dimanche 23 octobre 2016

Karine Mkrtcyan - Il mistero di Qarahunj / Le mystère de Karahunj





Zorats Karer [Voix des pierres] / Karahunj, Siounik, Arménie, 2004
© MariSha CC BY-SA 2.0 / https://hy.wikipedia.org


Le mystère de Karahunj
par Karine Mkrtcyan
Akhtamar on line (Rome), n° 180 (15.05.2014) et 181 (01.06.2014)


De nombreux manuscrits de divers peuples du monde antique témoignent du rôle exceptionnel du Haut-Plateau arménien. Ces témoignages importants racontent comment la civilisation fut apportée sur Terre par les habitants d'une planète lointaine, beaucoup plus évoluée que la nôtre, d'autant que les sources anciennes de la tradition arménienne nous relatent la légende de l'origine cosmique du patriarche du peuple arménien, Haïk, issu de la constellation d'Haïk (aujourd'hui Orion). Hypothèse soutenue aussi par l'astronome américain William Tyler Olcott (1873-1936), dont les recherches l'amenèrent à la conclusion que les constellations que nous connaissons aujourd'hui furent observées et décrites pour la première fois dans leur forme actuelle précisément sur le Haut-Plateau arménien. De tout ceci témoignent aussi les peintures rupestres, les objets et les statuettes retrouvées sur le territoire de l'Arménie, qui semblent appartenir à une civilisation beaucoup plus avancée, comparativement à ses homologues contemporaines, tandis que les fouilles se poursuivent encore afin d'extraire tous ces secrets de l'humanité ensevelis sous terre.

Ce ne fut donc pas un hasard si, en 1946, dans l'Arménie soviétique d'alors, l'académicien Victor Hampartsoumian (1908-1996) fonda au prix d'efforts titanesques l'Observatoire astronomique de Byurakan, à proximité du Mont Aragats, resté à ce jour l'observatoire astronomique le plus réputé d'Europe de l'Est et du Moyen-Orient. Puis survint la continuation logique, lorsqu'un autre titan des sciences de Byurakan, l'astrophysicien Paris M. Herouni (1933-2008), suite à une vingtaine d'années de recherches, démontra scientifiquement que l'âge du site archéologique de Karahunj est supérieur à 7500 ans et que dès l'époque de sa construction ce fut un observatoire astronomique.

Le site se compose de 223 mégalithes d'hauteur variable, allant de 0,5 à 3 mètres, certaines pesant jusqu'à 10 tonnes. Parmi ces pierres, 84 présentent en haut un trou avec un diamètre d'environ 4-5 centimètres, exécuté sous un certain angle pour observer le ciel.

Herouni a découvert sur le site que nombre de ces pierres constituent des instruments astronomiques. Il a trouvé en particulier 17 pierres utilisées pour l'observation du soleil, 14 pierres pour l'observation de la lune, une pierre calendaire : à cet endroit chaque pierre indique son usage... Ce sont véritablement des pierres parlantes.

En 1994, lors de ses recherches, Herouni découvrit par ailleurs un instrument astronomique composé de trois pierres qui fonctionne encore aujourd'hui. Avec cet instrument, il était possible dans les temps anciens de mesurer les dimensions du site avec une précision de 30 microns et d'établir, avec une marge d'erreur de 2 secondes seulement, l'arrivée du 21 mars, jour de l'équinoxe, début du printemps et de l'année.

C'est grâce à ce genre d'instruments et aux mesures précises effectuées dans divers lieux qu'il y a 7500 ans déjà, les anciens Arméniens savaient que la forme de la Terre est une sphère, confirmation qu'en Arménie, plusieurs millénaires avant l'Europe médiévale, l'on savait non seulement que la Terre est sphérique, mais aussi que l'année se compose de 365,25 jours. La somme de ce quart (0,25) en plus, 4 ans plus tard, devient un jour qui s'ajoutait au mois de février, tous les quatre ans. Parallèlement, la somme de ce quart en plus, 1460 ans plus tard, devient un an et ce cycle de 1460 ans était appelé "le cycle de Haïk." Même les anciens Egyptiens le connaissaient sous ce même nom.

Détail très intéressant découvert par Paris M. Herouni, le fait que pour construire les pyramides égyptiennes sur le méridien de 30°, les Egyptiens ont transporté de très nombreuses pierres pesant 50 tonnes chacune, à 200 kilomètres de distance.

Il en a été de même pour la construction de Stonehenge : pour le construire à cet endroit, des pierres de 70 tonnes, distantes de 380 kilomètres, furent acheminées. Herouni se demande pourquoi ces constructions ne furent pas réalisées aux abords des carrières de pierre, à l'instar de Karahunj, construit juste à côté de la carrière de pierres utilisée pour sa réalisation. Il relève en outre que ces trois sites se trouvent aux sommets d'un triangle rectangle, lequel possède des côtés équidistants.

Historiquement, les pyramides égyptiennes furent réalisées au moins 3000 ans après Karahunj, tandis que Stonehenge en Angleterre a été construit 3500 ans après Karahunj. Toutes ces observations et d'autres calculs précis ont constitué un argument fondamental, qui permit au scientifique d'arriver à une importante conclusion, affirmant que : "Dès lors que l'histoire ancienne de l'Arménie fut exclue de l'histoire du monde antique, de nombreux mystères sont apparus. Aujourd'hui, dans l'histoire, existent de nombreuses traces évidentes, mais les auteurs manquent [...]. Qui a construit ces œuvres ? Les peuples originaires du lieu ne possédaient pas ce niveau technique; l'on soutient qu'il s'agit d'une chose réalisée par d'autres, mais nul ne sait par qui et d'où ils sont venus. Personne ne sait pourquoi ils ont construit précisément à cet endroit [...]. Moi, au contraire, je sais pourquoi ils ont construit précisément ici, ce qui va en étonner plus d'un [...]. Maintenant, je suis en mesure d'affirmer que ce sont les Arméniens qui les ont réalisées car, à cette époque, seuls les Arméniens maîtrisaient les sciences et les capacités nécessaires pour faire tout cela. Karahunj en est la confirmation." Paris M. Herouni rédige son livre Les Arméniens et l'Arménie antique et décide tout d'abord de le publier en anglais (1), parce que, à ses yeux, il importait avant tout de communiquer avec l'humanité tout entière pour faire renaître leur véritable histoire, la mémoire et la sagesse de jadis.

"Si l'on me demandait où se trouvent le plus de merveilles au monde, je répondrais : en Arménie," déclara un jour Rockwell Kent. (2)         
  
Le site de Karahunj est situé à 200 kilomètres environ d'Erevan, non loin de la ville de Sissian, et s'étend sur un territoire d'une superficie d'environ 7 hectares.

A 27 kilomètres de Karahunj existe un village homonyme. Deux villages au nord et au centre de l'Artsakh portent aussi ce nom; près d'un de ces villages se trouve un monument mégalithique qui présente des trous semblables à ceux présents sur les pierres de Karahunj. De plus, au 13ème siècle, l'historiographe Stepanos Orbelian, dans son ouvrage Histoire de la province de Sissakan, observe que le village de Carunj, proche de la ville de Sissakan (Sissian) dans la province de Yevailakh, est appelé Qarahunj dans le dialecte local. Tout cela a contribué à émettre l'hypothèse que ces localités puissent avoir un lien avec le monument.

En étudiant les trous pratiqués dans les pierres, Paris M. Herouni avait estimé l'âge de Karahunj à environ 7500 ans, ne pouvant donc renvoyer à l'âge de l'ensemble du monument. Dans son ouvrage, au contraire, l'académicien émet l'hypothèse que, d'après ses études, Karahunj remonte à près de 15 000 ans, mais il mourut avant de parvenir à confirmer son hypothèse.

A la mort de ce grand savant, son œuvre fut poursuivie par ses collègues de l'Académie, parmi lesquels Onik Khenkikian qui fut le premier à publier en 1984 un article où il définit Karahunj comme un observatoire astronomique. Plus importantes encore, les découvertes dues à Vaciagan Vahradyan. De nombreux scientifiques, auteurs de recherches sur Karahunj, témoignent unanimement qu'il s'agit du site le plus ancien sur Terre et qu'il présente en outre de grandes ressemblances avec un autre monument retrouvé et appelé Portasar en Arménie historique (actuellement en Turquie).

Ce lieu fut découvert pour la première fois par un berger kurde dans les années 1960 et a été étudié au cours des vingt dernières années par le célèbre archéologue allemand Klaus Schmidt. En Turquie, le monument de Portasar s'appelle Göbekli Tepe. Même si le nom est changé, l'important est que la substance reste toujours la même.

Les recherches sur Karahunj continuent à ce jour et Vaciagan Vahradyan, appliquant sa méthode de datation, est parvenu à calculer avec plus de précision l'âge réel du monument.

Vahradyan affirme : "Dans le monde antique, les gens savaient que ce qui se trouve dans le ciel se retrouve de même sur terre." Grâce à des calculs mathématiques complexes, il a observé que le tracé de Karahunj correspond à celui de la constellation du Cygne. Et pour preuve de son hypothèse, il superpose la constellation du Cygne sur le tracé de Karahunj et obtient une ressemblance évidente : seule l'aile gauche du Cygne présente une petite déviation d'environ 30 degrés. "J'ai eu cette idée : le problème était que nous comparons la disposition de Karahunj à la forme actuelle de la constellation du Cygne; mais durant ces milliers d'années, les étoiles de cette constellation, en bougeant, se sont déplacées," précise-t-il et, appliquant les règles de la précession, il a effectué des calculs rétroactifs. Pour mieux comprendre son hypothèse, il faut savoir que la constellation du Cygne pour les Sumériens et la population de l'Ararat (l'Ourartou) s'appelait Angegh [le Vautour].

Comparant le tracé de Karahunj avec l'image des constellations, il y a 4000 ans, il a relevé que la différence s'amenuise, que si l'on va encore plus loin en arrière jusqu'à l'âge proposé par Herouni de 7500 ans, la différence devient infime et disparaît pratiquement quand on arrive à la datation de 14 000. S'appuyant sur ces observations, Vahradyan estime l'âge de Karahunj à 14 000 ans.

Vahradyan note en outre que sur l'une des pierres de Portasar est représenté ce même Vautour entouré d'images d'autres animaux.

Il procède alors à la même opération : il superpose la forme de la constellation du Cygne sur l'image du Vautour de Portasar et cette dernière coïncide avec la constellation du Cygne telle qu'elle se présentait il y a 18 500 ans. De son côté, le scientifique allemand Klaus Schmidt estime l'âge de Portasar à 12 000 ans. Ce qui donne à penser que les images d'animaux présentes sur le monument de Portasar représentent une partie du ciel stellaire dans son organisation d'il y a 18 500 ans. Ce qui correspond au début de l'ère du Scorpion, dont on retrouve précisément la représentation au centre de ces images d'animaux. Et si l'on poursuit ces calculs rétroactifs jusqu'à la constellation d'Orion (Haïk), nous arrivons au début de l'ère du Verseau, qui débuta il y a 24 000 ans environ.

Tel est l'âge réel des origines du peuple arménien, datant d'au moins 24 000 ans.                
            
Notes

1. Paris M. Herouni, Armenians and Old Armenia : Archaeoastronomy, Linguistics, Oldest History, Erevan : Tigran Mets, 2004
2. Rockwell Kent (1882-1971), auteur, artiste et illustrateur américain

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Source :
Traduction de l'arménien en italien : © Rita Ebrahimi et Fabio Tallarini, 05 et 06.2014
Traduction de l'italien : © Georges Festa - 10.2016