lundi 1 février 2016

"Antranigian story defines horrors in Keghi" / Atrocités de Keghi : l'histoire d'Antranigian



Vestiges de l'église arménienne Sourp Kevork, Kiğı (Turquie)
© http://www.horizonweekly.ca


Atrocités de Keghi : l'histoire d'Antranigian
par Tom Vartabedian


MENDON, Mass. - From Hell to Heaven n'est pas un livre banal, car il a été écrit par un homme qui eut une expérience de première main du génocide arménien et vécut suffisamment longtemps pour compiler ses mémoires personnels.

L'ouvrage a finalement atterri entre les mains d'un de ses petits-fils, qui l'a vu paraître, comme l'on découvrirait une oasis en plein désert.

Il raconte l'histoire du jeune Armenag Bedigian-Antranigian qui, pendant presque deux ans, endure les atrocités du génocide arménien dans la région de Keghi, proche d'Erzurum.

Il est alors témoin de la disparition de tous les membres de sa famille et survit par miracle en se cachant dans les montagnes et les gorges de Keghi, tout en travaillant comme esclave dans des familles kurdes.

"Je tiens à exprimer ma reconnaissance envers tous ceux qui ont permis cette publication, " précise Hagop Antranigian, son petit-fils. "Même s'il existe une documentation abondante sur le génocide, il existait peu de témoignages sur le corps des volontaires."

Fin 1916, Antranigian réussit enfin à s'échapper en direction du front russe et parvient à Erzurum. En 1917, il rejoint les forces des volontaires arméniens, chargés de défendre cette ville. Il sert comme fantassin sous les ordres du général Antranik et participe aux campagnes militaires du Zanguezour, du Nakhitchevan et de Khoy au nord de l'Iran.

Il séjourne un an à Tiflis en tant que réfugié, avant d'atteindre Constantinople fin 1919, et émigre aux Etats-Unis trois ans plus tard.

"Ce livre constitue un précieux témoignage oculaire, écrit par un jeune homme mûr et instruit, sur le village arménien de Keghi, la complicité des Kurdes dans le génocide arménien, le mouvement du Corps des Volontaires arméniens, et les souffrances des réfugiés arméniens, d'Erzurum à Tiflis," poursuit son petit-fils. "Il s'agit d'un récit marquant, emblématique du génocide."

Ce mémoire manuscrit fut compilé en arménien au début des années 1940. En 2000 il avait été traduit en anglais par Vatche Ghazarian pour les éditions Mayreni, mais était resté inédit à ce jour. Le texte arménien demeure lui aussi inédit.

Cet ouvrage de 250 pages détaille l'enfance et l'expatriation d'Antranigian, son mariage, la catastrophe, sa fuite du Dersim, son rôle dans le Corps des Volontaires arméniens, puis son émigration de Constantinople en Amérique, pour finalement s'établir à Portland, dans le Maine, où il trouva un emploi de cordonnier.

Dans sa préface, il s'adresse aux lecteurs : "Bien que décidé à le faire depuis des années, je n'arrivais pas à écrire sur cette période horrible de la déportation. Et cependant elle est très présente dans mon âme et mon cœur. Même si je n'ai aucunement l'intention d'ouvrir à nouveau mes blessures, je puis, peut-être, apaiser ma souffrance en racontant à nouveau mon histoire."

Armenag Antranigian poursuit en relatant la perte de sa maison, de sa terre, la mort de sa mère, de ses frères, de sa belle-sœur et de ses enfants, ainsi que celle de son épouse, de son village et de son peuple.

"Vous découvrirez l'angoisse et la souffrance d'un être qui, affamé et assoiffé, erre nu, misérable et sans défense parmi les montagnes," écrit-il. "Même un mendiant est libre d'errer sur cette terre, alors que nous, les Arméniens, étions forcés de nous cacher tels des reptiles pour éviter la mort."

Il continue en ajoutant, d'une manière poignante : "Une nation sans Etat est une nation sans Dieu. Si nous avions eu notre propre Etat, ces crimes et ces massacres auraient peut-être pu être empêchés."

"Je ne regrette pas ma jeunesse. Je regrette mon bonheur perdu," conclut-il.            

Les autres contributeurs sont : le Dr. Vazken Ghougassian (rédacteur en chef), Iris Papazian (rédacteur), Mary Gulumian (appui technique), Khajag Zeitlian (conception de la couverture), Osep Tokat, ainsi que les professeurs Robert Hewsen et George Aghjayan (historien).

Pour Hagop Antranigian, cette aventure consistant à retrouver les mémoires de son grand-père et à les faire publier représente quinze années de persévérance.

"J'ai beaucoup réfléchi et je suis très heureux de faire partie à part entière de mon Eglise et de ma communauté arménienne," reconnaît-il. "Les routes et les ramifications qui se font jour sans cesse, grâce aux informations que m'a laissé mon grand-père, sont vraiment incroyables."  

___________

Traduction : © Georges Festa - 02.2016