de 300 kilomètres pour rejoindre sa famille. Le récit a pour cadre l'empire ottoman en 1896 lors des massacres hamidiens, qui causèrent la mort et l'exode forcé de dizaines de milliers d'Arméniens. Le roman livre un aperçu de l'histoire et de la culture arméniennes, tout en suivant l'existence d'un jeune Arménien contraint de subir maintes épreuves avec pour tout compagnon son chien, Kaylo. Le principal personnage et narrateur du récit incarne l'Arménien Occidental en quête du foyer dont il a été privé - solide et résistant, et par-dessus tout plein d'espoir.

Sevadjian prouve que, si la peur perce toutes nos défenses, l'espoir est essentiel à notre humanité. Bien que le personnage principal mène une existence relativement aisée en Arménie Occidentale avec sa famille, ses droits sont limités au regard de la loi, il est étroitement surveillé par les gendarmes et est traité avec le même mépris réservé aux autres Arméniens. Une peur sous-jacente alimente toutes les commodités dont il bénéficie. Il rêve de rentrer chez lui et de devenir vétérinaire, même s'il est préparé à quitter son lieu de naissance sans le privilège de savoir ce qui l'attend.

Le narrateur fait face à des gens désireux de le spolier ou de lui nuire, mais aussi à d'autres, résolus à l'aider dans son périple. Kaylo, son chien de berger, est parfois le seul auquel il puisse faire confiance. Entre coups et agressions de la part de gens, qui lui reprochent d'être un "riche garçon arménien," il va son chemin, impatient de retrouver sa famille. L'espoir lui donne des ailes, même si les jours se succèdent, marqués par la diminution de ses réserves de nourriture, représentant chaque tranche de bastegh, chaque morceau de fromage et toutes ces marques qu'il taille le long d'un bâton pour indiquer le passage des jours. Sevadjian attire fréquemment l'attention sur le temps, soigneusement indiqué. Pas un seul jour de l'odyssée du jeune garçon ne manque à l'appel.

La crainte de l'incertitude est palpable, mais il s'agit d'une histoire où l'espoir pousse en avant les personnages. Tout en voyageant avec la caravane et Baron Garabed, le jeune garçon entonne un chant, "Cilicie," qui reflète son propre exil et le déchirement qu'il ressent à l'idée de plus jamais pouvoir revenir dans sa patrie.

Il sait que jamais il ne reviendra chez lui. Le temps qu'il a passé dans son pays avec sa famille constitue "l'avant," tandis que le moment qui succède au meurtre de son père représente "l'après" - à savoir là où son odyssée commence, marquée par les gens qu'il rencontre, la disparition quantifiable de nourriture et le temps qui passe.       

[Originaire de Livonia, Michigan, Amanda Berger est étudiante en deuxième année à l'Albion College (Albion, Mich.), où elle suit des études d'anglais, option affaires et entreprises. Amanda passe son temps à jouer de la flûte, écrire des histoires et peaufiner sa collection d'ouvrages. Elle est actuellement stagiaire à The Armenian Weekly, dans le cadre des stages de journalisme de l'Armenian Students' Association of America Inc. (ASA).]  
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Traduction : © Georges Festa - 08.2015