samedi 24 octobre 2015

Heide Fehrenbach; Davide Rodogno, ed. - Humanitarian Photography: A History



 © Cambridge University Press, 2015


Un ouvrage consacré à la photographie humanitaire reprend un chapitre de Peter Balakian sur le génocide arménien et la culture visuelle


NEW YORK - Humanitarian Photography: A History, édité par Heide Fehrenbach et Davide Rodogno, et récemment paru aux Presses de l'Université de Cambridge, propose parmi ses douze chapitres celui de Peter Balakian, intitulé "Photography, Visual Culture, and the Armenian Genocide" [Photographie, culture visuelle et génocide arménien].

Membre du Conseil d'administration de la Northern Illinois University, où elle enseigne l'histoire, l'éditrice Heide Fehrenbach a récemment déclaré dans un entretien au magazine Newsroom de cette même université : "Ce livre étudie comment des stratégies de représentation visuelle ont donné naissance à un "imaginaire humanitaire," qui non seulement reflète, mais a aussi influencé, l'évolution historique de l'humanitarisme comme tel." Elle ajoute : "Ces études explorent toute une série d'événements historiques comme les famines en Inde à la fin du 19ème siècle, les atrocités au Congo des années 1890 à 1910, le génocide arménien, les guerres coloniales et mondiales, ainsi que la crise au Biafra dans les années 1960, entre autres, et met l'accent sur certains aspects controversés et abusifs de la photographie humanitaire, y compris les tentatives pour la réguler ces dernières années."

"Des questions éthiques entourent depuis longtemps l'utilisation de photos de la souffrance humaine et la question de savoir si ces photos en elles-mêmes peuvent être traumatisantes," poursuit-elle. "D'un côté, ces photos vous ouvrent les yeux sur la vérité, mais quels sont les dilemmes provoqués par cette photographie ? Telle est la tension présente dans la photographie humanitaire. [...] En tant que spectateurs, une part de la réaction que nous avons est monétaire, nous voulons faire quelque chose pour atténuer les souffrances. Mais il nous faut aussi penser notre positionnement éthique."

L'étude de Balakian soutient, entre autres, que le génocide arménien a donné naissance à une culture visuelle de la complexité, marquée par un contraste saillant entre les images ad hoc prises par des témoins oculaires non-professionnels lors du génocide et les images très travaillées et scénarisées pour un large public, prises par et pour le Near East Relief [Secours Proche-Orient], durant la campagne d'assistance et de sauvetage qui suivit la Première Guerre mondiale. Balakian écrit : "Les deux segments de la culture visuelle dans le cas arménien, pourrait-on dire, vont du cru au cuit, et ce faisant, nous montrent comment la commercialisation d'un mouvement humanitaire religieux articule son projet visuel par opposition aux images brutes, prises de ce même événement historique, dans des conditions différentes, durant la période des massacres." L'étude présente six images importantes. Balakian est titulaire de la chaire Donald and Constance H. Rebar à l'Université de Colgate (Hamilton, NY) et vient de publier deux ouvrages, Vise and Shadow: Essays on the Lyric Imagination, Poetry, Art, and Culture et Ozone Journal poems, tous deux publiés aux Presses de l'Université de Chicago.          

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Traduction : © Georges Festa - 10.2015