dimanche 18 octobre 2015

Archi Galentz - VAZO : Abstandskartographien - Austellung / Exposition "Cartographie à distance" - Galerie ABAKUS Jo Eckhardt, Berlin, 10.05 - 20.06.2015



© http://www.galerie-abakus.de/


Cartographier la perte et le renouveau d'une culture
par Muriel Mirak-Weissbach



BERLIN - Tandis que le Pavillon des arts d'Arménie recevait le Lion d'Or de la Biennale de Venise cette année, à Berlin deux artistes arméniens ont joint leurs efforts pour commémorer les victimes de 1915 dans une exposition à l'approche conceptuelle unique. Organisée à la Galerie ABAKUS du 10 mai au 20 juin, cette exposition présentait des œuvres de Vazgen Pahlavuni-Tadevosyan, alias VAZO, et Harutiun (Archi) Galentz.

Né à Gumri en 1955, VAZO a étudié à l'Académie des Beaux-Arts d'Erevan (1972-74) et à Leningrad (1978-80). En 1998, il a fondé la Biennale Internationale d'Art contemporain, en réaction au tremblement de terre de Gumri. Il a exposé en Arménie, à Téhéran, Paris, à la Biennale de Samara, à Stuttgart, Strasbourg et Berlin. Il vit et travaille en France et en Arménie.

Né à Moscou en 1971, Galentz a étudié à l'Institut des Beaux-Arts et du Théâtre d'Erevan (1992-1997), à l'Université des Beaux-Arts de Berlin, et a organisé depuis 1989 plus de 80 expositions à travers le monde. Il est actif en tant que commissaire d'expositions et conférencier, et a cofondé une plate-forme dédiée aux artistes arméniens. Il vit et travaille à Moscou, Erevan et Berlin, dans son atelier d'artistes, l'InteriorDAsein. (1)   

L'exposition s'intitulait "Abstandskartographien" [Cartographie à distance], un terme auquel, reconnaît l'historien d'art, le docteur Peter Michel, qui prit la parole lors du vernissage, "il convient de se familiariser." "L'on entend par là, a-t-il expliqué, une distance historique, mais qui en même temps rapproche de son histoire personnelle [...] et le rejet de toutes les tentatives visant à faire oublier le génocide, amoindrir le courage et la dignité des ancêtres." A cet égard, un autre concept, qui lui est lié, celui d'une "cartographie intérieure," entre en jeu, a-t-il ajouté, "l'idée de penser en termes d'images mémorielles, de revendiquer sa place et son identité naturelle."

Dans cette exposition, les deux artistes (qui se connaissent depuis quinze ans) ont travaillé avec des éléments issus de la cartographie, dont des cartes, des atlas et des globes terrestres. Comme l'a souligné Peter Michel : "La cartographie, la science de la construction des cartes et des représentations en forme de carte, peut aussi devenir, en tant que notion stimulant l'imaginaire, un dispositif artistique." Les deux artistes se servent de ces éléments comme métaphores. Galentz présentait six productions avec des objets picturaux et une sculpture développant le thème de la perte des paysages culturels. VAZO présentait sa "Collection of interrupted songs" [Recueil de chants interrompus], ainsi que trois nouveaux ouvrages illustrés, et une construction originale en papier explorant la "cartographie intérieure," où l'on pourrait aussi voir une cartographie intérieure de l'esprit. Comme l'a expliqué Peter Michel, dans l'objet mural en six éléments de Galentz, intitulé "Prayer Rug" [Tapis de prière], il utilise des variations chromatiques comme dans la cartographie, tout en renvoyant à l'artisanat arménien. Pour exprimer la "disparition progressive de la patrie et de la culture" dans une sculpture intitulée "Hayk, or the Armenian globe," Galentz redéfinit l'idée-même d'un globe. Ici, il "revêt une forme cubique inhabituelle, et l'ensemble de ses six côtés montrent comment les frontières se déplacent et l'Arménie passe en-dessous, petit à petit."

L'œuvre saissante de VAZO, une bande de papier longue d'un mètre quatre-vingt, occupe tout le mur d'une des salles. Intitulée "Endless going" ou "Endless walking," cette longue composition de papier à l'aquarelle et à l'encre de Chine, est dédiée à la mémoire du Père Komitas qui, selon le catalogue de l'exposition, "comme passeur entre la tradition instrumentale et la culture archivistique occidentale, est devenu une figure emblématique pour les Arméniens."

Peter Michel a ouvert son discours en faisant référence au combat des artistes arméniens pour composer avec le génocide, qui inclut la destruction d'une immense richesse artistique et culturelle, allant des écoles aux églises et aux cloîtres, et mentionna deux noms d'artistes précédents. Akop Kodshoyan (1883-1959), qui survécut au génocide à l'âge de 32 ans, partit étudier à Munich, Paris et Moscou, dédiant l'œuvre de sa femme aux traditions arméniennes. L'autre fut Minas Avétissian, qui dédia une peinture à l'huile, intitulé "Le chemin," à ses parents. Cette œuvre, détruite lors d'un incendie et qui n'existe qu'en photographie, fut peinte en 1967, l'année où le mémorial du génocide fut construit à Erevan. Michel l'a comparée à une œuvre de Galentz, intitulée "Armenia. A Requiem," peinte en 1995, lors du 80ème anniversaire du génocide. En conclusion, Michel exprima sa reconnaissance à Galentz et VAZO pour avoir "donné l'exemple," en ce sens qu'ils "s'inclinent devant les victimes, leur volonté de vivre et les réalisations artistiques de leur peuple. Ce que nous faisons avec eux."    

Note

1. Voir "A Cultural Capital of the Diaspora in Berlin," The Armenian Mirror-Spectator, March 3, 2014

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Traduction : © Georges Festa - 10.2015

Lien Galerie ABAKUS (Berlin) :

Lien Atelier InteriorDAsein :