dimanche 18 septembre 2016

Eve Makis - The Spice Box Letters



 © Sandstone Press Ltd, 2015

The Spice Box Letters :
une histoire faite de perte, d'espoir et d'amour
par Olya Yordanyan


BOSTON - Plus d'un million et demi d'Arméniens ont trouvé la mort entre 1915 et 1923 dans l'empire ottoman. Ce chiffre est si énorme qu'il en est presque abstrait; c'est seulement lorsque des histoires de survivants sont racontées, pétries de souffrances et d'espoir, qu'elles peuvent donner à voir l'histoire.

The Spice Box Letters d'Eve Makis est un roman historique à l'écriture impeccable, cinématographique, qui relate la tragédie d'une famille arménienne : les enfants Mariam et Gabriel Arakelian devenus orphelins et séparés lors du génocide. Makis distille admirablement les histoires de milliers d'enfants rendus orphelins durant le génocide et dispersés à travers le monde sous les traits de Gabriel et Mariam.

Le roman montre non seulement les difficultés de ceux qui ont perdu leurs familles au cours du génocide et leur traumatisme, mais aussi l'amour et l'énergie qu'ils trouvent pour continuer à vivre.

Leur histoire débute en 1915 dans la ville de Caesaria - Kayseri dans la Turquie moderne. Les Arakelian mènent une existence heureuse au sein d'une famille entière, mais cet univers idéal s'effondre brusquement avec l'arrestation et l'exécution de leur père, puis la déportation du reste de la famille. Déportation qui fait voler en éclats la famille : Mariam, témoin de l'assassinat de son frère aîné par des soldats, fait semblant d'être morte et en réchappe finalement, persuadé que Gabriel a été tué lui aussi.

"Quand j'ai achevé mon histoire, j'ai eu la nostalgie de ma maison," écrit Mariam dans son journal, relatant les journées passées en Angleterre avec Levon, qui l'aida à s'enfuir et à survivre. "Le conte de fées a libéré un flot de souvenirs et m'a fait réfléchir à l'au-delà. Je me suis demandée si les gens vieillissent au paradis. Gabriel serait-il pour toujours ce garçon aux cheveux bouclés et au large sourire ? Si le paradis est aussi vaste que l'Angleterre, comment le retrouver ? Et comment ma mère me retrouverait-elle, dérivant dans cet océan de verdure ?"

Gabriel croit lui aussi que sa sœur est morte, tout en étant fermement convaincu que sa mère est vivante. Il vit avec ce lambeau d'espoir.

Nous découvrons l'odyssée de la déportation de Mariam, son adoption et son existence en Angleterre grâce à son journal et ses lettres retrouvées dans une boîte à épices après sa mort. Mariam refuse de parler du passé durant son existence, tout en écrivant en arménien, s'accordant la liberté de partager ses sentiments et ses secrets les plus intimes. La petite-fille de Mariam, Katerina, une jeune journaliste anglaise, entreprend alors de traduire le journal. En vacances à Larnaca, à Chypre, Katerina rencontre par hasard Ara, un Arménien, qui accepte de traduire le journal. Elle ignorait alors que l'aventure consistant à résoudre le puzzle du passé de sa grand-mère décédée la conduirait à explorer son héritage arménien et changerait son existence.

Les histoires de Katerina et d'Anahit, les petites-filles de Mariam et Gabriel, sont racontées en parallèle. Vivant à Nicosie, Gabriel, un septuagénaire ronchon, s'inquiète de garder son identité arménienne, tandis qu'Anahit est amoureuse d'un Grec et désire l'épouser.

Le récit de Makis fourmille de détails sur les événements historiques et la vie à Chypre au 20ème siècle - l'île sous domination britannique, la première Fête de l'indépendance, l'agitation à Nicosie en décembre 1963, etc. Autant d'aperçus historiques qui enrichissent l'intrigue, rendant l'histoire plus authentique.

L'ouvrage abonde aussi en descriptions de la cuisine et du mode de vie arménien. Certains héros surmontent leur mal du pays grâce aux souvenirs des saveurs et des senteurs de la nourriture et des épices qui ont laissé en eux une empreinte définitive.       

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Traduction : © Georges Festa - 09.2016